The Hill: Par Shaqayeq Azimi* – Mes parents ont été arrêtés au mois d’octobre lors d’un raid des agents du ministère des renseignements du régime iranien contre leur domicile à Téhéran. Ce n’est pas la première fois que je parle de l’arrestation de mes parents et je continuerai d’en parler.
Je suis constamment préoccupée par leur sort. Je ne peux m’empêcher de penser à eux. Quel genre de torture sont-ils en train de subir en ce moment ? Est-ce que je pourrais les voir de nouveau ?
Ni moi, ni ma sœur aînée Niloufar, ne connaissons la raison de l’arrestation brutale de nos parents. Je ne sais pas où ils sont détenus actuellement et je ne sais pas s’ils sont blessés ou non. Le régime iranien ne donne aucune information sur mes parents, de même qu’il ne donne aucune information sur le sort des autres prisonniers politiques.
Le bilan du régime iranien montre qu’il n’a pas besoin de raison pour arrêter les gens. Ce régime peut arrêter les gens sur des accusations fallacieuses ou les arrêter dans le cadre de sa politique constante de réprimer les dissidents. Lorsqu’en 2009, plusieurs millions d’Iraniens sont descendus dans les rues pour exprimer leur contestation, un grand nombre de personnes ont été arrêtées de façon totalement arbitraire et beaucoup d’entre eux ont été torturés et exécutés.
Mes parents soutiennent le principal mouvement d’opposition en Iran, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). Ces derniers mois, le régime a arrêté plusieurs sympathisants de l’OMPI pour intensifier le climat de terreur dans la société et pour empêcher toute protestation populaire.
Le peuple iranien ne s’est jamais laissé berner par la propagande qui essayait de vendre Hassan Rohani comme un « modéré ». Les organisations de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International ont averti que les violations des droits en Iran ont augmenté depuis la prise de fonction de Rohani en 2013.
L’administration Obama et les dirigeants des pays occidentaux s’étaient accrochés à cette idée qu’après l’accord nucléaire de juillet dernier, le régime de Téhéran va changer son comportement. Mais la réalité est qu’une bête sauvage ne change jamais de nature.
Samantha Power, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU, a reconnu le mois dernier que le test des missiles balistiques Emad par l’Iran constituait une violation de plusieurs résolutions de l’ONU. Une de ces résolutions concernait la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire. Le comportement du régime iranien n’est rien d’autre qu’une trahison de l’esprit et de la lettre de l’accord qu’il vient de signer.
Si Rohani était un modéré, il n’aurait pas violé l’accord qu’il vient de signer et il stopperait les exécutions dont le taux en Iran est le plus élevé au monde. Depuis que Rohani a pris ses fonctions, il y a eu plus de 2.000 exécutions en Iran, dont 800 exécutions depuis le début de cette année.
Le rythme effarant des exécutions n’est qu’une facette de la situation catastrophique des droits de l’Homme en Iran. Le régime iranien continue de censurer les informations dans la presse et sur Internet. Il a intensifié la répression des femmes, des militants, des blogueurs et des dissidents.
Depuis 1980, mes parents ont été arrêtés à plusieurs reprises en raison de leurs activités pacifiques. Mais ils sont davantage menacés aujourd’hui, parce que le régime est déterminé à étouffer toute forme de dissidence.
Plusieurs milliers de membres de l’OMPI qui vivent actuellement dans le camp Liberty en Irak risquent à tout moment d’être victimes d’une nouvelle attaque meurtrière de la part du régime iranien, si l’Occident continue sa politique épouvantable de silence face aux exactions de ce régime tyrannique. Le mois dernier, les agents du régime iranien ont tiré plus de 80 missiles sur le camp Liberty. Dans cette attaque, 24 dissidents iraniens ont été tués et plusieurs dizaines d’autres ont été blesses.
Dans l’atmosphère de répression qui règne actuellement en Iran, le régime utilisent n’importe quelle prétexte pour condamner les gens à mort. A titre d’exemple, l’an dernier, Gholamreza Khosravi a été pendu dans la prison de Gohardacht, située à l’ouest de Téhéran, uniquement parce qu’il avait donné une aide financière à une chaîne télévisé de l’opposition, transmise vers l’Iran par satellite.
Khosravi, mes parents et les autres dissidents iraniens sont aussi des victimes de l’actuelle politique de l’Occident envers le régime d’Iran. Pour signer à tout prix un accord nucléaire avec l’Iran, les dirigeants occidentaux avait intérêt à entretenir cette illusion que le régime iranien était sur la voie de modération. Dans un tel contexte, les pays occidentaux ont délibérément fermé leurs yeux sur l’aggravation de la situation des droits de l’Homme en Iran.
Cette politique doit changer avant qu’il ne soit trop tard.
Pour ma part, je ferai tout ce que je peux pour sauver mes parents, parce qu’ils m’ont donné la vie, mais aussi parce qu’ils m’ont appris à vivre comme un être humain libre qui luttent pour un Iran démocratique et laïque ; pour qu’aucune autre fille en Iran ne passe sa vie à se soucier du sort tragique de ses parents.
*Shaqayeq Azimi, âgée de 22 ans, est une militante de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) et elle vit actuellement en Europe. Elle résidait auparavant au camp Liberty en Irak qui abrite plusieurs milliers de dissidents iraniens.

