samedi, décembre 3, 2022
AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceRemettre les pendules à l’heure sur les Moudjahidine du peuple d’Iran

Remettre les pendules à l’heure sur les Moudjahidine du peuple d’Iran

Remettre les pendules à l’heure sur les Moudjahidine du peuple d’Iran Professeur Daniel M. Zucker

Global Politician – Jay Solomon dans un article paru dans le Wall Street Journal ("Un groupe iranien en exil veut jeter des ponts; certains au Congrès voient un rôle pour une organisation taxé de groupe terroriste”, 22 mai 2006) a permis de faire la lumière sur la principale organisation de résistance iranienne. A cet égard, il a rendu un service précieux car la plupart des Américains n’ont aucune idée de qui sont les Moudjahidine du peuple, de ce qu’ils font, ou ce pour quoi ils se battent. Cependant, il existe des erreurs importantes et des oublis dans son article qui nécessitent des corrections et une clarification.

En vérité, il n’est pas simple de connaître le coeur de l’histoire des Moudjahidine du peuple ou OMPI (ou MEK) tel qu’on les présentent généralement dans les médias occidentaux. La raison de cette difficulté, c’est que le régime iranien a diffusé avec un grand succès une campagne de désinformation sur l’OMPI, une ruse que les mollahs ont appris du KGB de l’Union soviétique. Dans la période qui a précédé la chute du chah, de nombreux étudiants fidèles de l’ayatollah Khomeiny ont passé des années en URSS pour étudier la stratégie et des tactiques révolutionnaires. Un de ceux-là est le guide suprême actuel de l’Iran, le Faghih, l’ayatollah Ali Khameneï, un diplômé de l’université de l’amitié Patrice Lumumba de Moscou.

Une des erreurs sur l’OMPI tient dans l’allégation qu’ils ont trempé dans l’assassinat de militaires américains et de contractuels de l’armée américaine au début et au milieu des années 1970. L’accusation vient du fait que les services de renseignements américains de l’époque savaient peu de choses de l’OMPI, et ils n’en ont pas appris beaucoup plus jusqu’à il y a peu.  En 1971, la direction de l’OMPI a été arrêtée par la SAVAK, la police secrète du chah à cause de leurs activités en faveur de la démocratie. Alors que la direction était en prison, un groupe dissident s’est scindé des Moudjahidine musulmans pour former une faction marxiste. C’est ce groupe qui a utilisé le nom des Moudjahidine mais en a violé les principes en attaquant et en tuant des Américains. Les marxistes ont pris plus tard le nom de Peykar. Les agents du chah ont taxé l’OMPI de “marxistes islamiques”, mais l’étiquette est fausse  car l’OMPI croit dans l’économie de libre marché et la propriété privée, ce qui est une antithèse du marxisme.  

Une autre fausse accusation contre l’OMPI, c’est l’allégation qu’elle a soutenu la prise de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en février 1979, et la crises des otages de 444 jours qui a suivi. Les membres de l’OMPI ont en fait tenté de protéger l’ambassade des Etats-Unis des bandes des Komitehs qui cherchaient à en prendre le contrôle pour la faction islamiste de l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Les étudiants partisans de Khomeiny, notamment des gens comme Mahmoud Ahmadinejad, se sont battus contre l’OMPI et leur ont interdit l’entrée de l’ambassade. En fait, les dirigeants islamistes de la prise de l’ambassade ont eux-mêmes écrit que l’OMPI ne faisait pas partie de leur groupe et n’aurait pas eu l’autorisation d’y participer à cause de différences idéologiques majeures. (Voir le récit de la prise de l’ambassade par la porte-parole des preneurs d’otages, Mme Massoumeh Ebtekar.) Les points ci-dessus sont parfaitement documentés dans le livre blanc du Comité de Politique Iranienne du 13 septembre 2005, ainsi que dans le Livre Blanc du CPI « Apaiser les ayatollahs et réprimer la démocratie : la politique américaine et l’opposition iranienne », publié le 27 juillet 2006.

