samedi, décembre 3, 2022
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Les habitants de Liberty sont utilisés comme otages – Anne-Marie Lizin

CNRI – « De quoi s’agit-il quand l’ONU et son envoyé ne font pas pression sur le gouvernement irakien alors que ce serait leur rôle par rapport aux textes de base de l’ONU ? Il s’agit d’utiliser en otage cette petite communauté, de les utiliser comme marchandage, pour des concessions autres que nous ne connaissons pas, et qui sont les vrais débats, entre le gouvernement américain et le gouvernement irakien », a estimé Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du sénat belge à propos des opposants iraniens d’Achraf.

Elle s’exprimait le 8 aout à Genève dans une réunion d’ONGs organisée à l’ONU sur la situation des camps d’Achraf et de Liberty et pour protester contre tout nouveau transfert des Achrafiens.

Voici les temps forts de l’intervention de Mme Lizin :
Je voulais venir aujourd’hui parce que c’est un symbole de la Resistance dont les être humains, confrontés à une situation dont ils ne voient pas l’issue eux mêmes, peuvent être capables.  Ce transfert d’Achraf, qui était déjà devenu une zone particulière, désarmée, qui avait une capacité symbolique, mais pas une capacité militaire, et puis ce transfert vers un lieu un peu dérisoire, qui s’appelle Liberty, et qui est bien connu des Américains puisque c’était leur camp.
Alors je voudrais parler un peu crescendo de trois éléments qui sont véritablement au cœur de ce qui se passe maintenant.  D’une part ce qui est demandé pour le camp Liberty, l’attitude générale du gouvernement d’Irak, de la force des Nations Unies par rapport au gouvernement d’Irak, et puis finalement de la situation politique régionale qui se tend très fort et qui ouvre dès lors un champ de contradiction qui devrait permettre de vraies alliances.
Ces trois éléments vus de l’expérience que je peux avoir en matière de gouvernement, par exemple si vous prenez la liste des choses qui ne sont pas faites pour Liberty, elles sont toutes objectivement des atteintes à des droits essentiels à la vie, a fortiori si ce n’est pas une prison.
Mais même dans une prison, donc a fortiori, quant le HCR et l’ONU s’occupent d’un camp et le reconnaissent comme un camp dit transitoire, qu’on lui donne n’importe quel nom,  c’est un camp où des personnes vivent. Mais quand bien même ce serait une prison, vous êtes obligé d’assurer l’eau, l’électricité de la prison et les conditions humaines de traitement de prisonniers.
Supposons donc que ce soit le cas pour ce gouvernement irakien ; dans son analyse, l’essentiel n’est pas fait. Or, depuis les dernières propositions sur l’aménagement de l’eau dans le camp Liberty, il est évident que ce qui manque c’est une autorisation.
C’est vrai que dans un gouvernement si pour des personnes que vous considérez comme des ennemis, vous devez en plus prévoir un budget, fatalement le débat est tendu. Par contre ici, on ne leur demande en aucun cas un véritable budget, on leur demande des autorisations, autorisation pour l’eau, donc fondamentale. Le test véritable est celui-là, puisque c’est lui qui dit : « oui vous aurez les conditions de survie qui sont les conditions de base de l’être humain ».
Les bungalows pour les handicapés, il existe une réglementation internationale très précise là-dessus que les organismes des Nations Unies doivent appliquer.  Ici aussi de quoi s’agit-il ? On ne demande pas un budget, on demande l’autorisation de transférer un certain nombre de biens.
L’électricité même chose, construction même chose, on ne leur demande pas de payer des constructions supplémentaires de protection du soleil, on leur demande d’autoriser.
Alors vous pouvez prendre toute la liste qui est en débat depuis plusieurs mois, et vous voyiez qu’il s’agit d’autorisations. Donc il ne s’agit pas d’un acte qui est difficile à obtenir du gouvernement, de quelque gouvernement que ce soit.
On sent bien que même à l’intérieur du gouvernement irakien, il y a effectivement des membres de ce gouvernement qui pensent qu’on devrait le faire, et qui ne l’obtiennent pas. Donc l’enjeu de ne pas donner les autorisations est l’enjeu clé. Il n’est pas financier, il est véritablement de faire porter une sorte de dégradation des conditions de vie, comme une revanche.
