The Hill, 17 octobre – Depuis plusieurs années, des diplomates iraniens agitent une fatwa, ou décret religieux, sous le nez des gouvernements occidentaux, comme pour les hypnotiser davantage vers l’abîme des négociations. Les Iraniens prétendent que la fatwa a été émise par le guide suprême Ali Khamenei et qu’elle interdit le développement et l’utilisation des armes nucléaires.
Au minimum, cela devrait paraître bizarre à un esprit assidu, si ce n’est carrément grotesque et ridicule. Est-ce que le régime iranien s’attend à tromper l’Occident en l’incitant à penser qu’il n’est pas en quête d’armes nucléaires juste parce qu’il le jure ?
Pourtant, de hauts diplomates de Washington ont augmenté de manière surprenante la lueur de la mystérieuse fatwa. Le point culminant de cette saga bizarre a été une déclaration du Président Obama. « Je crois vraiment qu’il y a une base pour une résolution parce que le Guide suprême de l’Iran a émis une fatwa contre le développement d’armes nucléaires », a-t-il dit lors d’une conférence à la Maison Blanche après avoir appelé son homologue iranien Hassan Rohani.
Cette situation est ironique et particulière.
C’est ironique parce qu’il y a eu beaucoup de fatwas émises par Khamenei et son prédécesseur, ainsi que par d’autres religieux du régime, qui approuvent clairement l’assassinat de sang-froid, le terrorisme, la discrimination religieuse, la maltraitance des femmes, la torture de prisonniers politiques, vider de leur sang les opposants, et de nombreux autres horreurs, y compris le massacre des 52 dissidents iraniens, membres de la principale opposition, les Moudjahidines du peuple (Ompi), chez son voisin irakien, le 1er septembre. Pourquoi ne pas les utiliser comme base pour renoncer à l’engagement pris avec un régime barbare ?
Et, c’est particulier parce que la fatwa est un canular. La liste de près de 500 fatwas, qui auraient été pondues par Khamenei, indique clairement que, malgré tout le battage médiatique au fil des ans, il n’existe aucune preuve crédible que cette fatwa existe encore. En juillet, l’agence de presse, Fars, affiliée aux Gardiens de la Révolution, en a publié la liste, qui remonte à 2004. Aucune mention n’interdit les armes nucléaires.
Khamenei a même été expressément interrogé pour savoir s’il est « interdit de se procurer des armes nucléaires » et il a répondu par écrit que cette question n’a pas d’ « aspect jurisprudentiel » et qu’il n’est donc pas possible d’y répondre. En d’autres termes, elle ne peut pas faire l’objet de décrets religieux en premier lieu. Deux questions troublantes demeurent :
Tout d’abord, au cours de l’été de 1988, Khomeiny, le prédécesseur de Khamenei, a émis une fatwa ordonnant le massacre de tous les prisonniers politiques en Iran qui s’opposaient au régime . Contrairement au canular de Khamenei, la fatwa originale manuscrite de Khomeiny a été publiée par son successeur désigné, l’ayatollah Hossein Ali Montazeri. En conséquence, selon Amnesty International, « des exécutions massives et en grande partie secrètes et sommaires » ont suivi. Des dizaines de milliers de personnes ont péri, l’écrasante majorité étant des membres et des sympathisants de l’OMPI. C’est maintenant le 25ème anniversaire de ce massacre, que le Parlement du Canada, voisin des USA, a récemment qualifié de « génocide ». Depuis qu’Obama compte sur la fatwa de Khamenei pour prendre une décision politique majeure, utilisera-t-il la véritable fatwa de Khomeiny comme base pour défendre les valeurs de la Constitution américaine, pour mettre fin à 25 ans de silence, et enfin demander aux autorités du régime iranien, y compris le ministre de la Justice de Rohani, qui a été membre d’une commission de trois hommes ayant mis en oeuvre la fatwa, de comparaître devant un tribunal international pour répondre des accusations de génocide ? Sinon, pourquoi ?
Deuxièmement, en janvier 1988, le fondateur de la République islamique, Khomeyni , a défini la base de la « tutelle absolue » des religieux – connue comme le principe du velayat -e faqih – et a déclaré en termes on ne peut plus clairs que rien, pas même « les décrets primaires » de l’islam ( sans parler des décrets de Khamenei ) ne remplacera l’obligation de préserver le régime.
Critiquant celui qui finira par être son successeur Khamenei, qui était sorti de la ligne en remettant en cause la règle absolue du Guide suprême, Khomeini avait écrit : « Le Guide suprême est habilité à abroger unilatéralement les engagements religieux sur lesquels il s’est engagé vis-à-vis du peuple, s’il les trouve contraire aux intérêts de la nation et de l’islam. Il peut interdire toute question religieuse ou non-religieuse contraire aux intérêts de l’islam ».
Le Président Obama est-il vraiment préparé à mettre en jeu la question de politique étrangère la plus prioritaire de sa présidence sur ce qui est au mieux un canular, et au pire une tactique trompeuse pour l’attirer dans une autre série de négociations prolongées et stériles ? Est-il prêt à quitter son poste, tout en laissant le monde avec un régime intégriste doté de l’arme nucléaire en Iran ?
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Ali Safavi est membre du Conseil national de la Résistance iranienne, qui cherche à remplacer la théocratie au pouvoir en Iran par une République démocratique, laïque et non – nucléaire.

