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Nouveaux documents et détails sur le bain de sang du 8 avril à Achraf

CNRI – Dans une conférence de presse donnée à Paris le 19 avril, M. Mehdi Abrichamtchi, président de la commission de la paix au CNRI, a rendu public des documents obtenus de l’intérieur du régime des mollahs sur l’attaque meurtrière des forces irakiennes contre Achraf le 8 avril dernier. Jacques Attali, ancien conseiller du président Mitterrand, Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH, et François Serres, directeur exécutif du Comité international des juristes pour la Défense d’Achraf, ont également pris part à cette conférence.

Voici le texte de l’intervention de M. Mehdi Abrichamtchi

Si vous le permettez, nous allons d’abord voir une brève vidéo sur les événements du 8 avril au camp d’Achraf. Les Nations Unies ont confirmé que 34 Achrafiens avaient été tués lors de l’agression, la plupart par balles, et 350 autre blessés, certains toujours dans un état grave.

Je vais aborder aujourd’hui dans cette conférence trois points essentiels concernant le crime monstrueux perpétré à Achraf le 8 avril.

• Des documents et des informations qui montrent clairement que l’attaque lancée contre Achraf, a été en fait une pure opération militaire planifiée au plus haut niveau,  avec pour seul objectif l’anéantissement d’Achraf et le massacre de ses résidents ;
• Cette opération préparée pendant trois mois par le gouvernement irakien sous la direction du régime iranien, et avec sa coopération directe. La Force Qods du Corps des pasdaran a joué un rôle direct dans la planification et le déroulement de ce crime ;
• Des précisions sur les derniers développements de la situation à Achraf, et  des informations obtenues de l’intérieur du régime des mollahs concernant les plans de ce dernier et de Nouri Maliki, son protégé à sa solde en Irak, pour des actions futures à Achraf.

Tout d’abord, permettez-moi d’attirer votre attention sur un document obtenu par la Résistance iranienne de l’intérieur du régime : vous avez entre vos mains l’original en arabe du document et sa traduction.
Il s’agit d’un ordre d’opération de l’armée irakienne sur l’attaque lancée contre Achraf le 8 avril par la 5ème division d’infanterie de l’armée de terre irakienne  (L’opération a été déclenchée à 04h45 le même jour).

1- Il s’agit d’un document ‘top secret’ de l’armée irakienne. En bas du document, dans la liste des destinataires, il est précisé que 10 exemplaires seulement de ce document seront distribués en raison de son caractère très sensible, 8 exemplaires étant livrés à la main et deux seulement envoyés par le courrier électronique.

2- Selon ce plan d’opération, les effectifs de cinq bataillons de l’armée irakienne, dont un bataillon mécanisé et un bataillon blindé, ont été engagés pour cette attaque contre les Achrafiens sans armes et sans défense
3- Selon le document, outre la 5ème division, un bataillon de la 9ème armée a été également engagé.

4- Il est précisé sur la première page du document qu’Achraf doit être pris par la force

5- Dans ce document, les résidents d’Achraf sont à sept reprises désignés par le mot ‘ennemi’. Or le gouvernement irakien s’est engagé par écrit auprès du gouvernement américain en décembre 2008 à respecter les droits des résidents d’Achraf conformément aux lois internationales. Le seul à se référer aux résidents d’Achraf comme ‘ennemi’ n’est autre que le régime des mollahs.

Ce document, signé par l’officier d’état-major, le général de brigade Ziya Kazem Danbous, commandant de la 5ème division d’infanterie irakienne, montre clairement que le massacre d’Achraf était une opération militaire en bonne et due forme planifiée au plus haut niveau de la hiérarchie de l’armée irakienne.

C’est dans le cadre de ce plan qu’une force de 2500 soldats appuyée par des véhicules blindés ont attaqué le camp d’Achraf abritant 3400 membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, tous des personnes sans armes et protégées par la 4ème Convention de Genève. Au cours de l’attaque, 34 Achrafiens ont été massacrés et 350 autres blessés, dont 200  par balles. L’attaque a eu lieu alors que la Résistance iranienne avait, depuis le 2 avril, communiqué des informations sur le renforcement des forces irakiennes et l’arrivée d’une force blindée aux environs du camp, mettant en garde contre le plan sinistre du gouvernement irakien. Ces mises en garde ont malheureusement été ignorées par la communauté internationale en général et les Etats-Unis en particulier.