Ce qui est par contre tout à fait anormal, c’est la position des représentants de l’ONU. Que font ces représentants de l’ONU ? Ils essayent par exemple de faire que l’équipe de Mme Ashton tente de diminuer la conviction des parlementaires européens sur les questions de l’eau, l’électricité etc. En quel honneur font-ils ces démarches ? Et pourquoi font-ils ces démarches ? Ils font ces démarches pour garder une sorte de relation privilégiée avec le gouvernement irakien.
Ici on ne lui demande pas de budget, et on sent très bien, au contraire, étonnamment, que le représentant des Nations Unies, il considère qu’il doit faire pression sur les résidents d’Achraf et dire : écoutez, vous demandez trop,  après tout les Américains étaient dans ce camp, ce n’était pas génial, ce n’était pas le luxe, mais enfin vous pouvez très bien y vivre,
Alors qu’en fait il sait qu’il participe à une dégradation des conditions de vie. Donc cette attitude est tout à fait étonnante. Il est allemand. Cette attitude n’est pas réclamée en Allemagne. Ça pourrait être son gouvernement qui lui dit surtout n’allez pas embêter l’Iran. Ce n’est pas le cas.
Mais ce n’est pas ça le plus important, le plus important c’est que dans le comportement des représentants des Nations Unies se trouve le fait qu’on encourage le gouvernement d’Irak dans sa position actuelle qui lui est recommandée, suggérée, encouragée par le gouvernement des mollahs.
Et donc que l’ONU dans ce jeu essaie de faire en sorte que le Parlement européen prenne des positions plus faibles ou moins revendicatrices en soutien des résidents d’Achraf, c’est en contradiction absolue avec les droits de l’homme, non-seulement de l’ONU, mais aussi avec ce que le Parlement tente d’imposer.
Donc on voit bien que ce type de pressions ne correspond pas à l’attitude de l’ONU. Au contraire, il devrait pour arriver à son objectif –  si l’objectif est bien que le camp Liberty devienne vivable – il devrait  utiliser les pressions extérieures comme un argument favorable à sa thèse, lorsqu’il rencontre le gouvernement  irakien. Il fait l’inverse. Pourquoi ? Moi je ne participe pas à l’idée que tout ça se fait par hasard, ou simplement par amitié. Non, il le fait parce qu’il est dans une négociation très particulière et parce que pour l’instant c’est ce qu’on lui demande.
Alors, d’une part, les points demandés pour Liberty, sont simples à obtenir, surtout avec la pression extérieure exigée aujourd’hui pour suivre la situation dans le camp Liberty. Or l’ONU ne répercute pas sur place, à Bagdad, ces influences et n’essaie pas de l’obtenir. Au contraire elle s’adresse aux résidents, en disant vous demandez trop. Faites le 6eme convoi, faites différents éléments.
Moi je suis entrée dans cette matière aussi parce que cela m’intéresse beaucoup, car il y a des femmes et des familles qui sont en train d’essayer de garder des conditions de vie décentes dans ces deux camps. Et je dois dire qu’aussi bien pour les handicapés et pour les femmes, les règlements qui doivent baser l’action ne sont absolument pas respectés par le gouvernement irakien.
Tout cela veut sans doute masquer la base politique essentielle de la réalité sur place : C’est qu’aujourd’hui le gouvernement américain a perdu le contrôle de l’Irak. Vous direz c’est facile pour des gens comme moi qui ont été opposés à la guerre en Irak de dire cela, mais c’est ca la vérité. Ils n’ont pas gagné l’Irak, ils ont perdu l’Irak, mais ils tentent de le masquer parce qu’il leur reste encore pas mal d’hommes sur place.
De quoi s’agit-il quand l’ONU et son envoyé ne font pas pression sur le gouvernement irakien alors que ce serait leur rôle par rapport aux textes de base de l’ONU ? Il s’agit d’utiliser en otage cette petite communauté – 3400 personnes au vu d’une population ce n’est pas une grande communauté – il s’agit de les utiliser comme marchandage, pour des concessions autres que nous ne connaissons pas, et qui sont les vrais débats, entre le gouvernement américain et le gouvernement irakien.
Donc, ce n’est pas le délégué de l’ONU qui est au cœur du débat. Le véritable discutant c’est l’Américain. C’est lui qui mène ce vrai débat global des intérêts américains, dans un pays dont il a perdu le contrôle politique, mais dont il ne peut pas perdre la situation géographique, a fortiori maintenant.

