jeudi, février 9, 2023
AccueilActualitésActualités: LibertyLettre des médecins du camp Liberty aux responsables de l'ONU appelant à...

Lettre des médecins du camp Liberty aux responsables de l’ONU appelant à mettre fin au blocus médical contre les résidents

Inversement de la réalité par Martin Kobler, qui permet à l’Irak d’échapper aux conséquences du blocus médical, et qui blâme la victime au lieu de l’oppresseur

CNRI – Dans une lettre à Mme Navi Pillay, Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, neuf médecins du camp Liberty et le conseiller juridique des résidents expliquent la maladie et le traitement de Behrouz Rahimian et les mauvais traitements qu’il a subi aux mains des agents de renseignement irakiens, en particulier le 25 novembre 2012. Ils écrivent également que si les agents n’avaient pas empêché l’hospitalisation de Behrouz Rahimian dans l’unité de soins intensifs, très probablement, il n’aurait pas connu de telles complications.

 

En tant que médecins, en charge des affaires médicales des résidents d’Achraf depuis 25 ans, ils ont détaillé la situation médicale à Liberty et demandé à la Haut-commissaire d’intervenir dans cette affaire afin de mettre un terme au blocus médical inhumain imposé à Liberty.

La lettre, qui est également signée par l’interprète qui accompagnait Behrouz lors de sa dernière visite à l’hôpital, qualifie les propos de Martin Kobler dans son courrier du 26 décembre au représentant des résidents et ses déclarations à l’agence AP le 27 décembre comme une tentative avortée d’inverser la réalité et de laisser le gouvernement irakien échapper aux conséquences de tourmenter les patients jusqu’à la mort. Kobler avait écrit : « Les médecins là-bas avaient jugé que son état ne nécessitait pas d’hospitalisation » et qu’il «n’y a pas de signe à ce jour que le traitement ait été entravé par les autorités irakiennes ». Les auteurs de la lettre estiment eux que, ce faisant, il blâme la victime au lieu de l’oppresseur.

Des copies de cette lettre ont été adressées au Secrétaire général de l’ONU et à son adjoint politique, au Haut Commissariat aux réfugiés, au représentant spécial de la secrétaire d’Etat américaine, au Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Irak et à son adjoint, et à de nombreuses personnalités internationales. Le texte affirme que l’interprète de M. Rahimian a téléphoné deux fois au chef de l’équipe d’observateurs de la MANUI pour lui demander de l’aide et que ce dernier a recommandé de la retenue et dit qu’il suivrait l’affaire. Mais rien n’a été résolu et sous la pression des agents, le patient et son interprète sont repartis à Liberty. Le rapport des médecins ajoute que, malgré sa grande tolérance et sa patience, au retour de l’hôpital et les jours qui ont suivi, Behrouz Rahimian était très en colère contre le comportement de ces agents, affirmant que c’était pour lui une torture psychologique.

Soulignant que Behruz n’était pas le premier exemple, et que si cette situation se poursuivait, il ne serait pas le dernier, les médecins de Liberty ont énuméré les restrictions et les obstacles causés par le gouvernement irakien contre les résidents afin de les empêcher d’avoir un accès libre aux services médicaux. Ils ont également écrit :

• Le nombre de malades graves au camp Liberty est supérieur à 800 et parmi eux se trouvent un grand nombre de blessés des attaques de juillet 2009 et avril 2011 à Achraf. Un généraliste irakien au camp Liberty est incapable de déterminer la priorité parmi les 800 patients ayant besoin de rendez-vous auprès de spécialistes à Bagdad. Ce centre de santé élémentaire peut à peine recevoir 15 patients par jour.

• Du 20 février au 20 décembre 2012, soit l’équivalent de 10 mois (304 jours), un total de 255 patients ont été emmenés à Bagdad pour traitement, et 216 patients, auxquels la clinique du camp a recommandé de consulter des spécialistes à Bagdad, n’y ont pas été emmenés une seule fois et sont toujours en attente. De même, 148 patients attendent une opération chirurgicale. Des graphiques sont joints.

