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Le monde doit agir pour le camp d’Achraf

Par David Alton, Commentateur extérieur à UPI
 
UPI, Londres, 5 décembre – Le camp d’Achraf est un Srebrenica en devenir et le monde a le devoir d’agir. Les opposants iraniens bloqués dans le camp d’Achraf vont être confrontés à des déplacements forcés en Irak. Quel autre choix leur offre le monde que celui de résister? Se tenir à l’écart et observer n’est pas une option.

Ce que vous allez lire peut sembler farfelu ou incroyable, mais c’est totalement factuel: Une communauté de 3400 hommes et femmes sans défense fera face à l’anéantissement par la force brutale dans environ quatre semaines, avec le massacre de tous ses habitants.

Tandis que le compte à rebours vers la sinistre date butoir du 31 décembre a commencé, la communauté internationale dans son ensemble se contente de regarder.

Il s’agit du camp d’Achraf, qui abrite depuis 25 ans en Irak des membres du principal mouvement d’opposition iranien.

La partie belligérante est le gouvernement irakien (oui, ce même gouvernement que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont contribué à créer à un coût humain et matériel énorme) qui agit à la demande du régime iranien.

Les 3400 hommes et femmes du camp d’Achraf étaient là quand les forces de la coalition sous commandement américain ont envahi l’Irak en 2003. Ils sont restés complètement neutres. Après la chute du gouvernement de Saddam Hussein, ils ont été protégés par les forces américaines en échange d’un désarmement volontaire complet.

Les Etats-Unis les ont désignés comme des personnes protégées en vertu des Conventions de Genève. Chacun des résidents a reçu l’assurance écrite d’un responsable américain qu’il sera protégé jusqu’au règlement final de sa situation. Ils ont reçu la parole des Etats-Unis.

Mais en 2009, les Etats-Unis ont remis la sécurité du camp aux Irakiens dans le cadre de l’accord sur le statut des forces. Compte tenu de l’influence du gouvernement iranien sur le gouvernement chiite de l’Irak, ce fut comme demander au renard de protéger le poulailler.

Par la suite, le camp a été attaqué par les forces irakiennes en 2009 et 2011, faisant des dizaines de morts et plus d’un millier de blessés.

Le camp est sous blocus depuis trente mois et les résidents n’ont pas accès aux soins médicaux, ni au carburant ni au ravitaillement en équipements.

Ce qui a exacerbé la situation des résidents d’Achraf, c’est que le gouvernement irakien a promis de fermer le camp d’ici la fin de l’année. Cela soulève la question: Où sont censés aller  les résidents?

En septembre, le Commissariat des Nations unies pour les réfugiés est intervenu pour déclarer les habitants comme demandeurs d’asile ; il a voulu commencer le processus d’entretien des résidents et le transfert dans d’autres pays. Il a exhorté le gouvernement de l’Irak à prolonger le délai afin de pouvoir faire son travail. Le gendarme des droits de l’homme de renommée internationale, Amnesty International, a réitéré cette demande début  novembre.

Mais le gouvernement irakien a un programme différent. Il a été rapporté le 22 novembre que l’Irak refuse d’autoriser les Nations Unies à réaffirmer le statut de réfugié des résidents du camp d’Achraf, un préalable à leur transfert vers d’autres pays.

Le refus de l’Irak de permettre au HCR de déterminer le statut de réfugié des résidents ne laisse aucun doute sur le fait qu’il n’a nullement l’intention de résoudre cette crise pacifiquement et prévoit de satisfaire la demande des mollahs de détruire Achraf et d’anéantir ses habitants – parce que Téhéran sait très bien qu’ils représentent son opposition démocratique et viable.

Les résidents d’Achraf ont montré toutes sortes de flexibilité ; ils ont accepté le plan du Parlement européen d’être transférés vers des pays tiers, en dépit de leur droit évident de rester à Achraf, où ils vivent depuis un quart de siècle.

Mais ils ne peuvent pas se laisser dispersés et déplacés de force à l’intérieur de l’Irak – et ils ne peuvent certainement pas se porter volontaires pour être massacrés. Si ordre est donné de les déplacer, ils n’auront pas d’autre choix que de résister. Qui accepterait d’être forcé de quitter son domicile pour être assassiné dans une ruelle obscure?

Le temps est compté, les Etats-Unis, les Nations Unies et l’Union européenne doivent prendre position.

Ils doivent rejeter le stratagème de déplacement fomenté par les mollahs de Téhéran et poussés par leurs agents au gouvernement irakien. Ils doivent faire pression sur le gouvernement de l’Irak pour cesser de bloquer les efforts du HCR et permettre immédiatement le début des entretiens avec les résidents d’Achraf.

Le massacre d’une communauté n’est pas une question pouvant être gardée à l’intérieur d’un Etat souverain. C’est une grave préoccupation pour la communauté internationale, comme ce fut évident en Libye et comme cela est actuellement évident en Syrie.

Le silence est plus qu’une approbation tacite. C’est être complice du meurtre de milliers d’honnêtes gens, dont le seul crime est de se dresser contre les tyrans de Téhéran.

La terrible vérité est manifeste. Nos élus et les acteurs internationaux ne peuvent plus prétendre ne pas savoir. Le monde devrait être hanté par le souvenir de Srebrenica. Le camp d’Achraf est un Srebrenica en devenir et le monde a le devoir d’agir.

(Lord David Alton of Liverpool, membre de la Chambre des Lords britannique et membre du Comité parlementaire britannique pour la liberté en Iran.)

Traduit de l’original en anglais