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L’impact de l’OMPI sur le changement en Iran

Dr Sharam Taromsari

Opednews.com, 30 mars – Un débat fait rage à Washington pour savoir s’il faut ou non radier le principal groupe d’opposition iranien, connu comme l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) de la liste des organisations terroristes.

Pour tout un chacun, cela pourrait être obscur. Pourquoi donc devrait-on s’inquiéter de retirer l’étiquette de terroriste à un mouvement d’opposition iranien? Ce qui rend l’affaire aussi délicate à Washington, c’est l’importance de l’enjeu.

Conserver ou annuler la désignation de l’OMPI, le mouvement d’opposition iranien le plus important et le plus organisé, est le point de référence de la politique américaine à l’égard de l’Iran. Accepter le statu quo ou choisir un changement de régime en Iran avec le peuple iranien, telle est la question.

Alors qu’une vague de changement sans précédent déferle sur le grand Moyen-Orient et alors que des manifestations antigouvernementales sont de nouveau apparues en Iran, ciblant cette fois-ci le guide suprême du régime, Khamenei, la question est devenue plus délicate que jamais pour les mollahs de Téhéran au pouvoir.

L’OMPI a été placée sur la liste terroriste du Département d’État américain en octobre 1997. Comme un haut responsable américain l’avait explicitement indiqué à l’époque, cela a été fait pour envoyer un geste de bonne volonté au régime iranien et à son président « modéré » nouvellement élu.

L’erreur de cette approche est manifeste. Les efforts de Téhéran pour acquérir des armes nucléaires ont intensifié la crainte dans l’ensemble de la région sur son ingérence dans les affaires d’autres pays et ses violations des droits de l’homme en Irani ont empiré.

Durant des années Téhéran a recueilli le fruit de la stigmatisation de ses opposants jurés. L’étiquette de terroriste a paralysé le potentiel et les capacités de l’opposition. Cela a été un excellent catalyseur pour Téhéran pour exécuter des militants de l’OMPI en Iran sous prétexte qu’ils soutenaient une organisation « terroriste ». Pendant tout ce temps, l’OMPI, un mouvement islamique qui recherche un gouvernement laïque et démocratique pour l’Iran et qui a perdu 120.000 membres et partisans aux mains des bourreaux des ayatollahs au cours des 30 dernières années, ont agi comme les yeux et les oreilles du monde afin de révéler le programme clandestin d’armement nucléaire de Téhéran. Leur réseau a joué un rôle crucial dans l’organisation des manifestations antigouvernementales en Iran. Ce n’est  pas par hasard si tous ceux qui ont été exécutés pour leur rôle dans les soulèvements de 2009 étaient affiliés à l’OMPI.

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne ont respectivement retiré l’OMPI de leurs listes de terroristes en 2008 et 2009 suite à des décisions de tribunaux qui n’ont trouvé aucun élément de preuve pour justifier son inscription. En juillet, la cour d’appel de Washington a renvoyé l’affaire au Département d’État demandant une révision approfondie et a exprimé des doutes quant à la fiabilité des preuves fournies par l’État. Plus de 110 membres du Congrès américain ont préconisé le retrait de l’OMPI de la liste dans une initiative bipartite.

Ces derniers mois, une liste croissante de ténors et d’anciens hauts responsables de Washington qui se rendent compte que la politique actuelle à l’égard de l’Iran est dans une impasse, ont appelé à mettre fin à cette injustice.

Cela a tiré la sonnette d’alarme à Téhéran puisque que le régime est pleinement conscient que l’annulation de l’étiquette de terroriste n’annoncerait pas seulement un changement de politique à l’égard de l’OMPI mais aussi avec l’Iran. Ce serait un grand encouragement (au moins moral) pour les Iraniens qui verraient cela comme un signe concret que le monde n’est pas contre un changement de régime en Iran et n’accepte plus le statu quo.

Les mollahs de Téhéran sont parfaitement conscients que si leur rôle est révélé dans les efforts pour maintenir l’étiquette de terroriste, cela se retournera contre eux. Ils œuvrent au travers d’organisations écrans qui prétendent être des opposants et des individus soi-disant universitaires.

Les partisans de Téhéran comprennent des individus comme le mollah Mohsen Kadivar qui faisait partie du gouvernement jusque récemment, et qui adhère toujours au principe du velayat-e faghih (le principe du guide suprême), ou des universitaires comme Ahmad Sadri.

Sadri, qui est un membre du conseil d’administration de l’Association Nationale des Irano-Américains (l’ANIA qui fait pression contre les sanctions à l’encontre du régime et continue de faire pression en faveur d’un rapprochement avec Téhéran même sous Ahmadinejad), est en contact avec l’ayatollah Mesbah Yazdi à Qom. Mesbah Yazdi, connu comme le mentor d’Ahmadinejad, qui recommande au régime et au leader suprême d’étouffer toute opposition, a été un partisan sans équivoque de Sadri comme grand philosophe.

Les détracteurs de l’OMPI argumentent qu’avec le retrait de l’étiquette de terroriste, les mollahs seront capables d’appeler l’opposition pro-américaine et trouveront davantage d’excuses pour réprimer l’opposition (comme si Téhéran avait eu jusqu’à présent de quelconques scrupules à réprimer brutalement l’opposition) et que cela va finalement à l’encontre des intérêts des Américains et des Iraniens.

Il est temps à présent de confronter la réalité. La même logique a poussé à chercher un arrangement avec Téhéran et le « fantasme modéré » du régime durant les 25 dernières années. Les assassins à Téhéran ont adoré ce débat puisqu’ils pouvaient appeler les États-Unis le Grand Satan et s’amuser à placer des obstacles sur la route de la principale opposition. Ils ont eu le beurre et l’argent du beurre.

Cela suffit. Permettez à la politique iranienne de se jouer en tandem avec de grands changements dans la région. Supprimez l’étiquette de terroriste et ne permettez pas à Téhéran de continuer à entraver la principale opposition iranienne.

C’est à ce moment historique que les Iraniens ont le plus besoin de leur résistance.

Dr Sharam Taromsari,
J’étais autrefois enseignant en Relations Internationales et en Sécurité au Moyen-Orient à l’Université de Salford. En ce moment je suis consultant sur les Affaires du Moyen-Orient, spécialisé sur les sujets liés à l’Iran, politiques et militaires.