par Mark Heinrich
Reuters – L’Iran a lancé une deuxième cascade de centrifugeuses dans son installation pilote d’enrichissement de l’uranium, faisant fi de possibles sanctions du Conseil de sécurité, rapportent des diplomates.
La nouvelle cascade de 164 centrifugeuses, similaire à la première, a été inaugurée ce mois-ci. Mais il semble que l’Iran se contente d’essais sur cette deuxième cascade, sans l’alimenter en hexafluorure d’uranium gazeux (UF6), contrairement à ce qu’il avait fait pour la première cascade, ce qui lui avait permis en avril de recueillir pour la première fois une petite quantité d’uranium enrichi.
Cet uranium enrichi peut soit alimenter des centrales nucléaires, ce qui est l’objectif affiché de Téhéran, soit servir à fabriquer des armes atomiques, ce dont l’Iran ce défend en dépit des soupçons des Occidentaux.
Selon un diplomate de haut rang au courant des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique en Iran, Téhéran est encore loin d’une capacité de production d’uranium enrichi à l’échelle industrielle qui lui permettrait de devenir une puissance nucléaire, à l’instar de la Corée du Nord qui a procédé le 9 octobre à un essai nucléaire.
"Ce qu’ils font consiste à constituer un stock d’uranium enrichi qui devrait leur permettre à terme de fabriquer une bombe de l’ordre de 100 à 200 kilos. C’est juste quelques grammes par-ci, quelques grammes par-là", a-t-il expliqué.
L’Iran n’a soufflé mot de la deuxième cascade de centrifugeuses, mais le président Mahmoud Ahmadinejad a déclaré lundi que les puissances occidentales se trompaient si elles pensent que son pays renoncerait sous la pression politique à son programme nucléaire.
L’Iran aurait pu lancer la deuxième cascade il y a plusieurs mois à Natanz, dans le centre du pays, mais il n’a décidé de le faire qu’après le récent échec de discussions avec l’Union européenne sur un compromis susceptible d’éviter des sanctions des Nations unies, dit-on de source diplomatique.
"Le message de la deuxième cascade semble être le suivant: ‘Les discussions ont été rompues et nous n’allons pas suspendre’ le programme nucléaire comme condition préalable à des négociations sur les incitations commerciales offertes par les six grandes puissances", a expliqué le premier diplomate.
MENAGER MOSCOU ET PEKIN
"Les inspecteurs de l’AIEA n’ont pas vu (récemment) d’enrichissement en Iran, mais ils (les Iraniens) étaient depuis pas mal de temps sur le point de lancer la deuxième cascade", a déclaré un deuxième diplomate de haut rang.
L’Iran a traité suffisamment de minerai d’uranium pour en injecter de grandes quantités dans les centrifugeuses, et il a prouvé qu’il était capable de l’enrichir à 5%, le degré requis pour le combustible des centrales nucléaires, mais il semble se réfréner pour éviter de s’aliéner la Russie et la Chine.
Téhéran compte en effet sur Moscou et Pékin, importants partenaires commerciaux, détenteurs par ailleurs d’un droit de veto au Conseil de sécurité, pour empêcher les Etats-Unis de faire adopter autre chose que des sanctions symboliques.
La France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne préparent un projet de résolution qui ne porterait vraisemblablement que sur l’interdiction de toute importation susceptible d’être utilisée à des fins nucléaires. Depuis des années, le programme nucléaire iranien est néanmoins basé en grande partie sur une technologie importée clandestinement.
Des diplomates de l’Union européenne craignent qu’une résolution trop dure conforte la popularité d’Ahmadinejad dans son pays.
Des experts des renseignements occidentaux estiment qu’il faudra encore au moins trois ans à l’Iran, et peut-être jusqu’à dix ans, pour pouvoir exploiter à l’échelle industrielle les milliers de centrifugeuses nécessaires pour produire le combustible nucléaire nécessaire à la fabrication de bombes.
Mohamed ElBaradeï, directeur général de l’AIEA, a laissé entendre que l’Occident disposait dès lors de suffisamment de temps pour trouver un compromis permettant à l’Iran de sauver la face.
Un tel compromis pourrait consister à offrir à l’Iran des incitations, notamment des garanties de sécurité, qui lui permettraient de dépendre totalement d’uranium enrichi importé pour l’alimentation de ses centrales atomiques.
ElBaradeï craint qu’en cas de sanctions, l’Iran mette à exécution sa menace d’entraver les inspections de l’AIEA.
"L’AIEA s’attend à ce que les Iraniens limitent l’ampleur et la fréquence des inspections. L’Iran pourrait par exemple ne pas donner de visas à des inspecteurs", a dit un diplomate de haut rang.

