samedi, décembre 3, 2022
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Le Premier ministre irakien ordonne à l’armée de prendre le contrôle de Bassora

Le Premier ministre irakien ordonne à l’armée de prendre le contrôle de BassoraDe Nancy A. Youssef

Knight Ridder Newspapers, Bagdad – Le Premier ministre Nouri al-Maliki a ordonné mercredi aux milliers de soldats irakiens à Basra, seconde ville d’Irak, de désarmer les milices musulmanes chiites qui ont pris le contrôle de la zone, initiative soulignant les difficultés du gouvernement central à Bagdad pour prendre le contrôle ne serait-ce que d’une petite partie du pays.

Al-Maliki a affirmé que la 10ème Division de l’armée irakienne allait mettre en place des postes de contrôle et saisir les armes illégales de l’assortiment de milices, gangs et tribus qui ont pris le contrôle de Basra. Il a déclaré que l’état d’urgence durerait un mois.

Cette annonce, faite dans un discours diffusé à la télévision nationale et prononcé à Basra, survient la même semaine de l’annonce de hauts responsables américains selon laquelle ils avaient envoyé 1500 soldats supplémentaires basés au Koweït dans la province d’Anbar, dans l’ouest de l’Irak, afin de tenter à nouveau d’arracher la province au contrôle des insurgés musulmans sunnites.

« Ce mois-ci est le mois de la sécurité à Basra », a affirmé dans son discours al-Maliki, encadré d’une délégation de hauts responsables du gouvernement. « Nous allons frapper avec une poigne de fer les gangs qui manipulent la sécurité. »

La violence s’est intensifiée en Irak ces dernières semaines, malgré le renforcement des forces de sécurité dans le pays. Un nouveau rapport du Pentagone publié cette semaine affirme que 263.400 membres des forces de sécurité ont été entraînés jusqu’à maintenant.

Mais cela n’a pas participé à calmer la violence ni à accélérer le retrait des troupes américaines, dont le nombre va atteindre plus de 135.000 avec l’arrivée de renforts du Koweït. Le rapport note que le nombre moyen d’attaques ennemies par semaine a augmenté de 13 pourcent entre février et avril, comparé aux quelques mois précédents.

Le rapport du Pentagone intitulé « Mesure de la stabilité et de la sécurité en Irak », qualifie les ennemis de l’Irak d’éléments résistants et complexes et suggère qu’il y a peu de chances pour qu’ils soient rapidement maîtrisés. Le rapport précise que les ennemis comprennent les insurgés sunnites et les milices chiites.

« Considérer la violence en Irak comme une seule et unique insurrection ou une ‘opposition’ unifiée est inexact et trompeur », ajoute le rapport. « Il est peu probable que la Coalition et les Forces de sécurité irakiennes fassent des progrès contre chacune de ces factions violentes à la même allure. »

L’annonce d’al-Maliki reconnaît officiellement que la violence dans le sud chiite est bien pire que ce qui a pu être admis auparavant. Au moins 200 personnes sont mortes dans des fusillades, des enlèvements et des exécutions à Basra le mois dernier. Des responsables britanniques et irakiens locaux ont récemment déclaré au Knight Ridder que les milices avaient largement pris le contrôle des forces de police et des autres institutions du gouvernement.

Mardi, le président du conseil de province de Basra, Nussaif Jassim al-Abaidi, a déclaré que la majorité des agents de la police chiite étaient eux-mêmes indisciplinés et corrompus.

Beaucoup d’officiers « sont plus loyaux à leur parti qu’à leur profession », a affirmé al-Abaidi. On ne sait pas si le fait d’envoyer l’armée va servir à quelque chose. Les mêmes milices chiites qui se battent pour le contrôle de Basra sont infiltrées dans les forces de sécurité.

Les milices les plus actives à Basra, l’Armée Mahdi, fidèle au religieux agitateur Muqtada al-Sadr, et l’Organisation Badr, aile armée du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak, sont des alliés proches et comptent parmi leurs membres des personnages clés de la coalition politique qui a placé al-Maliki en poste.

Al-maliki n’a pas fait mention des mesures qui seraient prises pour réduire l’assistance iranienne aux milices. Tandis qu’on ne sait pas exactement à quel point le gouvernement d’Iran est impliqué dans l’assistance à ces groupes, les hauts responsables britanniques et irakiens dans le sud du pays ont déclaré au Knight Ridder que les milices recevaient de l’argent et des armes provenant d’Iran et que certains miliciens étaient entraînés dans ce pays.

Les dirigeants britanniques pensent qu’en les aidant ainsi, l’Iran tente d’expulser les forces de la coalition de la zone et d’ouvrir la voie pour une administration cléricale alliée avec l’Iran dans le sud de l’Irak.

L’Iran est proche d’un grand nombre de personnes dans le gouvernement à majorité chiite d’al-Maliki. Ce dernier a vécu plusieurs années en Iran après être parti en exil en 1980 pendant le règne de Saddam Hussein. Il a également habité en Syrie et au Liban.

Alors que certains hommes politiques sunnites sont sceptiques quant à la capacité d’al-Maliki de défier les milices, la réponse initiale sunnite était modérée.

Tareq al-Hashemi, Sunnite et un des deux vice-présidents de l’Irak, a déclaré que l’initiative d’al-Maliki n’allait pas assez loin et qu’il était nécessaire d’agir plus vigoureusement.
 
« Il existe une foule de réformes qui nécessitent un accord parfait», a affirmé al-Hashemi. « Si nous (le gouverneur, le conseil du gouvernorat, les forces politiques, les tribus et les figures religieuses) coopérons tous, nous verrons qu’au bout d’un mois, les choses iront beaucoup mieux. »

Pendant le règne de Saddam, Basra était l’une des villes les plus actives d’Irak, connue pour sa vie nocturne et son économie dynamique. Après l’invasion menée par les USA, une grande partie du pays étant tombé dans la violence, Basra était considérée comme relativement stable. Les hauts responsables américains avançaient souvent que cette ville serait une des premières à revenir sous contrôle irakien.

Mais les milices se sont infiltrées dans la population, chassant les minorités sunnites et aspirant à une province plus conservatrice. Ce changement est devenu plus distinct lorsque les attaques contre les forces britanniques se sont faites plus nombreuses. Le mois dernier, neuf membres de l’armée britannique ont été tués, dont cinq dans un crash d’hélicoptère. Les dirigeants britanniques ont affirmé au Knight Ridder qu’ils suspectaient qu’un missile provenant d’Iran ait abattu l’appareil.

Al-Maliki a annoncé son projet au moment où les leaders débattent toujours sur la question de savoir qui va pendre la tête des ministères de la Défense et de l’Intérieur, qui contrôlent respectivement l’armée et la police.

Il a affirmé qu’une commission spéciale serait formée pour superviser l’opération à Basra.

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