L’allégation entendue parfois à Washington comme quoi  l’OMPI est impopulaire aux yeux des masses en Iran ne tient pas. Si l’OMPI est si impopulaire, pourquoi les médias du régime ont attaqué l’OMPI 350% plus que n’importe quel autre groupe? Pourquoi la diaspora iranienne soutient l’OMPI à un niveau qui transforme tous les autres groupes combinés de l’opposition en lilliputiens ? Pourquoi Téhéran est-il effrayé par l’OMPI, mais pas par Reza Pahlavi et les monarchistes, le parti Toudeh ou le Mouvement de Libération de l’Iran d’Ibrahim Yazdi ? Comment est-il possible à l’OMPI de révéler des détails inconnus des programmes nucléaire et de missiles du régime si la population ne fait pas confiance et ne respecte pas l’OMPI ? A cette égard, comment l’OMPI a réussi à recueillir le soutien écrit de 11.000 juristes irakiens et de 5, 2 millions citoyens irakiens, sunnites, chi’ites et kurdes y compris, si l’OMPI était un agent de la répression sous Saddam Hussein? La vérité c’est que l’OMPI n’a jamais fait de mal aux Irakiens ni aux Iraniens ordinaires ; d’autre part, l’OMPI a infligé de sérieux coups au régime et à ses responsables, spécialement au corps des gardiens de la révolution et aux autorités carcérales responsables de la torture et de la mort de 120.000 membres et sympathisants de l’OMPI.  

L’OMPI, sous la direction du théoricien Massoud Radjavi n’a pas pris les armes contre la République islamique jusqu’au 21 juin 1981, le lendemain d’une manifestation pacifique de 500.000 personnes à Téhéran sur laquelle le CGR (les gardiens de la révolution) et le Hezbollah ont ouvert le feu sur ordre de Khomeiny, faisant 30 morts et des centaines de blessés.  Après cette attaque, le CGR a procédé à des arrestations arbitraires de milliers de personnes et a en exécuté sommairement des centaines, y compris des adolescents, le soir-même. A la suite de ces incidents, la direction de l’OMPI a décidé de prendre les armes contre le régime de Khomeiny, lançant des attaques où de nombreux hauts responsables de ce régime ont été tués. L’OMPI est entrée dans la clandestinité et le mois suivant Radjavi et Abol Hassan Bani-Sadr, le président iranien, se sont envolés ensemble pour Paris pour former un gouvernement en exil. Bani-Sadr par la suite a fait la paix avec le régime alors que Radjavi a continué à diriger l’OMPI. En 1986, le président français Jacques Chirac, alors Premier Ministre, a conclu un marché d’affaires avec l’Iran qui comprenait l’expulsion de l’OMPI de France. L’Irak a offert l’asile et l’OMPI a accepté, rendant clair qu’elle n’avait aucune intention de s’ingérer dans les affaires intérieures irakiennes, utilisant seulement le territoire irakien pour lancer des attaques contre le régime iranien islamo-fasciste de Khomeiny.

La décision en 2003 de l’administration Bush de placer le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), l’organisation politique de coalition dont l’OMPI est un membre majeur, sur la liste des organisations terroristes du département d’Etat, a été fait en réponse à une requête de l’Iran dans un compromis avec l’Iran de ne faire prisonnier aucun pilote américain qui serait abattu dans l’opération de libération de l’Irak et qui tomberait en territoire iranien. Tout comme la décision de Clinton 1997, citée par Solomon, de mettre l’OMPI sur la liste du terrorisme, la base de la décision de 2003, a été une pure convenance politique plutôt qu’une réalité basée sur des faits. Ainsi, les enquêtes de cinq organes fédéraux menées durant 16 mois sur 4000 membres de l’OMPI à  la base Achraf en Irak, notamment avec des relevés d’échantillons d’ADN, n’ont trouvé aucun lien avec le terrorisme ou la moindre infractions aux lois américaines.  

Le témoignage du Dr. Michael Rubin sur le discours du régime islamique de Téhéran est toujours de qualité. Cependant, Rubin est un partisan de Reza Pahlavi et des monarchistes. Aussi, il faut douter de sa vision de l’OMPI. J’ai écrit ailleurs à propos des sympathies du Dr. Rubin  et de son collègue le Dr. Kenneth Timmerman pour les monarchistes. Je demanderai à nouveau quelle est la fiabilité de l’opinion de ceux qui soutiennent la monarchie iranienne alors que la révolution de 1979, détournée par Khomeiny, a été menée par les Iraniens pour se débarrasser du chah. Timmerman et Rubin sont de bons experts du régime, mais il faut reconnaître leurs partis pris quand il s’agit de la Résistance iranienne et la question du changement de régime. L’OMPI est le l’héritière du Dr Mohammad Mossadegh, le Premier ministre populaire et nationaliste que la CIA a renversé en 1953 pour ramener le chah au pouvoir. Les masses iraniennes ont montré qu’elles préféraient l’OMPI à tout autre retour de la monarchie des Pahlavi. C’est pourquoi il serait prudent pour le département d’Etat de retirer de la liste l’OMPI et le CNRI et de les laisser conduire le peuple iranien à faire les changements nécessaires pour amener une démocratie séculaire en Iran, une démocratie qui a d’ores et déjà exclu la possession d’armes nucléaires.

Le Professeur Daniel M. Zucker est président des Américains pour la Démocratie au Moyen-Orient. 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe