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Pour nous les parlementaires français ne doivent pas se rendre en Iran – le député Dominique Lefebvre

CNRI – Le député Dominique Lefebvre a participé le 6 mai à une conférence sur la situation en Iran à l’Assemblée nationale, organisée par le Comité parlementaire pour un Iran démocratique (CPID). Il s’est interrogé sur le bien-fondé de visites officielles d’élus en Iran et le fait qu’elles soient souvent contrôlés au point d’imposer des restrictions inacceptables aux parlementaires et d’instrumentaliser les visites pour légitimer le régime. Voici le texte de son intervention:

 

Je suis très heureux de vous retrouver tous ici dans cette salle où nous nous sommes déjà réuni à plusieurs reprises, entre la salle Victor Hugo et la salle Colbert. Le contexte actuel oblige le comité parlementaire pour un Iran en démocratique d’être encore plus présent et encore plus vigilant que par le passé. Nous sommes très nombreux ici à être engagés de très longue date pour un Iran libre et démocratique. Je pense que les premières manifestations que j’ai dû faire à ce propos c’est que dans les années 70 et contre un autre régime qui n’avait rien de démocratique, mais qui a été malheureusement après la révolution remplacée par une dictature théocratique qui finalement n’a rien à envier, qui est même pire à certains égards, que le précédent régime.

Notre comité parlementaire a toujours été présent, à la fois pour défendre les droits de l’homme, défendre les principes démocratiques. Il a aussi été présent pour soutenir la résistance iranienne et vous accompagnez dans les épreuves qui ont été les vôtres, et à la fois conjuguer un combat pour tout simplement le respect du droit international. (…) Si je faisais tous ces rappels c’est simplement pour revenir sur le contexte actuel que nous connaissons qui est celui de l’accord intérimaire sur le nucléaire iranien. Dans ce contexte-là, la France a pris des positions extrêmement claires, extrêmement ferme, et heureusement qu’elle était là pour les prendre. On voit bien que dans ce cadre là, il y a un jeu diplomatique qui s’organise naturellement puisque derrière cet accord intérimaire il y a de facto un dialogue entre le pouvoir en place et la communauté internationale pour cadrer cette question du nucléaire qui est effectivement décisif. Qu’un tel régime puisse disposer de l’arme nucléaire c’est absolument inenvisageable, et tout doit être mis en œuvre pour l’empêcher.

Dans ce cadre là, on voit bien que l’attitude du pouvoir iranien est de profiter de ce qui a été une contrainte liée à la pression internationale, pour se redonner une légitimité. Et dans ce cadre là très clairement, les visites et les délégations de toutes natures qui sont invitées à se rendre en Iran, entre dans cette stratégie du pouvoir iranien. Une normalisation sous couvert d’une bonne volonté pour régler la question du nucléaire iranien, dont on ne sait pas assez d’ailleurs si elle sera effectivement réglée ou pas.

Un certain nombre de faits récents montre bien quelle est l’intention du pouvoir iranien dans cette affaire : c’est à la fois de se légitimer au plan international et également de se légitimer au plan interne. J’en veux pour preuve ce qu’ont été les réactions du pouvoir sur deux visites récentes : celle d’une part de Catherine Ashton et d’autres part celle de nos collègues sénateurs. Dans le premier cas le fait que Catherine Ashton ait souhaité rencontrer des prisonniers politiques et des opposants à l’intérieur même de l’Iran, a créé une tension et des réactions extrêmement vives du pouvoir des mollahs. Dans le deuxième cas c’est ce qui est arrivé à notre collègue Philippe Dallier, qui était venu un jour à Villepinte dans un rassemblement, qui a fait l’objet d’interrogations et d’attaques qui ont donné lieu à des réponses qui lui appartiennent, qui appartiennent au président de la commission des finances du Sénat, mais qui montre bien là encore l’attitude du pouvoir iranien. Elle est double: se légitimer au plan interner et poursuivre de manière très particulière et spécifique son combat contre la résistance iranienne de l’extérieur, que vous représentez avec le CNRI et l’Ompi.

 

La question pour nous parlementaires est simple

Notamment ici à l’assemblée nationale et elle est la même au Sénat, et même notamment pour les parlementaires européens. Donc avec notre président, Gérard Charasse, avec André Chassaigne et avec Michel Terrot, nous avons écrit à la présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, notre ami et collègue Élisabeth Guigou. En informant le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, président du groupe socialiste républicain et citoyen, sur les conditions dans lesquelles les parlementaires français devaient se rendre aujourd’hui en Iran. Je crois qu’on s’en est expliqué très clairement.

La bonne posture n’est pas de dire pour nous que les parlementaires français ne doivent pas se rendre en Iran. La bonne posture pour nous est de dire, à partir du moment où des délégations de parlementaires se rendent en Iran, elles doivent pouvoir le faire dans des conditions qui respectent nos institutions, qui respectent le mandat, qui respectent les valeurs sur lesquelles nous sommes. En particulier la chose qui est essentielle -sauf à voir ces visites instrumentalisées par le pouvoir en place – c’est la capacité lorsque nous serons en Iran à parler également d’autres questions, des questions qui fâchent, dont le pouvoir ne veut pas entendre parler. C’est-à-dire la question des droits de l’homme, la question de la démocratie, c’est la possibilité de rencontrer des prisonniers politiques, c’est la possibilité de rencontrer des opposants.

Et nous savons bien que, les réactions dont je faisais état à la fois pour la visite de Catherine Ashton à celle de Philippe Marini et de Philippe Dallier ou encore l’excellente résolution qui a été adoptée à une très large majorité par tous les groupes du Parlement européen et qui rappelle l’ensemble de ces conditions, montrent bien que pour le pouvoir iranien, ces visites de parlementaires, c’est une instrumentalisation au service de cette tentative de légitimation. Or pour nous il ne peut être question dans ce cadre-là de passer sous silence la réalité de la situation en Iran. L’élection du nouveau président n’a pas entraîné de modification substantielle du fonctionnement du régime sur la question des droits de l’homme. Je crois que les chiffres qui peuvent être donnés ou le rapport le plus récent de l’ONU, ce qu’a exprimé le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, sont extrêmement claires à cet égard.

En résumé, cette lettre qui est aujourd’hui rendue publique, dit très clairement le cadre dans lequel nous souhaitons, que nos collègues parlementaires qui se rendront en Iran, doit se situer. Je veux dire aussi que si des garanties ne leur sont pas accordées par le pouvoir iranien sur leur liberté de mouvement en Iran, sur leurs possibilités d’aborder toutes ces questions, notamment celles relatives aux droits de l’homme et de pouvoir visiter des prisonniers politiques, n’était pas assurées, à ce moment-là, il n’y aurait pas lieu d’y aller. Par simple nécessité de se faire respecter et de refuser d’être instrumentalisé.