Par Abdullah bin Ali
Aljazeera.net, 27 mars, Paris – Le plus grand groupe de l'opposition iranienne en exil, l'organisation des Moudjahidine du peuple d'Iran (OMPI), a critiqué l’appel du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki à déplacer ses membres du camp d’Achraf, situé à 60 miles au nord de la capitale, Bagdad.
Le président des relations politiques de l’organisation, Mohammad Mohadessine*, a estimé que les tentatives de Bagdad d'expulser les membres du groupe, qui sont au nombre de 3.418, « reviennent en fait à céder aux diktats du régime des mollahs de Téhéran et à une violation des lois humanitaires, des valeurs de l'Islam et des coutumes arabes. »
Dans une interview exclusive avec Aljazeera.net au siège de l’OMPI à Auvers-sur-Oise**, près de Paris, l’opposant iranien a rejeté l’assimilation par Maliki de son organisation au Parti des travailleurs kurdes de Turquie.
Réfugiés
Il a qualifié les personnes actuellement au camp d’Achraf de réfugiés politiques séjournant en Irak depuis 23 ans avec le consentement officiel des autorités légales irakiennes. Ils n'ont pas d'armes, dit-il, depuis qu’ils ont remis leurs armes aux forces américaines après l'invasion de l'Irak.
Mohadessine a critiqué ce qu'il a appelle des pressions imposées aux résidents d’Achraf depuis le transfert en janvier de la supervision d’Achraf des forces américaines à l'armée irakienne. Il a mis en avant les attaques des forces irakiennes contre un bâtiment de l'organisation situé à l'entrée du camp, qui a été pratiquement fermé aux visiteurs, et a déclaré que les autorités irakiennes ont publié des décrets interdisant le transfert de tous les matériaux et les marchandises au camp d’Achraf, excepté l'eau, la nourriture et les médicaments.
Réagissant à des informations sur l'intention du gouvernement irakien de réimplanter les résidents d’Ashraf dans la région désertique d'al-Salman, près de la frontière avec l'Arabie saoudite, Mohadessine a déclaré que ce serait « totalement inacceptable » aux yeux de son organisation. Il a dit que ce serait également rejeté par les organisations de juristes et des droits de l'homme qui s'opposent avec véhémence au déplacement forcé des habitants du camp à l'intérieur ou l'extérieur de l'Irak.
Le dissident iranien a noté que les Irakiens, « de toutes les ethnies et les orientations politiques », s'opposeront à « toute violation des droits des résidents d'Achraf ». Il a salué les positions exprimées par l'ancien Premier ministre irakien Ayad Allawi, le chef de Front irakien du Dialogue national Saleh Mutlak, et du religieux chiite Ayad Jamalodine, qui ont tous demandé au gouvernement Maliki de mettre fin à ses tentatives de faire évacuer le camp.
Une alternative
Dans le même temps, Mohaddessine a souligné que l’OMPI n'a pas tenu compte et ne tiendra pas compte de toute autre solution de rechange pour Achraf. Il a noté que le chef de file de l'organisation, Maryam Radjavi**, a écrit une lettre à cet égard au Secrétaire général des Nations unies, pour lui rappeler que l'organisation considère que la solution est le retour du camp sous la protection des forces américaines en Irak.
Le porte-parole de l’OMPI a rejeté les allégations selon lesquelles l'Irak tirerait profit de toutes les façons de l’expulsion des membres de l'organisation, et a déclaré que l'objectif ultime est de « pour les mollahs de consolider leur domination de l'Irak et d’étendre leur influence dans toute la région. »
Il a dit que le mouvement, créé en 1965, poursuivra sa politique d'opposition au principe de «velayat-e faqih [suprématie absolue du religieux], et de prôner la mise en place d'un système de gouvernement démocratique et pluraliste en Iran.
Il a également fermement rejeté la possibilité de relations ou d'une coalition avec Reza Pahlavi, le fils de l'ancien chah d’Iran, qui appelle lui aussi au renversement de l'actuel régime au pouvoir en Iran. Ce membre de la direction de l’OMPI a souligné le rôle clé de son mouvement dans la révolution de 1979, qui dit-il, a libéré le pays d'une monarchie fasciste.
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* Mohammad Mohadessine est président de la Commisison des Affiares étrangères du CNRI, dont fait partie l’OMPI
** Auvers-sur-Oise abrite les bureaux du CNRI
*** Maryam Radjavi est présidente de la République élue du Conseil national de la Résistance iranienne

