
Par le lieutenant-colonel Leo McCloskey*, le général de brigade David Phillips* et le colonel Wesley Martin*
Tampa Bay Online, 6 mai 2012 : Il y a un an, la paix au camp de réfugiés placé sous la «protection» du gouvernement irakien a été brisée par le tonnerre de véhicules militaires assaillant les portes. Les soldats irakiens assassinèrent 36 dissidents iraniens sans défense et laissèrent des centaines de blessés dans ce saccage. Malgré les appels du Congrès américain, de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations-Unies, il n’y eut aucune enquête indépendante sur l’incident. Personne n’a été tenu responsable.
Comment ce massacre pourrait-il rester impuni ? La réponse reste dans l’ombre, un lieu inconfortable.
Ce n’était pas la première attaque mortelle sur les résidents désarmés, qui sont membres des Moudjahidines du peuple (OMPI/OMPI) vivant dans le camp d’Achraf. C’est un cycle de violence et d’intimidation contre eux aux mains des responsables chiites du gouvernement d’Al-Maliki, un gouvernement que les États-Unis ont puissamment payé à former et à mettre en place.
Une cruelle ironie du sacrifice de l’Amérique est qu’une sphère d’influence existe actuellement entre Bagdad et Téhéran qui comprend les efforts visant à écraser l’OMPI, la seule opposition aux mollahs, viable et organisée.
Les membres de l’OMPI – qui promeuvent un Iran laïque, démocratique et non-nucléaire, ont été chassés d’Iran et installés il y a 26 ans dans le camp d’Achraf, près de Bagdad. En 1997, alors que les États-Unis poursuivaient une futile politique de dialogue avec Téhéran, le groupe d’opposition a été inscrit sur la liste américaine des organisations terroristes, en dépit du fait que le groupe partage de nombreuses valeurs avec le monde libre. En langage diplomatique, cela s’appelle un geste de « renforcement de la confiance » (des USA envers l’Iran).
En 2003, les forces américaines ont pris le contrôle du camp d’Achraf. A cette époque, une enquête approfondie, incluant des vérifications et des entretiens contextuels, a été menée sur des résidents d’Achraf et il a été déterminé que pas un seul terroriste ne se trouvait parmi les 3400 dissidents. Les résidents, volontairement désarmés par les États-Unis, reçurent en retour l’officiel « statut de personnes protégées» et la protection de la Quatrième Convention de Genève.
Irak assuma la responsabilité de la sécurité du camp en 2009 et donna les assurances que les réfugiés recevraient un «traitement humain». Puis vint la brutale attaque contre les résidents d’Achraf.
Des séquences vidéo montrent des civils non armés visés à bout portant à la tête par des soldats irakiens ou écrasés par des Humvees. Al-Maliki ne s’est pas arrêté là – dans les jours qui suivirent, il jura de fermer le camp d’Achraf, ce qui aurait permis d’envoyer ces gens sans défense dans le désert.
Une autre atrocité fut juste évitée après qu’une massive campagne internationale contraignit l’ONU à élaborer un protocole d’accord avec le gouvernement irakien consistant à assurer la sécurité et la sûreté des résidents d’Achraf.
Le leader du mouvement d’opposition iranienne, Maryam Radjavi, accepta pour les résidents, le déplacement vers une nouvelle maison, une base militaire américaine abandonnée, connue sous le nom de Camp Liberty. Quelques 1500 personnes ont déjà déménagées là-bas. Cependant, les rapports provenant de l’intérieur du camp décrivent des conditions de type carcérales et ne répondant pas aux normes humanitaires minimales. Les habitants craignent qu’une nouvelle catastrophe se profile au coin de la rue.
La question qui se pose maintenant est plus qu’une crise humanitaire; les résistants iraniens éparpillés entre les camps d’Achraf et Liberty représentent la seule force d’opposition viable contre le pouvoir et les ambitions du régime iranien. Il y a un moyen simple pour le gouvernement américain d’arrêter cette persécution : radier l’OMPI de la liste des organisations terroristes étrangères.
A un moment où les tensions internationales avec l’Iran s’intensifient, lorsque les options politiques pour faire reculer le programme nucléaire de Téhéran diminuent, lorsque la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton condamne l’Iran pour «interférence avec ses voisins » (en référence à la Syrie) et pour « l’exportation du terrorisme, » pourquoi la liberté d’action donnée à l’opposition ne serait-elle pas sur la table?
Pourquoi le gouvernement des États-Unis voudrait-il aller aussi loin que de lancer une enquête sur des Américains ayant osé exposer quelques vérités sombres sur la politique américaine, comme le département du Trésor l’a récemment fait à l’encontre de plusieurs anciens hauts responsables américains, des deux partis ?
Pourquoi le gouvernement des États-Unis voudrait aller aussi loin que d’enquêter et harceler des anciens hauts fonctionnaires américains qui se sont prononcées contre la désignation injustifiée de l’OMPI? Que les États-Unis traînent les pieds au sujet de la radiation de la liste est inexplicable, étant donné que le Royaume-Uni et l’UE ont retiré l’OMPI de la liste noire depuis plus de trois ans.
Les Etats-Unis et l’ONU ont besoin d’accélérer le processus de transfert de ces hommes et femmes vulnérables vers des pays tiers et d’aider l’OMPI dans la lutte pour contenir l’Iran. Les Etats-Unis ont besoin de reconnaître la crise humanitaire et l’importance stratégique de l’opposition iranienne avant qu’il ne soit trop tard.
* Le lieutenant-colonel Leo McCloskey (retraité), est un résident de Tampa et était le commandant de la Joint Interagency Task Force au Camp d’Achraf, en Irak, avant Janvier 2009. Le général de brigade David Phillips (retraité), est l’ancien chef de l’École de politique militaire de Fort Leonard Wood et l’ancien commandant de toutes les opérations de police en Irak, qui comprenait la protection du camp d’Achraf. Le colonel Wesley Martin (retraité), a servi d’agent de protection anti-terroriste / force supérieur pour toutes les forces de la coalition en Irak et a été le premier colonel en charge du camp d’Achraf.

