mercredi, décembre 7, 2022
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Les résistants iraniens d’Achraf et Liberty nous donnent un exemple de dignité exceptionnel – Jean Ziegler

CNRI – « Il faut révoquer ce Martin Kobler, qui ne fait pas son travail, et qui est complice objectif de Maliki et des mollahs qui téléguident Maliki. Il faut révoquer cet homme, il faut immédiatement dissoudre l’appareil de sécurité irakien qui impose ces conditions intolérables à Liberty », a martelé le Pr Jean Ziegler, Vice-président du comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies, le 8 aout à Genève.
Il s’exprimait dans une conférence d’ONGs organisée à l’ONU sur la situation dans les camps d’Achraf et Liberty, pour protester contre tout nouveau déplacement des Achrafiens.
Voici les moments forts de l’intervention de Jean Ziegler :
Ce que je vais dire est uniquement basé dans la perspective du droit international, je me place uniquement au niveau de l’analyse normative de la problématique qui vient d’être évoquée.
Vous avez à cette table des personnalités politiques très important madame Lizin présidente honoraire du sénat belge, le première magistrat de la ville de Genève, le président du conseil municipal monsieur Rielle, la co-présidente de l’Assemblée constituante de la République de Genève et M. Voruz conseiller national, donc député du peuple de Genève au parlement fédéral, et bien sûr la représentante du Conseil national de la Résistance [iranienne]. Ce sont des personnalités évidement politiques, des magistrats, des personnes qui ont une charge politique et je pense que du fait de leurs positions politiques importantes, ils vont surtout analyser politiquement la situation aujourd’hui à Achraf et dans le camp Liberty. Donc je me limite à l’analyse purement normative de la situation des résidents de Liberty et d Achraf.

Avant de faire cette analyse, je voudrais exprimer mon admiration pour les résistants iraniens à Achraf et à Liberty qui maintiennent la dignité humaine, qui maintiennent la résistance et qui maintiennent les revendications normatives telles qu’elles découlent des conventions internationales et qui nous donnent à nous tous, à l’opinion publique mondiale, un exemple de dignité et de résistance tout à fait exceptionnel.

Dans le film qui vient de passer vous avez vu les conditions matérielles quotidiennes. Eh bien même dans ces conditions-là, ils donnent un exemple de dignité, de résistance, qui force vraiment l’admiration du monde.

