mercredi, décembre 7, 2022
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« Une catastrophe en devenir »

 Par Steven Edwards

Canada.com, 17 novembre, extraits – Des figures de la défense des droits humains au Canada mettent en garde contre une « catastrophe en devenir » pour des milliers d’opposants iraniens internés au camp Achraf en Irak, au nord de Bagdad.

Avec des Irano-Canadiens ayant des parents dans le groupe, ils appellent les Nations Unies à agir pour empêcher l’expulsion des opposants vers l'Iran, où une fatwa pour leur exécution datant de 1988 reste en vigueur.

Un nouveau rapport de l'ONU souligne que l'Irak veut « dans un avenir proche » remplacer les militaires américains comme protecteurs des 3500 membres et parents de l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) d’Achraf, qui est le principal groupe d'opposition iranien en exil.

« Si les forces irakiennes expulsent ce groupe, ils seront probablement assassiné. Le Camp Ashraf est une catastrophe en devenir. Nous ne devrions pas attendre que le pire arrive pour ensuite se demander ce qui aurait pu être fait», dit l'avocat des réfugiés David Matas.
 
«Je suis inquiet pour mon frère et ma sœur. Ils sont là-bas et ils sont tout ce qui me reste », dit dans un anglais hésitant une résidente de Toronto Maliheh Salehyar, qui a immigré au Canada en 1999. « Les ayatollahs ont tué mon autre frère, ils ont tué mon autre sœur. »

Salehyar tient fermement un livre relié de cuir rouge, portant les photos de 20.000 membres de l’OMPI parmi un nombre bien plus grand. Le groupe accuse le régime de les avoir tués. Parmi eux se trouve une photo de sa soeur, Sayedeh Salehyar, morte à 47ans en 1989.

«On m’a dit qu’elle avait été arrêtée, torturée et tuée », dit cette femme de 53 ans, mère de trois enfants, « mais nous ne savons pas où est son corps ».

Aujourd'hui, en Irak, la majorité chiite détient la majorité au sein du gouvernement élu du pays, et certains considèrent la que la façon de traiter de la question d’Achraf est un moyen d'améliorer les relations avec la théocratie de l'Iran chiite.

"Si les forces iraquiennes expulsent ce groupe, ils seront probablement assassiné», disent l’avocat des réfugiés David Mates et l'ancien député David Kilgour dans une lettre adressée à l’agence des réfugiés de l'ONU.

« Le Camp Ashraf est une catastrophe en devenir. Nous ne devrions pas attendre que le pire arrive pour nous demander alors ce qui aurait pu être fait. »

Les deux disent que la promesse du gouvernement irakien du 1er septembre de ne pas expulser les résidents d’Achraf est contredite par de nombreux appels lancés à un haut niveau pour vider le camp.

«Même si l'intention de ne pas expulser demeure, la capacité des forces irakiennes à protéger le camp de milices locales favorables à l'Iran ou d'éléments infiltrés des forces irakiennes est discutable», dit la lettre. « Le ministre de la Justice lui-même a dit que si ce n'était la présence de forces américaines, le peuple irakien aurait attaqué et détruit le camp. »

Outre la fatwa, la loi iranienne de 1997 dit que les militants de l’OMPI sont «coupables de guerre contre Dieu » et passibles de châtiment, y compris le bannissement interne, l'amputation de la main droite et du pied gauche, ou la mort.

Modelée dans le désert par les opposants, Achraf a depuis longtemps évolué en petite ville avec des services comme un centre commercial.

En 2004, Washington a octroyé aux résidents le «statut de personnes protégées » en vertu des Conventions de Genève après avoir déterminé qu'ils n'avaient pas été belligérants au cours de l'invasion.

Le groupe avait précédemment renoncé aux activités militaires, et remis ses armes aux forces des États-Unis à la suite du renversement de Saddam Hussein. Les États-Unis ont aussi dit avoir passé au crible les résidents d’Achraf dans le but de s'assurer qu’il n’y a dans le camp aucun suspect de terrorisme.

Mais le camp n'est pas mentionné dans l’accord de sécurité entre l’Irak et les États-Unis approuvé dimanche par le cabinet irakien qui dicte les termes de la présence militaire américaine au-delà de l'expiration du mandat de l'ONU.

« Les deux parties assument que le contrôle … passera des Etats-Unis aux forces irakiennes à la fin de l'année », dit la lettre Matas / Kilgour.

Les deux veulent que les Nations Unies accordent aux résidents d’Achraf une « reconnaissance groupée» de réfugiés – un statut qui interdirait leur rapatriement et leur accorderait des droits de réinstallation.

Leur campagne est en tandem avec des appels similaires d'autres groupes, comme des exilés iraniens basés à Washington de la Coalition nationale des défenseurs de la démocratie.

Mais les efforts sont compliqués par certains pays, y compris les États-Unis et le Canada, qui ont inscrit l’OMPI dans leur liste du terrorisme.

« Oui, l’OMPI a un passé de violence, mais jamais contre l'Occident, et seulement pour la défense de la vie et la liberté en Iran», a déclaré Kilgour dans une interview.

Matas fait valoir la désignation de terrorisme est dénuée de pertinence pour savoir si le rapatriement devrait être évité.

« Je ne prends pas position pour savoir s’ils ont été terroristes», a-t-il dit. « Mon opinion est que nul ne doit être tué arbitrairement. »

Néanmoins, le groupe a contesté l'étiquette de terrorisme devant les tribunaux européens avec succès.

L’armée et les services de renseignement des Etats-Unis, entre-temps ont fait l'éloge du groupe pour l’aide fournie notamment en apportant des preuves sur le programme nucléaire secret de Téhéran.

Plus de trois millions de chiites irakiens ont aussi récemment signé une déclaration de soutien à l’OMPI et Achraf.

Mais l'influence de Téhéran à Bagdad reste forte, disent Kilgour et d'autres partisans de la cause d’Achraf.

Salehyar était l'une des Canadiennes ayant rejoint un sit-in qui entre maintenant dans son troisième mois en face du siège des Nations Unies à New York dans le but de mettre en avant la cause d’Achraf.

«Parce qu'ils ont renoncé à leurs armes, ils ne sont pas en mesure de se protéger sans l'aide internationale», a déclaré Sahand Khochbaten, 22 ans, un étudiant en politique de la santé à l’université York de Toronto, qui était bébé lorsque ses parents ont fui l'Iran.

Un étudiant ingénieur de l'Université Ryerson, Ali Zia’i, 19 ans, dit se sentir «responsable de prendre la parole avant qu'il ne soit trop tard».

La mission canadienne à l'ONU dit que ambassadeur du Canada John McNee « et le reste de la mission sont bien conscients des problèmes », selon une note reçue par Khoshbaten qui a demandé l’aide de la délégation.

Chaque année, depuis le meurtre dans une prison de Téhéran en 2003 d’une photojournaliste irano-canadienne, le Canada a fait adopter à l'ONU une résolution soulignant le mauvais bilan des droits de l'homme en Iran. Alors que le projet de cette année ne fait aucune mention de la situation de l’OMPI, il se déclare « profondément préoccupé » par « la persécution des opposants politiques » en Iran.

 

 

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