THE HUFFINGTON POST – 2 novembre – Des milliers de documents confidentiels ont été publiés la semaine passée par Wikileaks au sujet des évènements en Irak depuis 2003. Mais ils ne mettent pas seulement de graves défauts en Irak, ils amplifient également l’urgence de revoir la politique américaine en Iran. Cela s’explique effroyablement quand d’un coup d’œil sur près 400 000 dossiers militaires prouve que le régime iranien s’immisce considérablement dans les affaires irakiennes au point de contrôler le gouvernement et d’utiliser des escadrons de la mort pour déclencher une vague de terreur et de crimes dans tout le pays.
Mais les documents laissent aussi une impression plus perturbante: Washington a fait preuve d’un silence assourdissant alors même qu’il connaissait le rôle destructif de l’Iran.
En effet, même avant les récentes révélations, sept années durant, le principal groupe d’opposition iranien en exil, les Moudjahidine du peuple (OMPI), a révélé des milliers de documents sur l’ingérence du régime iranien, y compris une liste détaillée des 32 000 agents touchant un salaire de Téhéran, ne laissant aucune excuse à l’inaction.
Désormais les rapports de terrain publiés indiquent que les États-Unis connaissent parfaitement les violations atroces et systématiques des droits de l’homme commises par certaines forces irakiennes dirigées par le premier ministre sortant Nouri al-Maliki. Les responsables de ces crimes doivent presque exclusivement leurs gains répréhensibles et leur survie à leurs protecteurs en Iran.
Alors que les preuves s’accumulent et qu’un schéma se dégage quant au contrôle croissant du gouvernement irakien par le régime iranien, la formation des milices chiites et la contrebande de caches d’armes par la frontière irano-irakiennes, Washington a choisi le silence, presque comme s’il fermait les yeux délibérément.
Un document décrit comment les militaires américains ont confirmé en 2009 que les attaques au mortier contre la Zone Verte avaient été exécutées par un groupe militant soutenu par l’Iran. Là encore, ces cas ont été gardés secret ou ont provoqué une faible réaction.
Tout cela explique pourquoi les mollahs de Téhéran continuent de percevoir Washington comme faible et indécis. Un faux-espoir-devenu-politique qui a persisté des années parmi les officiels américains voudrait que plus la théocratie iranienne est apaisée, plus elle sera contenue. Mais, en réalité, une série de tentatives pour complaire aux mollahs, y compris une décision controversée de 1997 du ministère des Affaires étrangères de mettre l’OMPI sur la liste noire, n’a fait que les encourager, quelque chose de tout à fait clair dans l’Irak de l’après 2003.
Même après que le président Barack Obama se soit installé au Bureau Ovale avec une offre de négociations sans condition, le régime et ses agents en Irak ont intensifié leur conduite illicite et mortelle, ce qui aurait dû servir de sérieux avertissement au gouvernement.
Historiquement, le régime considère la domination de l’Irak comme une condition sine qua non de sa stratégie d’exportation de l’intégrisme dans toute la région. Et il a appris une leçon précieuse : faire avancer le programme avec suffisamment de vigueur et Washington cédera.
Les Etats-Unis n’ont pas encore, mais devraient très bientôt, apprendre eux aussi leur leçon: complaire à une théocratie moyenâgeuse en Iran se traduira uniquement par un Irak contrôlé par un régime iranien doté de l’arme nucléaire.
Le silence n’est plus une option. Le régime iranien et ses mandataires en Irak, à commencer par Maliki, devraient être tenus resposnables devant un tribunal international de crimes contre l’humanité.
Le gouvernement Obama devrait aussi tourner son attention vers les obligations morales et légales qu’il a jusqu’à présent abandonnées dans le contexte d’une politique erronée de complaisance avec Téhéran.
L’un des plus sérieux exemples où le compas moral nécessite un rééquilibrage de toute urgence concerne les 3 400 opposants iraniens résidant au camp d’Achraf, au nord-est de Bagdad.
En 2009, dans une violation flagrante des Conventions de Genève, la protection du camp d’Achraf a été transférée au gouvernement Maliki, dont les forces – comme on pouvait s’y attendre compte tenu des preuves de Wikileaks – ont brutalement attaqué les habitants, faisant onze morts et des centaines de blessés, à la demande de Téhéran.
Alors que le régime iranien et Maliki attendent ardemment une autre occasion de perpétrer davantage de crimes contre les résidents d’Achraf, il est du devoir des États-Unis de reprendre leur protection en conformité avec leurs obligations sous la quatrième Convention de Genève.
Dans le même esprit, le Département d’Etat devrait rapidement agir pour retirer l’OMPI de la liste des terroristes, conformément à la législation américaine. Une cour d’appel fédérale statuant en juin a vivement faire savoir que cette classification devait être annulée, évoquant un manque évident de preuves crédibles et la violation des droits du au groupe à un procès équitable. La secrétaire Hillary Clinton devrait écouter les tribunaux et les douzaines de membres du congrès qui appellent à la radiation de l’OMPI, et non les tyrans iraniens.
C’est en effet paradoxal qu’un groupe, dont les révélations ont permis de sauver des vies irakiennes et américaines en Irak selon les anciens et actuels responsables américains, continue d’être injustement restreint aux États-Unis à la demande d’un régime terroriste.
La politique iranienne de Washington devrait se faire sur deux fronts: rester ferme face au régime et se conformer à ses responsabilités morales et légales vis-à-vis de l’opposition iranienne. Il faudrait les considérer comme mutuellement exclusifs. Cela signifie qu’une quelconque hésitation à rester ferme face au régime – probablement due à l’accord du régime de participer à davantage de négociations nucléaires avec l’Occident dans le but de gagner plus de temps pour son programme – ne devrait absolument pas retarder ou stopper une décision américaine responsable de respecter ses obligations morales et légales et de reprendre la protection des résidents du camp d’Achraf.
La décision de Washington de fermer les yeux en a fait un complice involontaire de la politique destructrice de Téhéran. Une politique de fermeté, avec des sanctions générales, est manifestement nécessaire, mais ne doit pas rappeler le faux dilemme que sans négociations directes, les Etats-Unis se dirigeront inévitablement vers un conflit militaire. Nous avons vu comment l’Iran a agi en Irak en réponse aux ouvertures de Washington à des négociations directes.
Il y a une troisième option, qui inclut de soutenir le peuple iranien et de lever les obstacles posés à leur opposition organisée. Malheureusement, cette option est restée délibérément entravée à Washington; or c’est un impératif indéniable pour une résolution pacifique des crises iranienne et irakienne, et c’est pourquoi le président Obama devrait le reconnaître. Il est temps désormais d’agir.
Ali Safavi est membre du parlement iranien en exil et président de Near East Policy Research