Le rôle de Maliki

La Résistance iranienne détient des documents précis et irréfutables qui montrent que l’attaque a été lancée sur l’ordre personnel de Maliki, et présentera ces preuves aux tribunaux. D’après ces documents, Maliki et son bureau ont donné directement l’ordre de l’attaque à la 5ème division et aux autres éléments engagés, des ordres dont même le chef d’état-major de l’armée n’était pas informé.
Au-delà de ces documents précis, Maliki porte la responsabilité directe de ce massacre à deux titres : d’abord, il est premier ministre et commandant en chef des forces armées et deuxièmement, il assure actuellement la fonction de ministre de la Défense et doit donc être  jugé pour ce crime.

Le rôle du régime des mollahs et de la Force Qods du Corps des pasdaran

Selon des informations dignes de foi obtenues de l’intérieur du régime des mollahs, la Force Qods du Corps des pasdaran a été impliquée au plus haut niveau dans la planification et l’exécution de cette opération. Le général de brigade des pasdaran Ghassem Soleimani, le chef de la Force Qods, a personnellement supervisé la conception et la planification de l’attaque contre Achraf.

D’après ces informations, des officiers de la Force Qods étaient présents pendant l’attaque et sont donc impliqués dans la tuerie. Un nombre de membres de la Force Qods qui parlent couramment l’arabe ont pris part à l’attaque du 8 avril.

L’anéantissement d’Achraf était la condition principale posée par le régime iranien pour soutenir Maleki pour un deuxième mandat comme premier ministre. Ainsi, immédiatement après la formation du deuxième gouvernement Maleki, le régime des mollahs s’est employé à planifier l’anéantissement d’Achraf.
Les étapes préliminaires du plan ont été discutées lors d’un voyage en Irak de Kazemi-Qomi, l’ancien ambassadeur du régime de Téhéran à Bagdad et l’un des chefs de la Force Qods.

Selon ces mêmes informations, lors de son déplacement à Bagdad le 5 janvier,Ali-Akbar Salehi, ministre des Affaires étrangères des mollahs, a abordé avec Maliki son engagement sur Achraf pris auprès des mollahs comme le sujet le plus important de l’ordre du jour.

La situation actuelle à Achraf et les plans du gouvernement irakien et du régime des mollahs pour la suite :

Tout indique que les forces répressives irakiennes envisagent un nouveau massacre :
1- On peut noter une motivation politique funeste au sein du bureau du premier ministre Maliki pour mettre en œuvre les objectifs des mollahs. Faleh Fayaz, le conseiller pour la sécurité nationale du premier ministre Maliki, qui est responsable du dossier d’Achraf, et en contact régulier avec l’ambassade d’Iran et la force Qods des pasdaran. Il est membre du parti Al-Dawa et a vécu pendant plusieurs années en Iran. Quiconque fait preuve de considération humanitaire pour les résidents d’Achraf est immédiatement écarté par ce dernier.

2- Des bataillons d’ingénierie et des forces de sécurité militaires ont achevé la construction d’un remblai long de 6 kilomètres et d’une hauteur de 3 à 4 mètres sur la bordure nord de la route principale d’Achraf (Avenue 100). Sa largeur permet aux véhicules militaires de rouler dessus. Ce genre de remblai est habituellement construit et utilisé sur les champs de bataille classiques.

3- Aucune des unités militaires irakiennes n’a quitté Achraf ou ses environs. Les véhicules blindés dont les transports de troupes BMP-1 et Humvee installés au nord du camp, pointent  actuellement leurs armes en direction des résidents.

4- Des postes de contrôle ont été installés dans de nombreux endroits à l’intérieur du camp, le faisant ressembler à une grande prison. Des panneaux ont été installés avertissant que ceux qui franchiraient une ligne à 100 mètres de distance du remblai, seront abattus.

5-  Dix jours après l’attaque, les forces irakiennes ont provoqué à deux reprises des altercations importantes avec les Achrafiens. La première fois le 10 avril et la seconde le 13 avril. Elles ont attaqué les résidents avec des bâtons et des matraques, faisant en tout 26 blessés, dont plusieurs femmes.

