L’Express.fr – Eva John, avec Reuters – L’Union européenne, les Etats-Unis et la Russie condamnent unanimement la déclaration de Téhéran, qui affirme avoir produit de l’uranium enrichi.
Les Occidentaux ont vivement protesté à la déclaration de Téhéran, qui a affirmé mardi avoir produit de l’uranium enrichi. L’Union européenne, les Etats-Unis ainsi que la Russie soupçonnent l’Iran de vouloir se doter de l’arme atomique sous couvert d’un programme énergétique.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a annoncé mardi, au cours d’une allocution télévisée, que la République islamique faisait à présent partie des Etats maîtrisant le cycle nucléaire et qu’elle avait décidé de passer à un stade industriel de l’enrichissement de l’uranium.
L’annonce de l’Iran intervient deux jours seulement avant la visite jeudi à Téhéran du directeur général de l’AIEA, Mohamed ElBaradeï. "Le moment choisi est étrange mais il a peut-être été décidé pour leur permettre d’aborder les négociations en position de force", a déclaré un diplomate de l’agence.
Regrettable
Mercredi, les réactions de la Communauté internationale ne se sont pas faites attendre. La secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, considère que le moment est venu pour le Conseil de sécurité de prendre "des mesures fermes".
L’Union européenne a également déploré l’annonce faite par l’Iran, tout en soulignant qu’elle continuerait à favoriser une solution diplomatique. "C’est regrettable", a déclaré Emma Udwin, la porte-parole de Benita Ferrero-Waldner, la commissaire européenne aux Relations extérieures. "Nous allons continuer à rechercher une solution diplomatique, mais de telles annonces ne nous facilitent pas la tâche." L’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont souligné que l’Iran avait fait "un pas dans la mauvaise direction". Cette annonce va entamer la confiance de la communauté internationale, d’après le chef de la diplomatie britannique Jack Straw. Son homologue français, Philippe Douste-Blazy a invité "fermement" l’Iran à suspendre ses "activités dangereuses" dans le domaine du nucléaire.
La Russie a quant à elle exhorté l’Iran à cesser toutes ses activités nucléaires, et ne s’est cette fois-ci toutefois pas opposé à d’éventuelles sanctions. Pour sa part, l’ancien Premier ministre israélien Simon Peres a qualifié la nouvelle d’"inquiétante et frustrante" mais a estimé qu’il fallait être patient. "Je suis sûr que les Etats-Unis sont conscients du danger et cette question est entre leurs mains", a-t-il déclaré.
"Complaisance"
Mais Maryam Radjavi, la présidente du conseil national de la résistance iranienne (CNRI) a dénoncé mercredi à Strasbourg la "complaisance" des Occidentaux à l’égard de l’Iran. "Si le plus vite possible il n’y a pas de politique de fermeté appliquée à l’égard de l’Iran, ce régime intégriste va se doter de l’arme la plus dangereuse pour la planète", a-t-elle dit.
Dans une déclaration du 29 mars, le Conseil de sécurité des Nations unies avait exigé de Téhéran la suspension de toutes ses activités d’enrichissement d’uranium et a demandé un nouveau rapport à l’AIEA dans un délai de 30 jours.
Entêtement
La République islamique a toutefois fait savoir mercredi qu’elle maintiendrait son programme nucléaire. "Les activités nucléaires de l’Iran sont semblables à une chute d’eau qui a commencé à s’écouler. Elles ne peuvent pas être arrêtées", a déclaré à Reuters un haut responsable iranien, qui a demandé à conserver l’anonymat. L’ancien président iranien Akbar Hachemi Rafsanjani a affirmé mercredi que l’Iran comptait désormais doubler le nombre de ses centrifugeuses servant à enrichir l’uranium pour augmenter sa capacité de production et faire de Natanz un grand site industriel.
L’Iran a réussi à enrichir de l’uranium à 3,5% , ce qui permet son utilisation dans une centrale électrique mais est nettement insuffisant pour la fabrication d’une bombe nucléaire. Selon les experts, il faudrait que 1500 centrifugeuses fonctionnent en permanence pendant un an pour produire la quantité de combustible nécessaire.

