jeudi, décembre 1, 2022
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Nous ne pourrons pas dire : « Nous ne savions pas » pour Achraf » – Naomie Tutu

CNRI –  » Je sais donc ce que les amoureux des droits de l’homme à travers le monde peuvent faire lorsque l’on est déterminés, et nous sommes déterminés. Nous sommes déterminés à ce que non seulement Achraf soit protégée mais également que l’Iran soit libre », a déclaré Naomi Tutu à Washington le 22 octobre devant la Maison Blanche.

La militante des droits humains et fille du prix Nobel Desmond Tutu s’exprimait dans une manifestations d’Irano-Américains pour demander la radiation de l’OMPI de la liste noire et la protection du camp d’Achraf qui abrite 3400 réfugiés iraniens sans armes  et sans défense membres de l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran. Ils sont menacés de massacre au 31 décembre 2011, date à laquelle le gouvernement irakien a décidé de fermer le camp, dans la fureur et dans le sang.

Voici la vibrante intervention de Naomie Tutu :

Je suis venue ici comme celle qui ne veut pas faire partie d’un monde qui dira « nous ne savions pas ». Nous avons eu trop de cas dans notre histoire où les gens ont dit « nous ne savions pas ». nous avons eu des gens dans l’Allemagne nazie qui vivaient juste à côté des camps de concentration et qui ont dit « nous ne savions pas ». Nous avons eu des Sud Africains blancs à qui nous avons essayé sans cesse d’expliquer ce que l’apartheid faisait dans nos communautés, au sujet des enfants morts dans les rues de Soweto, et qui ont dit, une fois l’apartheid terminée, « nous ne savions pas ».

Nous ne pouvons pas avoir des gens qui, au 1er janvier 2012, diront « Achraf, nous ne savions pas ». Nous sommes ici aujourd’hui pour dire que nous allons nous assurer que tout le monde sache à propos du camp d’Achraf.

Nous savons que finalement, il y aura des gouvernements, l’armée et peut-être l’ONU qui protégeront les gens d’Achraf. Nous savons qu’il y aura des gouvernements qui devront finalement radier l’OMPI de la liste, mais nous savons que les gouvernements ne bougent pas à moins qu’ils soient poussés par les gens, et nous sommes ces gens.

Nous savons que durant l’apartheid, le gouvernement américain n’avait pas voulu imposer de sanctions au gouvernement de l’apartheid, et nous savons que des gens de ce pays ont fait des marches, des gens dans cette ville ont été arrêtés devant  l’ambassade de l’Afrique du Sud, que des étudiants avaient construit des bidonvilles sur les campus universitaires, et qu’un projet de sanctions avait été passé contre l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Et même si le président avait posé son veto contre ce projet de loi, parce que les gens avaient fait pression sur le Congrès, le Congrès n’avait pas tenu compte de ce veto. Nous savons donc que si nous manifestons, si nous nous rassemblons, si nous parlons, nos gouvernements devront agir contre le gouvernement iranien et devront agir en faveur des réfugiés au camp d’Achraf.

Mais nous devons être ceux qui éduquent où que nous soyons, à la fois dans notre milieu, parce que quand je parle aux gens de ma communauté du camp d’Achraf, ils disent : « camp de quoi ? Où est-ce ? Qui est-ce ? Et pourquoi cela nous concerne ? ».

Nous devons donc être ceux qui expliquent aux gens que notre pays que les États-Unis ont promis aux résidents d’Achraf qu’ils seraient protégés. Nous devons expliquer à nos communautés que les Nations Unies ont déclaré que chaque membre du camp d’Achraf est un réfugié politique et bénéficie des droits de ce statut.

Nous devons être celui qui dit à nos représentants que nous voulons qu’ils prennent la défense d’Achraf.

Nous devons être ceux qui s’assurent que tant que notre gouvernement déverse de l’argent et des troupes en Irak, cet argent sera utilisé pour protéger, et non pour tuer, les résidents d’Achraf.

