lundi, novembre 28, 2022
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Où est la communauté internationale quand on tue au camp d’Achraf ? Nontombi Tutu

CNRI – « les régimes oppressifs dans le monde connaissent l’épouvantail du jour : le terrorisme.  Ainsi, si vous pouvez taxer votre opposition de “terroriste”, le monde ne vous posera pas de questions sur ce que vous faites à votre peuple. Et c’est ainsi que la population d’Achraf a été taxée de terroriste, même après que des enquêtes aient montré que ce n’était pas vrai », a déclaré la militante des droits humains Nontombi naomi Cecilia Tutu.

La fille du prix Nobel Desmond Tutu s’exprimait dans une conférence au siège européen de l’ONU, présidée par Miche Joli, secrétaire général de France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand. Le panel accueillait Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du Parlement européen, Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak (qui a présenté un plan européen pour résoudre la crise d’Achraf), le Pr. Ruth Wedgwood, juriste, Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien, Gianfranco Fattorini coprésident du MRAP, Madeleine Rees, Secrétaire générale de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la liberté, Christiane Perregaux, co-présidente de l’Assemblée constituante du Conseil de Genève,  Marc Falquet, député au Grand Conseil de Genève. 

Voici les moments forts de l’intervention de Notombi Tutu :

Je viens portant différents chapeaux. Le premier chapeau est en tant que sud-africaine qui a grandi sous l’apartheid. Et, à cette époque, quand j’étais jeune, une des choses auxquelles je ne cessais de penser et que mes amis et ma famille se demandaient et que nous nous demandions mutuellement c’était : « Quand on souffre comme ça, où est le reste du monde ? ca ne leur fait rien qu’on arrête nos frères et nos sœurs ? ca ne leur fait rien que nos enfants soient tués dans les rues ? ca ne leur fait rien que nos parents soient déplacés de leur foyer ancestral ? Où est la communauté internationale ? » Aujourd’hui, nous nous retrouvons à la même place, où les gens du camp d’Achraf nous posent exactement les mêmes questions : « Où êtes-vous ? Où êtes-vous pendant que nous souffrons ? Où êtes-vous alors que l’on nous tue ? Où êtes-vous alors qu’on nous harcelle nuit et jour, alors qu’on insulte nos femmes par des haut-parleurs qui entourent le camp ? Où est la communauté internationale pour soutenir nos droits humains ? »

Je suis venue en tant que Sud-africaine qui a grandi à une époque où le gouvernement de l’apartheid faisait attention à l’épouvantail de l’occident, à l’époque, qui était le communisme. Et par conséquent, il appelait la loi qui rendait hors-la-loi toute critique de l’apartheid ‘la loi de répression du communisme’, pour que ceux qui étaient en Occident ne posent pas de question quand des Sud-africains étaient arrêtés, ou exilés ou forcés de fuir leur pays.

Et aujourd’hui nous savons que les régimes oppressifs dans le monde connaissent l’épouvantail du jour : le terrorisme.  Ainsi, si vous pouvez taxer votre opposition de “terroriste”, le monde ne vous posera pas de questions sur ce que vous faites à votre peuple. Et c’est ainsi que la population d’Achraf a été taxée de terroriste, même après que des enquêtes aient montré que ce n’était pas vrai.

Aussi je viens comme quelqu’un qui dit, je ne veux pas appartenir à une communauté mondiale à qui on va à nouveau demander : « Où étiez-vous quand on nous massacrait. Qu’avez-vous dit pour arrêter notre souffrance ? Qu’avez-vous fait pour protéger nos familles ? » Nous avons à présent la possibilité d’être ceux qui parlent en défense du camp d’Achraf, qui font pression sur nos gouvernements et les Nations Unies pour protéger les gens de ce secteur.  Je sais que la haut Commissaire des droits de l’homme de l’ONU, Madame Pillay, est quelqu’un qui comprend la lutte contre l’oppression, qui comprend la nécessité d’une protection contre la violence. Je sais qu’elle est quelqu’un dont le cœur est la bonne place. Et nous sommes là pour l’encourager à bouger pas seulement son cœur mais aussi les actes du Haut commissariat pour protéger la population d’Achraf, pour envoyer un groupe d’observateurs pour assurer la sécurité du Camp d’Achraf.
 
Je suis aussi venue en portant le chapeau d’une citoyenne à la fois sud-africaine et américaine, en sachant que ce sont les forces conduites par les Etats-Unis qui ont désarmé les gens du camp d’Achraf et leur ont assuré de les protéger.  Par la suite, cette protection, nous le savons,  a été transmise au gouvernement irakien. Et la protection a viré en une attaque.

Aussi je viens comme quelqu’un qui dit “je suis aussi une voix” pour dire “mon autre pays, mon autre foyer, nous avons une responsabilité vis-à-vis du camp d’Achraf”.

Et finalement, je viens en portant le chapeau de ”la fille de”. Et ça je l’ai porté toute ma vie et il a ses bons et mauvais côtés. Aujourd’hui il m’amène une certaine fierté puisque j’ai l’occasion de lire un communiqué de mon père adressé à ce rassemblement

Message de l’archevêque Desmond Tutu :

“J’ai par le passé exprimé mon soutien aux habitants du camp d’Achraf.
Ils ont reçu un statut protégé à la fois par l’ONU et de la force multinationale conduite par les Etats-Unis en Irak.

Depuis que la responsabilité de leur protection a été transférée à l’armée irakienne, le camp est harcelé à la fois par les forces iraniennes et irakiennes. Les attaques et les harcèlements que subissent les habitants du camp sont en fait des violations des droits de l’homme qui demandent la condamnation de tous les défenseurs de la liberté.

Ce mois-ci, le HCR a déclaré son intention de considérés les demandes individuelles d’asile des résidents du camp. Je demande au gouvernement irakien et à la communauté internationale de respecter l’intégrité de ce processus, et de s’assurer que les habitants du camp d’Achraf jouissent de sécurité, afin que le HCR puisse remplir son mandat dans un lieu sûr et confidentiel.

Desmond Tutu,
Archevêque émérite de Cape Town.
20 septembre 2011,
New York.”

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