Par Nikolaj Nielsen
foreignpolicyblogs.com, 22 août – Il y a autre chose lorsque vous regardez les Humvees militaires américains foncer sur des réfugiés non armés. Comme dans tant de conflits et de guerres, les vestiges de la catastrophe et du chaos ne s’effacent pas tout simplement. Ils demeurent dans les âmes de ceux qui ont eu à subir huit années de guerre – jour après jour. De sorte que lorsque les forces de sécurité irakiennes à la demande du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki – lui-même à la demande du guide suprême iranien Khamenei – ont été envoyées pour démanteler le camp de réfugiés d'Achraf, leur brutalité a été une petite surprise.
Les exilés iraniens installés à Achraf, au nord de Bagdad, se sont pris par les bras en solidarité et ont refusé de bouger. Les soldats irakiens ont avancé avec des gourdins et des haches. Onze réfugiés non armés ont été assassinés et beaucoup, beaucoup plus blessés.
Hanif Asyabani, un Iranien qui manifestait devant le Parlement européen cette semaine, m'a remis le DVD. Dessus, des réfugiés ont filmé avec leurs téléphones la sécurité irakienne en train de matraquer la foule et de tirer sur elle.
Quelque 3000 Iraniens ont vécu et continuent de vivre à Achraf depuis 1986. Il s’agit du groupe d'opposition iranien des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI). L'OMPI ou MEK a été fondée en 1965 par des étudiants de gauche et intellectuels opposés au chah d'Iran. Ils ont joué un rôle dans le renversement de son régime en 1979. En 1997, les États-Unis les ont catalogués de groupe terroriste, suivis par l'UE en 2002 – (Notons que l'UE a retiré l'OMPI de la liste des organisations terroristes en janvier dernier.)
Mais en dépit de l'étiquette, l’OMPI a gagné un soutien solide pour ses positions pro-démocratiques parmi les parlementaires américains et européens. Parce que les États-Unis refusent de les retirer de leur liste, les réfugiés ne peuvent pas demander l'asile en Occident. Ils sont actuellement en suspens et n'ont pas d'autre choix que de rester sur place et d’espérer.
Lorsque les forces de sécurité irakiennes ont pris d'assaut le camp en juillet, elles ont arrêté 36 résidents. Certains avaient été touchés par balle dans les jambes. Amnesty International a appelé le Premier ministre irakien. Les Irakiens veulent les expulser. Qu’ils retournent en Iran. Où ils feront face à une exécution certaine.
En 2003, les États-Unis ont désarmé les résidents et les ont désignés comme «personnes protégées» en vertu des Conventions de Genève. En pleine guerre, les réfugiés ont obtempéré. Des promesses ont été faites pour assurer leur protection. En octobre 2008, le Haut Commissaire aux droits de l'homme a exhorté le gouvernement irakien à protéger les résidents du camp d’Achraf. Et puis, en janvier de cette année, les États-Unis ont transféré le contrôle d'Achraf à l’Irak.
L’attaque a coïncidé avec une visite d'Etat du Secrétaire américain à la Défense Robert Gates.
Le contenu du DVD ont depuis été mis en ligne. Regardez :
1ère partie : http://www.youtube.com/watch?v=5CJxMaN4C4A (8min)
2ème partie : http://www.youtube.com/watch?v=qwGyyYVzlAw (7min)