• Cette clinique ne dispose que d’une ambulance et la plupart du temps les patients et leurs accompagnateurs y sont transportés très à l’étroit et dans de mauvaise conditions. Par conséquent, même en supposant qu’aucun malade ne vienne s’ajouter à la liste, il faudra plus de deux ans pour répondre à la demande des malades actuels.

• Les conditions à Liberty sont très difficiles. Le gouvernement irakien n’a pas permis le transfert de notre propre hôpital et du matériel médical, y compris le dispositif scanner de la clinique interne d’Achraf. Nous utilisions cet appareil pour traiter les patients ordinaires et garder les malades graves sous observation. Ces dispositifs et équipements ont été utilisés par les résidents 26 années durant, y compris lorsque les forces américaines étaient en charge de la sécurité d’Achraf. Priver les habitants de ces équipements vise à tourmenter jusqu’à la mort les malades à Liberty.

• Depuis deux mois les agents affiliés au cabinet du premier ministre irakien accompagnent les patients. Ils causent de graves obstructions dans les traitements de sorte que les patients se plaignent constamment de la torture psychologique, des insultes et des humiliations. Ces agents parfois ne permettre pas au patient de consulter un médecin privé. Ils insistent pour que le patient ou son interprète ne parlent au médecin qu’en arabe.

Ces persécutions et harcèlements ont été signalés dans 31 rapports en novembre et décembre 2012 à MM. Kobler et Busztin, le Représentant spécial et son adjoint, à M. Francesco Motta au bureau des droits de l’homme de la MANUI, et à Mme Claire Bourgeois au HCR. Par ailleurs, en octobre, novembre et décembre 2012, le représentant des résidents et le conseiller juridique ont soulevé ces problèmes auprès des autorités irakiennes à Liberty, en présence du représentant de la MANUI dans au moins neuf réunions les 16, 30 et 31 octobre ; les 4, 6, 13 et 20 novembre, et les 6 et 18 décembre. Ces responsables ont promis que les agents ne s’ingéreraient plus dans les affaires médicales et ne harcèleraient plus les patients. Non seulement ces promesses n’ont jamais été tenues, mais les harcèlements se sont intensifiés.

• Lors des réunions avec les responsables de la MANUI les 9, 15, 17, 18, 23 et 25 octobre, les 1, 2, 5, 6, 20, 25 et 27 novembre, et les 3, 4, 5, 6, 10, 11, 13, 15, 22 et 23 décembre, les problèmes des patients, de leur harcèlement et de leur tourment en allant à l’hôpital ont été soulevés en vain par les représentants et le conseiller juridique des résidents.

• Dans tous les rapports et réunions mentionnés ci-dessus, tous les cas de violation des droits fondamentaux des résidents ont été expliqués, tels que le libre accès à la médecine et aux médecins, avoir un interprète et une infirmière pour accompagner le patient, la confidentialité de la relation médecin-patient, ainsi que divers cas d’obstructions faites à l’hospitalisation des patients, l’annulation de rendez-vous, l’obstruction faite aux achat de médicaments, et les retards délibérés dans le départ du camp.

A la fin de la lettre à la Haut-commissaire aux droits de l’homme, les neuf médecins résidents de Liberty lui demandent d’intervenir et de résoudre trois problèmes spécifiques :
1 – Empêcher toute ingérence des agents du renseignement de l’armée irakienne et du cabinet du Premier ministre dans les affaires médicales des résidents.

2 – Augmenter à 10 le nombre de patients emmenés chaque jour dans les hôpitaux de Bagdad. S’il est nécessaire d’augmenter le nombre d’ambulances et de chauffeurs, les ambulances des résidents peuvent être transférées d’Achraf à Liberty, et des chauffeurs seront embauchés aux frais des résidents.

3 – Le transfert d’Achraf des équipements médicaux des résidents à Liberty pour être utilisés comme par le passé en vue d’améliorer leurs soins médicaux.

Secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne
Le 30 décembre 2012