Et je voulais aussi dire mon admiration pour madame Maryam Radjavi et le Conseil national de la Résistance iranienne qui ont accepté et qui ont fait confiance à la communauté internationale il y a une année. Ils ont accepté le plan qu’à la fois le Haut commissariat aux refugiés et le Secrétaire général des Nations Unies ont proposé. Ils ont dit : on va transférer les habitants d’Achraf de cette immense ville construite par les Moudjahidines, leur transfert dans un autre camp qui permettra l’enregistrement, la mise en place de l’enregistrement – qui est en cours d’ailleurs très, très lentement – par le Haut commissariat des requérants d’asile. Donc il est reconnu que les gens d’Achraf sont des requérants d’asile qui doivent être transférés dans un autre camp que le gouvernement irakien a mis à disposition, qui est ce fameux camp Liberty.  Faisant confiance à la bonne foi de la communauté internationale, car il y a des propositions très précises, un plan de transfert qui doit être théoriquement surveillé par le représentant permanent et personnel du Secrétaire général de Nations Unies Martin Kobler.
Madame Radjavi et le CNRI ont fait confiance à  la communauté internationale. C’était  un pari qui était extraordinairement courageux et qui s’est révélé être une effroyable tromperie. Alors vraiment je crois qu’on ne peut leur faire aucun reproche quelconque, au contraire il faut connaitre que la seule partie qui tient ses engagements, c’est le Conseil national de la Resistance, c’est la seule de deux parties qui tienne ses engagements – ou des trois si on tient compte des analyses de madame Lizin. Je pense qu’elle est tout à fait juste et précise cette analyse. Les trois parties : les Américains, la communauté internationale sous la forme du représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies,  et le CNRI et les habitants d’Achraf. De ces trois parties, la seule qui ait tenu parole et qui se conforme à l’accord pris en 2011, c’est le CNRI.
Pour montrer cette tromperie, ce piège dans lequel est tombé bien involontairement le CNRI, trompé par la communauté internationale, je prends une citation du Groupe de travail sur les détentions arbitraires. Vous savez que lorsque il s’est révélé que le transfert était un traquenard, que Liberty n’était pas un camp de refugiés qui devrait correspondre aux exigences très précises de la convention de 1951 – qui dit dans les articles 18 et suivants ce qu’est un camp de refugiés, quel doit être l’équipement, l’approvisionnement en eau, en nourriture, la liberté de circulation à intérieur et à l’extérieur du camp, les conditions de sécurité –  ce que c’est un camp de réfugiés, il y a une définition internationale normative extraordinairement précise. Et évidement Liberty ne correspond à aucune de ces exigences. On peut le dire positivement puisque le CNRI a formulé maintenait huit revendications tout à fait précises pour que ce camp Liberty se transforme véritablement en un camp de réfugiés selon la convention de 1951.
Par exemple l’eau. A 150 mètres, il y a de l’eau et les gens qui habitent à Liberty sont tout à fait capables d’apporter cette eau-là, au lieu de faire 30 kilomètres pour la transporter avec des camions, ce qui coûte des centaines de milliers de dollars au CNRI. La répression sur l’installation qui assure la mobilité des invalides qui sont nombreux, l’accès aux générateurs qu’on leur refuse, la nourriture qui est amenée – arbitrairement des camions sont refoulés, alors que l’accès à la nourriture est garantie par la convention. Le CNRI s’est adressée au Conseil des droits de l’homme, il a bien fait, et le Conseil des droits de l’homme a un organe spécifique – c’est un nom un peu bureaucratique- le Groupe de travail sur les détentions arbitraires. Chaque fois que les gens sont en détention quelque part dans le monde pour des raisons politiques, le Groupe de travail intervient et examine la situation. Le Groupe de travail, organe officiel élu du Conseil des droits de l’homme, 47 états élus par l’Assemblée générale du Conseil des droits de l’homme, qui doivent examiner jour après jour la conduite de différents Etats membres des Nations Unies par rapport au respect des droits de l’homme.
Je vous lis les conclusions du rapport du groupe de travail sur la détention arbitraire,  qui est en anglais, ce qui est un scandale à Genève ville de Rousseau, je vous lis simplement le rapport du Groupe de travail sur les détentions arbitraire sur Liberty, juridiquement un camp de réfugiés. Je vous lis ça en anglais : “ The Condition in camp liberty  are synonyms with those in a detention centre, as residents have no freedom of movement, nor interaction with the outside world, nor do they have freedom of movement and the semblance of a free life within the camp. The situation of the residents of Camp Liberty is tantamount to that of detainees or prisoners.”
 Avec l’assentiment tacite, la lâcheté des Nations Unies, et notamment de Martin Kobler, le gouvernement de Maliki a réussi à transformer un camp de refugiés en un camp de détention. Et ceux qui sont selon la loi des requérants d’asile – parce que pendant que nous parlons le Haut commissariat sur place fait les intégrations et fait les enregistrements etc. Comme madame Lizin l’a dit, ce qui ne marche c’est l’accueil dans les pays qui n’ont pas répondu encore pour l’accueil de ces différents requérants d’asile. Mais l’enregistrement est en cours, les intégrations sont en cours, c’est-à-dire ce que le Haut commissariat doit faire, il le fait. Ce sont donc des requérants d’asile, mais qui se trouvent en détention, qui se trouvent prisonniers dans un camp dont les conditions de détention selon le Groupe de travail et le Conseil des droits de l’homme des Nations Unis sont des conditions inhumaines, totalement contraires à ce qu’exige la Convention de 1951 sur les camps de refugiés.
Alors il y a une schizophrénie totale des Nations Unies. D’une part il y a des intégrations qui se font, les enregistrements qui se font, le Haut commissariat fait son travail, les Nations Unies reconnaissent qu’il s’agit de requérants d’asile, et en même temps elles tolèrent que ces requérants d’asile soient traités comme des détenus dans un camp concentration dans une prison quelconque. Elles tolèrent ça, et ferment les yeux sur la conduite absolument détestable du gouvernement Maliki, qui évidement veut briser des démocrates iraniens, des résistants. Il veut briser la résistance physique, et il n’y arrive pas, parce que ce sont des Moudjahidine et ce ne sont pas des petites bourgeois suisses, ce sont des Moudjahidines ! Et comme il n’arrive pas à les briser et comme la dignité dans la résistance et la résistance dans la dignité continuent, à la fois pour ceux qui restent à Achraf et ceux qui sont déjà à Liberty, comme ils n’y arrivent pas, il augmente la pression sur les détenus, sur les prisonniers, sur ceux qui sont à Liberty, et arrive à cette extrémité !
C’est ça la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui, il y a des nouvelles menaces. Maliki dit tout à fait clairement à la face du monde, que si à la fin du Ramadan, qui va être dans 3 semaines, les mille qui restent à Achraf, n’ont pas rejoint Liberty – parce que le CNRI a arrêté évidement le transfert, c’est normal quand on est trompé, on dit : eh bien écoutez ça suffit, on ne bouge plus – pour les quelque centaines de personnes qui sont encore à Achraf, on va les transférer par la force, par la violence.

