dimanche, novembre 27, 2022
AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceL'opposition iranienne vise Téhéran

L’opposition iranienne vise Téhéran

Par Ivan Sascha Sheehan

EurActiv.com, 18 octobre – « Des sanctions handicapantes. Une devise en chute libre. Des troubles intérieurs. Et une opposition politique farouchement déterminée. Bienvenue à Téhéran en octobre 2012.

 

La récente décision américaine de retirer l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) du tableau terroriste était un tir entendu à travers le monde. Suivant les traces de la Grande-Bretagne en 2008 et de l’UE en 2009, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a délivré une surprise de septembre en annonçant qu’elle supprimerait l’étiquette terroriste du groupe à la fin du mois.

Le retrait de la liste corrige une erreur de 1997 faite par le président d’alors Bill Clinton et prépare le terrain à une nouvelle phase audacieuse dans les relations États-Unis-Iran.

Avec cette annonce, ce n’était pas la première fois que la secrétaire Clinton faisait le ménage dans le désordre laissé par son mari. Mais cela peut être la plus conséquente.

La révocation par la secrétaire Clinton d’une décision de 15 ans de complaisance avec le régime en Iran en écartant sa principale résistance est l’indication la plus claire à ce jour que la politique éternelle de rapprochement diplomatique avec le régime iranien est terminée.

La désignation dans la liste était devenue un échec bipartite dans la mesure où les présidents américains successifs s’inclinaient devant les exigences iraniennes, l’un surpassant l’autre dans un effort de capituler et de concéder à leur manière une relation plus pacifique.

Les efforts depuis des décennies pour satisfaire Téhéran via des négociations et des discussions à durée indéterminée n’a pas eu l’effet voulu. le rapprochement politique n’a pas endigué la violence par procuration comme la complaisance n’a pas fourni l’élan pour les théocrates iraniens de rejoindre le monde civilisé.

Au lieu de cela, l’empressement de négocier sur le sort de l’opposition a reflété la faiblesse et a privé le monde de l’accès à un allié clé pour contenir l’agression iranienne.

Avec le désentravement de la principale opposition au pouvoir religieux, les dirigeants de l’Iran ont désormais toutes les raisons de s’inquiéter. Un réel changement dépend de la capacité des puissances mondiales à exploiter l’élan de l’opposition et à soutenir ses appels à un changement populaire.

Voici ce qui peut être fait pour aider Téhéran à réaliser ses pires craintes :

Avec le retrait de l’étiquette terroriste, l’OMPI doit immédiatement agir pour repousser la campagne trompeuse de désinformation engagée contre elle depuis des décennies. Cette campagne est d’autant plus malhonnête qu’elle est bien financée et directement alimentée par Téhéran. Peu sont les universitaires ayant étudié l’opposition ou écrit sur ses buts de manière objective qui n’ont pas été menacés ou se sont vus tendre des branches d’oliviers pour garder leur bouche fermée. Davantage doit être fait pour dénoncer mettre la machine de propagande du régime.

Avec l’opposition correctement reformulée comme un mouvement politique – leur légitimité revigorée par un soutien à l’étranger de la part des législateurs, des dignitaires de tous bords et d’éminents universitaires américains et européens – il est temps désormais de présenter à nouveau au monde le principal groupe d’opposition expatrié de l’Iran, dirigé par Maryam Radjavi, la Présidente élue du parlement en exil dans les faits basé à Paris. La campagne déterminée du groupe pour la démocratie, les droits de l’homme et la liberté doit désormais être placée sous les feux de la rampe et le message de l’opposition devrait être directement apporté aux dirigeants mondiaux.

Définitivement, toute la politique est locale et aucune organisation d’opposition ne cause aux dirigeants religieux de l’Iran plus de nuits d’insomnie que l’OMPI. Le problème iranien a une solution iranienne et le monde devrait rejeter la fausse dichotomie de l’intervention militaire étrangère ou de la complaisance politique éternelle. Des universitaires ont depuis longtemps compris que le changement de régime depuis l’intérieur constitue une troisième voie et le moyen le plus judicieux pour promouvoir une nouvelle gouvernance stable.

Les énormes exportations de pétrole de l’Iran ont jusqu’à maintenant protégé le régime contre l’effondrement pur et simple mais le renforcement des sanctions fait des ravages et une crise financière pèse lourd.

Le rial iranien a perdu plus de la moitié de sa valeur uniquement cette année. Avec l’augmentation des prix, l’inflation menace la cohésion sociale et le mécontentement dans la rue iranienne continue à s’élever.

Les législateurs américains et européens peuvent exacerber ces problèmes et diviser davantage le régime en renforçant les sanctions et en intensifiant les tensions entre le président Mahmoud Ahmadinejad et le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei.

La tentation de tirer profit des maux de Téhéran pour décréter des concessions sur la question nucléaire sera grande. Mais les troubles domestiques devraient plutôt être employés pour faciliter le changement de régime de l’intérieur. Libérée de la nécessité de justifier ses initiatives, l’opposition peut désormais braquer ses vues directement sur Téhéran.

Le monde serait sage de libérer le passage.

Ivan Sascha Sheehan est directeur du programme diplômant Négociation et Management du Conflit à l’École des Affaires Publiques et Internationales de l’Université de Baltimore (États-Unis).

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe