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Lettre ouverte d’un syndicaliste emprisonné et en grève de la faim en Iran

Lettre ouverte d’un syndicaliste emprisonné et en grève de la faim en Iran

CNRI – le militant syndical emprisonné Jafar Azimzadeh, qui a été en grève de la faim pendant près de deux mois dans la sinistre prison d’Evin, a adressé une lettre ouverte au ministre adjoint du Travail du régime iranien, dénonçant les politiques oppressives de l’administration d’Hassan Rohani envers les travailleurs iraniens.

Dans certaines parties de sa lettre adressée à Hassan Hefdahtan, ministre adjoint du Travail du régime iranien, M. Azimzadeh a écrit :

« J’ai jugé nécessaire en tant que syndicaliste et être humain éclairé de réitérer quelques questions et de soumettre les mesures adoptées par divers gouvernements ainsi que l’approche du gouvernement de Rohani concernant les manifestations des travailleurs et des enseignants à l’appréciation de l’opinion publique. Je fais également ces commentaires en tant que coordinateur d’une pétition de protestation qui a été signée par 40.000 travailleurs exigeant une augmentation de salaire….

On ne voit pas très bien comment un gouvernement dont le ministre du Travail se trouve parmi les principaux agents de sécurité du pays, et son adjoint, M. Hassan Hefdahtan, est un membre des entités de sécurité militaire qui ont également pris part à des négociations avec nous, en tant que coordinateurs d’une pétition de 40.000 signatures au début de l’année 2014, en qualité de ministre adjoint du Travail, et se trouvant au même poste lors de la fête du travail en 2014, a ordonné l’arrestation des travailleurs à l’extérieur du Ministère du Travail, peut actuellement prétendre ne pas adopter une approche intégrale de sécurité politique en ce qui concerne les manifestations ouvrières.

Au cours des 15 dernières années, lorsque les travailleurs et les enseignants organisaient des manifestations publiques, tous les gouvernements ont adopté des approches plus oppressives à grande échelle. Au cours des trois dernières années, plus précisément selon les informations publiées dans les médias officiels du pays, dans la majorité des manifestations les plus importantes à travers le pays, des travailleurs ont été arrêtés et plus tard jugés sur la base de faux dossiers liés à la sécurité. … Il convient de signaler qu’afin que cela soit clair pour l’opinion publique, je dois mettre l’accent sur le fait que toutes les approches adoptées pour engager d’importantes manifestations ouvrières à travers le pays tout comme les mesures perturbatrices et fondamentales des forces de sécurité, sont décidées au sein des gouvernorats et des administrations provinciales. Le ministère du Renseignement ainsi que les conseils communaux et les conseils provinciaux sont considérés comme des entités sous le commandement du gouvernement.

En plus d’élargir les mesures oppressives en ce qui concerne les manifestations ouvrières au cours des trois dernières années, le gouvernement de Rohani, dans une mesure sans précédent au moins au cours des une ou deux dernières décennies, autorisait l’année passée le pouvoir judiciaire à interdire toutes les manifestations ouvrières dans la province du Khuzestân (au sud-ouest de l’Iran). A ce sujet, je juge nécessaire de mettre l’accent sur le fait que l’interdiction officielle des manifestations ouvrières dans leurs lieux de travail dans la province du Khuzestân par le pouvoir judiciaire a été annoncée aux entités du travail.

Toutefois, comme je l’ai dit dans le second article, de telles décisions en ce qui concerne les manifestations ouvrières ne constituent pas une mission du pouvoir judiciaire. En fait, toutes les décisions dans ce sens sont des mesures qui doivent être prises au sein des organes de sécurité, dans les bureaux de gouverneur, dans les administrations provinciales, dans les conseils communaux et provinciaux en tant qu’entités sous le commandement du gouvernement. Après un tel processus, ces décisions deviennent des décrets présidentiels.

Au bout des trois ans du gouvernement de Rohani, la plupart des véritables militants des entités de travail indépendantes et des syndicats d’enseignants ont été confrontés à des peines de sécurité à perpétuité prononcées à leur encontre. La grande majorité de ces militants a été arrêtée par le ministère du Renseignement, en tant qu’entité du gouvernement, et, de manière très inhabituelle, tous ont été jugés sur les accusations de « rassemblement et complot contre la sécurité nationale » portée contre eux. Par ailleurs, le plus dur de tous les châtiments a été requis pour eux par le pouvoir judiciaire.

A ce sujet, le record qui a été instauré par le gouvernement Rohani au cours des trois dernières années a été inégalé et vu seulement au sein de ce gouvernement, ce qui signifie que tous les véritables militants syndicaux et militants enseignants indépendants qui ont été arrêtés et ont eu des dossiers montés contre eux ont fait face à de lourdes peines basées sur les accusations de « rassemblement et complot contre la sécurité nationale », et que ces accusations ont été portées même pour les actions les plus légères, telles que le rassemblement de signatures des revendications de travail, le soutien et l’apport de conseils aux travailleurs, l’organisation de rencontres entre les militants syndicaux indépendants, les assemblées restreintes de travail à l’extérieur du ministère du Travail et d’autres activités de ce genre.

Concernant les revendications mentionnées ci-dessus, nous pouvons permettre au public de juger la vérité en les informant sur les dossiers des militants syndicaux indépendants et des syndicats des enseignants des trois dernières années, ou en leur permettant d’entendre directement d’eux la vérité sur ces questions. Toutefois, en ce qui me concernait moi et le syndicat des travailleurs libres d’Iran, je dois dire que mes collègues et moi-même, en tant que coordinateurs de la pétition de travail aux 40.000 signatures, avons commencé à rassembler des signatures comme la disposition la plus simple et la plus pacifique de protestation.

A travers une telle pratique, nous avons protesté contre la violation de l’article 41 de la loi du travail concernant le manque d’augmentation de nos salaires, et, à de nombreuses reprises, nous avons organisé des rassemblements impliquant 40 à 50 travailleurs, ou même moins, afin de protester contre le manque d’attention et de suivi par rapport aux revendications mentionnées dans cette pétition. Ces rassemblements étaient tenus à l’extérieur du ministère du Travail (surtout sous le gouvernement précédent). La dernière mesure de ce genre remonte au début de l’année 2014, lorsque nous avons adressé une lettre au ministère du Travail demandant une réévaluation des salaires ridicules annoncés pour 2014, et notre protestation était basée sur l’article 41 de la loi du Travail.

Nous avons déclaré que si de telles revendications légitimes sont négligées, nous organiserons des rassemblements pour protester contre les violations de loi du ministère du Travail qui se tiendront à l’extérieur de ses bureaux le jour de la fête du travail. Toutefois, la réaction observée de la part du ministère du Travail du gouvernement de Rohani par rapport à nos revendications était une requête faite au ministère du Renseignement pour qu’il prenne des mesures contre nous (des détails sont disponibles dans mon dossier) et l’envoie pendant la nuit du 30 avril 2014 d’un grand nombre de forces de sécurité dans les maisons de mes collègues et moi. Cela a conduit à mon arrestation et par ailleurs à des accusations telles que « rassemblement et complicité contre la sécurité nationale » et autres accusations liées à la sécurité étaient portées contre moi, et un semblant d’audience a été tenu dans un tribunal « révolutionnaire » qui m’a fait condamner à six ans derrière les barreaux.

Ceci est un phénomène contre lequel j’ai protesté par une grève de la faim qui est en train de durer 49 jours présentement dans la prison d’Evin ; exigeant la fin des mesures de sécurité contre les manifestations des enseignants et des travailleurs, et le retrait toutes les accusations de « rassemblement et complot contre la sécurité nationale », en plus d’autres accusations liées à la sécurité, des dossiers des militants enseignants et de ceux des syndicalistes. 

Le monde d’aujourd’hui est un monde de grande quantité d’informations, de développement des technologies de communication et d’accroissement des connaissances parmi tous les êtres humains, des pays les plus avancés aux pays les plus primitifs du monde entier. Soyez sûrs qu’en dépit de tout cela, ces gouvernements et pays qui négligent le pouvoir de la connaissance au sein des travailleurs et de toutes les populations, et qui continuent leurs mesures de mensonges et de déception visant à les soulager de leurs responsabilités en imposant des conditions difficiles au peuple, n’auront même pas une légère chance de survivre. »