Or ce qui s’est passé en avril 2011, avec 47 morts, une attaque armée contre des résidents totalement non-armés à Achraf, 47 martyrs, va évidement se reproduire. Quand Maliki dit que je vais utiliser la force contre ces requérants d’asile qui sont restés à Achraf s’ils n’intègrent pas le camp de détention, la prison de Liberty, je vais les attaquer militairement, ca signifie une ré-édition du massacre d’avril 2011. C’est pour cela que cette réunion maintenant ici au Palais des Nations Unies et siège permanent du Conseil des Droits de l’homme, est d’une importance cruciale.
Si nous n’arrivons pas à dénoncer d’une part l’intention criminelle de Maliki, la conduite totalement détestable, puisqu’il a trompée à la fois le CNRI, à la fois le Haut commissariat, à la fois les Américains en transférant les gens non pas dans un camp de refugiés mais dans un camp de détention, et ce n’est pas les Moudjahidine qui le disent, ce n’est pas le CNRI ou madame Maryam Radjavi qui disent que les conditions sont intolérables, mais c’est le Groupe de travail, organe spécialisée du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies qui dit ce n’est pas un camp de refugiés qui correspond aux exigences de la convection de 1951, mais c’est un camp de détention. Et ce que Maliki a réussi à faire c’est de transformer des requérants d’asile, en des prisonniers, en leur déniant tous les droits que leur donne le statut de requérants d’asile. Et les Nations Unies se taisent…
Donc évidement il faut révoquer ce Martin Kobler, qui ne fait pas son travail, et qui est complice objectif de Maliki et des mollahs qui téléguident Maliki – bien sûr c’est le gouvernement iranien qui téléguide le gouvernement actuel de Bagdad. Il faut révoquer cet homme, il faut immédiatement dissoudre l’appareil de sécurité irakien qui entoure et qui impose ces conditions intolérables à Liberty, et il faut sous surveillance internationale transformer Liberty en un camp de refugiés.
Et il faut rétablir les droits élémentaires accordés par la convention et par la Déclaration universelle, de ceux qui sont déjà à Liberty, les 2/3, des anciens d’Achraf, et éventuellement si ces conditions sont réalisées, amener pacifiquement, assurer le transfert des dernier résidents d’Achraf. En tout cas ce qui est intolérable. C’est la situation actuelle dans ce camp de détention de prisonniers de Liberty, qui ont été trompés, où le CNRI a été trompé. Ils souffrent une indignité et une souffrance économique, sociale, physique, de santé permanente. Non seulement c’est une prison, mais c’est une prison inhumaine et la menace contre ceux qui restent à Achraf est qui sont sous la menace immédiate d’être mis à mort. Puisque le précédent d’avril 2011 est là.
Alors je pense que si nous arrivons à réveiller cette bureaucratie des Nations Unies qui se trouve dans un état de schizophrénie intolérable : tolérer d’une part les menaces de Maliki qui peuvent se concrétiser et qui vont se concrétiser dans trois semaines, sans protester, accepter la perversion que constitue Liberty, transformation en prison et en camp de détention avec toutes les conséquences humiliantes et de déni de droit que ça comporte, d’un camp de requérants d’asile, et la permanence de ce représentant spécial allemand qui ne fait pas son travail et qui est complice du régime terroriste de Maliki et des mollahs. Cette situation doit être dénoncée et changée radicalement.

Il faut que les trois parties respectent l’accord pris en 2011. Il faut un transfert reconnaissant le statut de requérants d’asile pour les gens d’Achraf, leur transfert pacifique et volontaire dans un camp d’accueil pour requérants d’asile. Ce processus doit être respecté, remis en route pour qu’enfin le statut des résidents d’Achraf et maintenant des prisonniers de Liberty, soit reconnu comme étant celui de requérants d’asile.

Je dis en terminant que notre solidarité doit être totale, il s’agit de la crédibilité des Nations Unies, il ne s’agit pas tout simplement d’un incident quelque part dans ce Moyen-Orient sanglant. Il s’agit de la crédibilité des Nations Unies. Si les Nations Unies laissent faire ce que Maliki annonce, ou laisse en place ce camp de concentration de détention de Liberty, eh bien, les Nations Unies non-seulement n’auront plus de parole, mais elles auront perdu leur crédibilité. Or, les Nations Unies sont la seule force qui a le droit international, et qui a le Conseil des droits de l’homme, et qui a  le Secrétaire général des Nations Unies, c’est leur crédibilité ! Et c’est cette crédibilité-là qui est en jeu. Notre solidarité, notre admiration pour le combat des résistants iraniens, soit à Liberty, soit à Achraf, est totale.  
Je vous remercie.

 

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