Asharq-al-Awsat (quotidien arabe): Par Abdulrahman al-Rashed, le directeur général d’Al-Arabiya TV – En 2012, il y a eu une controverse au sujet de « l’État islamique de l’Irak et la Syrie » (EIIL) et du « Front Al-Nusra ». Certains ont nié leur existence.
D’autres pensaient que ces deux groupes n’ont rien à voir avec l’organisation terroriste Al-Qaïda et qu’ils sont des formations syriennes avec une touche d’islamisme.
Certains se méfiaient de ces groupes et croyaient qu’ils travailleraient aux côtés du régime syrien. Ce dernier avait auparavant financé de tels groupes en Irak et au Liban. La controverse a duré un an et demi. Finalement, il s’est avéré que ces groupes font effectivement partie d’Al-Qaïda et qu’ils ont politiquement servi le régime syrien en intimidant les minorités dans ce pays. Ils ont créé de l’hostilité chez les puissances mondiales et ils ont lutté contre l’Armée syrienne libre dans tous les territoires syriens que cette armée avait libérés. Al-Qaïda a déjà fait cela durant le règne de Zarqaoui en Irak, en faisant coïncider sa cause avec celle des régimes locaux.
Le Mufti sunnite d’Irak a opéré un changement positif lorsqu’il a décrit franchement l’EIIL comme un groupe terroriste qui n’a rien à voir avec d’anciens Baathistes ou d’anciens militaires. La vérité est qu’il n’y a plus ni un parti Baath, ni des Baathistes depuis la guerre contre le Koweït. Ce sont maintenant d’anciens termes qui représentent seulement un rassemblement des Irakiens sunnites en colère.
Le général Petraeus était conscient de cette vérité quand il a réalisé que considérer les sunnites irakiens comme une entité homogène n’est plus pertinente, car les circonstances politiques ont changé. C’est pourquoi Petraeus a modifié sa politique et a coopéré avec les tributs d’Al-Anbar. Ces derniers sont devenus des alliés de Petraeus, ont combattu Al-Qaïda et ont par ailleurs convaincu un certain nombre de personnalités sunnites de l’opposition à retourner à Bagdad.
Les affrontements à Al-Anbar
La crise actuelle a commencé par des manifestations pacifiques à Al-Anbar en décembre 2013, avant les élections législatives. A l’époque, ces manifestants disaient qu’ils ont 17 revendications. La plupart de leurs revendications étaient relatives à la libération des détenus et à la suspension des exécutions. Beaucoup de personnalités politiques irakiennes, notamment des dirigeants chiites comme Moqtada al-Sadr et Ammar al-Hakim, comprenaient ces exigences. Mais au lieu de négocier avec eux ou de les laisser tranquilles, le Premier ministre Nouri al-Maliki – qui est bien connu pour sa folie – a agité cette fourmilière.
Il a envoyé d’importantes troupes, a arrêté Ahmad al-Alwani, un membre élu du parlement – qui est originaire d’un tribut important – et a tué le frère de ce dernier. Il s’agissait d’une violation flagrante de la Constitution d’Irak et des règles du jeu démocratiques. Al-Alwani est toujours détenu alors qu’Al-Anbar a pris un virage vers le pire.
Quid des relations entre ISIS et Al-Qaïda ?
La vérité est que ces deux organisations sont présentes dans la province d’Al-Anbar, même s’ils se cachent depuis que les tribus sunnites se sont retournées contre eux.
Leur histoire constitue un chapitre important dans l’histoire de la guerre précédente lorsque Abdel-Sattar Abou-Richa a établit une alliance entre les tribus arabes sunnites et le Conseil du Salut à Al-Anbar. En un an, il a pris le dessus sur l’organisation Al-Qaïda qui s’était installée dans cette province sunnite depuis plusieurs années. Abou-Richa a réussi là où les troupes américaines avaient échoué. Cependant, Al-Qaïda l’a tué en 2007. L’alliance des tribus a duré jusqu’à ce que les Américains aient remis les rênes du pouvoir en Irak à Maliki. En raison de son sectarisme, Maliki a stoppé le soutien du gouvernement d’Irak à des milliers d’hommes qui s’étaient engagés dans cette alliance et qui étaient devenus une partie de l’armée irakienne !
C’est au milieu de ce vide qu’EIIL a réapparu, s’est allié avec des rebelles et des tribus armées et s’est engagée dans des affrontements contre les forces de Maliki. Au lieu de négocier avec les tribus, les forces de Maliki ont détruit Fallujah et ont déplacé plusieurs dizaines de milliers de personnes. Malgré cela, Maliki n’a pas réussi à anéantir l’EIIL et les tribus. Il les a provoqués en les pourchassant partout.
La chute de Mossoul
Mercredi dernier, lorsque les Irakiens se sont réveillés, ils ont appris la nouvelle de la chute de Mossoul, alors que le reste de la province de Ninive est passé sous le contrôle d’EIIL. La ville de Tikrit et la majeure partie de la province de Salaheddine sont tombées aux mais des rebelles le lendemain. Et maintenant, il y a des groupes rebelles qui se sont rassemblés à la périphérie de Bagdad elle-même.
D’anciens militaires et les tribus constituent la majeure partie des troupes rebelles. Dans le même temps, EIIL – qui est également présent au sein des troupes rebelles – sera plus tard un fardeau pour les rebelles irakiens et un allié potentiel pour les troupes de Maliki. Cela nous rappelle ce qui se passe en Syrie où il y a trois acteurs principaux : les forces d’Assad et ses alliés iraniens ; l’armée syrienne libre et ses alliés ; les terroristes d’EIIL et du Front d’Al-Nusra. En Irak, la situation va ressembler à cela.
La présence d’EIIL ne modifiera pas les enjeux majeurs des affrontements en cours en Irak. Un tiers de la population est puni par l’actuel régime irakien pour des raisons sectaires ou des raisons d’opportunisme politique. Il est normal que cette partie de la population soient révoltée contre le régime actuel et elle continuera d’être hostile à ce régime. L’organisation Al-Qaïda a appris à se faufiler dans les rangs de la contestation au sein des sociétés en colère où il y a un vide politique majeur. Al-Qaïda a déjà fait cela en Afghanistan et en Syrie. Mais gardons à l’esprit que les objectifs d’Al-Qaïda et les groupes qui lui sont affiliés ne répondent pas aux aspirations des Irakiens en colère. Al-Qaïda considère que ces Irakiens et le régime d’Irak sont religieusement déviants et perdus.
A la menace d’EIIL et d’Al-Qaïda, une autre menace s’est ajoutée : Nouri al-Maliki est prêt à commettre des massacres pour rester au pouvoir, à l’instar du président syrien Bachar al-Assad. Afin d’instaurer la stabilité en Irak, il faut se débarrasser de Maliki et d’Al-Qaïda.
Je vais continuer cette discussion demain, en parlant de l’Iran et des interventions militaires en Irak.
Cet article, traduit de l’arabe, a été publié par le journal Asharq-al-Awsat, daté du 14 juin 2014.