Lorsque j’étais petite en Afrique du Sud, parfois je regardais à travers le monde et c’était comme si le monde ne se souciait pas de la souffrance des Sud Africains noirs, et alors nous avons vu des gens manifester, nous avons vu des gens refuser d’acheter des produits sud africains, nous avons vu des étudiants construire des bidonvilles sur les campus universitaires.

Nous devons voir dans nos communautés des étudiants construire des camps d’Achraf sur leurs campus universitaires, devant nos gouvernements fédéraux, pour dire que nous nous nous reconnaissons dans les  résidents d’Achraf, que nous nous tenons aux côtés des résidents d’Achraf, et que nous ne permettrons pas que les résidents d’Achraf soient massacrés tant que nous résisterons.
Nous devons faire pression sur les Nations Unies pour mettre en place immédiatement une force de sécurité afin de protéger les résidents du camp d’Achraf. Nous avons besoin que les pays des Nations Unies affirment que le gouvernement irakien ne peut pas se tenir au travers du chemin du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU dans ses entretiens et son traitement des cas des résidents du camp d’Achraf.

Nous devons dire à notre gouvernement dans ce pays : « Vous avez dit que vous les protégeriez en notre nom, et nous ne vous permettrons pas de reculer face à cette promesse que vous avez faite en notre nom. »

Nous devons dire au gouvernement irakien : « Le 31 décembre est une date butoir uniquement dans votre esprit. Ce n’en est pas une en réalité. Et cela jusqu’à ce que tous les résidents d’Achraf soient en sûreté dans d’autres pays, vous ne pourrez pas agir pour fermer la camp d’Achraf. »

Nous ne sommes peut-être pas des dirigeants de gouvernement, nous ne sommes peut-être pas de diplomates de l’ONU, mais nous répondons en réalité de toutes ces personnes, et nous leur devons de tenir cette promesse.

Nous devons faire tout ce qu’il faut, manifester, assister à des rassemblements, écrire des lettres, quoi que ce soit, quoi que nous pouvons faire, chacun d’entre nous, en parler à notre entourage, dans nos écoles, dans nos universités, pour dire « La prochaine fois que nous nous rassemblons pour Achraf, nous voulons que la foule fasse  tout le chemin inverse, nous manifesterons devant l’ambassade irakienne pour dire que nous ne lui permettrons pas d’imposer ce délai. »

Je sais ce que le pouvoir des gens peut faire. Je le sais, parce que j’ai grandi opprimée, j’ai grandi comme quelqu’un qui n’avait pas le droit de vote ni d’expression dans son pays de naissance. Mais en raison de l’engagement de gens épris de liberté à travers le monde, l’apartheid a pris fin.

Je sais donc ce que les amoureux des droits de l’homme à travers le monde peuvent faire lorsque nous sommes déterminés, et nous sommes déterminés. Nous sommes déterminés à ce que non seulement Achraf soit protégée mais également que l’Iran soit libre.

Et donc aujourd’hui, nous appelons notre président et notre Département d’État à radier l’OMPI de la liste noire du terrorisme, à dire au gouvernement irakien que le délai du 31 décembre ne peut pas tenir, et à dire que même si nous retirons nos troupes, nous continuerons de protéger les résidents du camp d’Achraf.

Nous savons que la justice prévaudra, mais nous savons aussi que les gouvernements ne peuvent plaider la neutralité dans les moments d’oppression, parce que la neutralité durant l’oppression est tout simplement le soutien à l’oppresseur, et nous ne permettrons pas aux gouvernements qui disent nous représenter , être aux côtés de l’oppresseur.
 
Nous sommes ici pour les droits de l’homme et pour la justice, et pour cela, nous continuerons à nous exprimer et à nous dresser. Nous savons que nous ne voulons pas être de ceux qui vivent dans un monde disant « nous ne savions pas », et aujourd’hui, nous promettons que plus personne ne pourra dire « le Camp d’Achraf, qu’est-ce que c’est ? »

 

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