Puisque visiblement la situation en Syrie engage maintenant l’Iran de manière beaucoup plus claire au côté de Bashar el-Assad, l’importance de couper les liens avec les alliés voisins devient essentielle.
Donc nécessairement, c’est ça que les Américains veulent garder même s’ils ne gardent plus qu’un petit fil avec ce gouvernement de Maliki, c’est de le garder à tout prix, pour empêcher simplement que l’Irak ne verse complètement dans le soutien à la thèse iranienne. 
Alors ca va être dur et les contradictions – je peux prendre un exemple belge, mais c est la même chose pour les français – un service anti terroriste moyen voit arriver le 11 septembre. A ce moment ils sont 2, 3, à Bruxelles, et ils sont quelques barbus qui sont un peu surveillés. Et puis c’est le 11 septembre, et on découvre que l’assassinat de Massoud, ce sont des Belges, enfin bref.
Donc on augmente le service, on passe en un an de 3 hommes à 150 hommes, 40 analystes, des universitaires. Quel est l’objectif ? L’objectif évolue au fur et à mesure des années, et tout ces cerveaux de l’anti terrorisme, passent leur temps à repérer des filières qui recrutent pour l’Al-Qaïda, qui partent en Afghanistan d’abord et qui partent en Irak ensuite. Et puis maintenant qu’est ce qu’on fait ? On les paye, les mêmes, donc ceux qu’on a passé son temps à surveiller, on les paie pour recruter pour aller en Syrie, par la Turquie ou par le Liban.
Donc imaginez-vous ce que veut dire la contradiction de base d’un policier anti-terroriste en Belgique. Les même filières qui ont servi aux recrutements pour l’Afghanistan et pour l’Irak et qui étaient donc des ennemis, au niveau du recrutement pour Al-Qaïda, en à peine 2 mois, devenus des alliées et on aide à la limite au recrutement par Al-Qaïda, et par les mêmes filières, pour aller combattre Bachar Assad.
Donc évidement les Etats-Unis sont dans une période où dans la zone, ils ont perdu des alliés, ils ont perdu une certaine influence, ils espèrent garder la capacité de récupérer une force de frappe contre l’Iran.
Alors la contradiction principale, est là. Pourquoi diable ne pas aider ceux qui sont engagés dans l’action contre l’Iran depuis des années, et au contraire les considérer – je vous ai montrée cheminement : ce n’est pas l’envoyée de l’ONU qui est l’ennemi, c’est parce qu’il a besoin pour aider les Américains de garder cet argument.
Alors pourquoi restent ils aujourd’hui encore des ennemis,  et pourquoi continuent-ils par tous les moyens de maintenir le fait que l’OMPI soit toujours sur la liste anti terroriste, et donc pourquoi continuer au lieu de reconnaitre, à un moment donné un changement, et de proposer clairement une alliance.
Est-ce intéressant de disperser en Europe, une grande partie d’un groupe idéologiquement formé et qui est capable précisément de donner des éléments important du combat ? Est-ce intéressant d’aller les disperser dans différents pays qui sont pour l’instant sollicités pour accueillir les personnes qui sont au camp Liberty.
Donc c’est vrai que dans les prochains jours et semaines, les choses vont bouger, beaucoup. Les Iraniens semblent annoncer clairement qu’ils vont maintenant répondre par le passage militaire pratiquement officiel, et qu’ils vont viser la régionalisation certaine du conflit en Syrie, et les Etats-Unis vont continuer une analyse visant à éviter la réponse russe, et éviter évidement une réponse du soutien irakien qui soit dans une seule direction.
Je pense que le delisting, en plus, pour en revenir à la contradiction interne américaine, est quelque chose de tout à fait évident, pas seulement parce que il y a eu une décision de justice, mais pour ceux que ça intéresse, les Américains publient un document sur la situation de l’anti-terrorisme dans le monde chaque année. Ils viennent donc de sortir celui de 2011 qui liste tout ce qui est considéré par les Etats-Unis comme étant des groupes terroristes, et puis alors ils font l’analyse pays par pays de ce qui se passe. Donc vous trouvez l’OMP dans la liste, et vous avez beau chercher dans les 250 pages du rapport, vous ne trouvez pas une seule mention, ni une activité terroriste, ni même d’une action, alors que tous les groupes y compris tout les petites groupes sont cités. Mais il n y a pas une action que l’on reproche à l’OMPI.
C’est un rapport du Pentagone et du Département d’Etat en commun- donc il est clair qu’ils sont en contradiction avec leur propre analyse à l’intérieur de leur administration. Et ceci ne peut se justifier non pas par un véritable raisonnement anti-terroriste, sujet du listing et donc de l’éventuel delisting, mais pour une autre raison. L’autre raison reste la même, sur les concessions, le marchandage que l’on veut faire en utilisant la position dégradée des résidents de Liberty, comme une façon de permettre à l’Irak de faire ce que demande l’Iran.
C’est ce jeu-là qui est en cours aujourd’hui, et c’est ce jeu-là que l’ONU ne devrait absolument pas soutenir.
Donc je pense que sur la nécessité d’une fermeté différente de l’ONU, nous devons vraiment sortir d’une réunion comme celle-ci, avec cette demande-là, adressée au Secrétaire général, en disant qu’on a décrypté les raisons et il faut qu’il réussisse à imposer une autre vue.
L’ONU n’est pas là pour simplement dire à chaque gouvernement vous faites bien… ! Non, il faut aussi, surtout ici à Genève pouvoir dire vous ne faites pas bien ! Et vous devez donner les autorisations nécessaires aujourd’hui pour le camp Liberty.

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