6-  Certains commandants de la 5e division de l’armée irakienne qui ont refusé de tirer sur les Achrafiens ont été limogés ou mutés. Notamment le commandant des opérations de la 5e division, le général de brigade Tarek AZAVI qui avait refusé d’ouvrir le feu sur les résidents.

7- Sur ordre de Khamenei, une commission spéciale de sécurité a été mise sur pied comprenant des chefs du Corps des pasdaran et de la Force terroriste ‘Qods’, ainsi que les ministères du Renseignement et des Affaires étrangères. Cette commission est chargée de faire le bilan et évaluer les actions entreprises à ce jour contre les Moudjahidine et Achraf en Irak et de définir les actions qui devraient être menées dans l’avenir, communiquer les ordres et consignes à cet effet aux organes de surveillance sous son contrôle en Irak, coordonner ses actions avec les entités à sa solde en Irak et dicter ces consignes à Maleki et ses porte-paroles.

Khamenei a précisé que les actions devant être menées en Irak, devraient l’être sous la surveillance de cette commission, sur la base de l’accord bilatéral entre les deux parties et en prenant en compte les développements dans la région. Il a souligné que ces actions ne devraient pas finir par être attribuées au gouvernement iranien ou mises sur son compte, les porte-paroles irakiens devant éviter tout rapprochement avec l’Iran, faisant croire à une affaire intérieure totalement irakienne. Surtout, compte tenu du tumulte social qui agite actuellement l’Irak, il faudrait agir de manière à ne pas provoquer des pressions politiques extérieures sur l’Irak par les gouvernements étrangers.

Permettez-moi pour conclure de dire que:
Si le massacre à Achraf a été commis par le dictateur irakien, il s’inscrit cependant dans l’équation entre le régime du guide suprême et le peuple iranien. En réalité cela fait partie de l’opération de répression des mollahs pour contenir le soulèvement du peuple iranien. Suite au regain des manifestations, notamment la grande manifestation du 14 février dernier contre le régime en Iran, la hantise des mollahs vis-à-vis de l’OMPI et d’Achraf a redoublé.

Au lendemain de la publication du rapport d’enquête du Parlement des mollahs, qui avait souligné sur le rôle majeur de l’OMPI dans le soulèvement, les préparations pour anéantir Achraf ont été intensifiées. Une nécessité plus urgente que jamais pour les mollahs.

Je dois insister sur la situation à Achraf qui est très inquiétante et sur le risque d’une contre-attaque qui doit être pris au sérieux. Nous avions à plusieurs reprises alerté sur la nécessité urgente pour les  Etats-Unis de reprendre le contrôle de la sécurité d’Achraf et pour qu’une équipe d’observateurs permanents de l’ONU s’installe à Achraf. Nous avions prévenu que le régime iranien et le gouvernement irakien qui lui est inféodé préparent une nouvelle tragédie à Achraf. En raison de ses engagements vis-à-vis du droit international, les Etats-Unis n’auraient jamais dû transférer la sécurité d’Achraf à un gouvernement qui était motivé dès le début par la répression d’Achraf. D’autant plus que les Etats-Unis s’étaient engagés auprès de chacun des résidents d’Achraf de garantir leur protection en échange de leur désarmement. Encore une fois nous alertons sur le fait qu’en l’absence d’une réaction rapide de la communauté internationale, notamment des Nations unies, des Etats-Unis et de l’Union européenne, une nouvelle attaque pointe à l’horizon.

Comme cela a été annoncé par Mme Maryam Radjavi, les mesures urgentes suivantes devraient être prises pour prévenir une autre catastrophe humanitaire:

– La nomination par le Conseil de sécurité de l’ONU d’un représentant spécial pour une enquête sur les crimes du 8 avril
– L’installation à Achraf par les Nations Unies d’une équipe permanente d’observateurs, et la prise en charge de la sécurité par les Etats-Unis avec le soutien de l’Union européenne.
– Le retrait immédiat d’Achraf des forces de répression irakienne et la fin du blocus inhumain qui dure depuis 28 mois déjà.