mardi, novembre 29, 2022
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L’avenir de l’Iran ? Vous le trouverez dans ses rues

IL’avenir de l’Iran ? Vous le trouverez dans ses rues   nternational Herald Tribune, 5 janvier – par Peter Ackerman et Ramin Ahmadi * – Depuis des mois, les activistes iraniens et même les religieux modérés sont inquiets des tendances radicales du nouveau président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad. Ces dernières semaines, après qu’il ait déclaré que l’holocauste était un « mythe », appelé à ce qu’Israël soit rayé de la carte et banni la musique occidentale de la radio et de la télévision d’État, l’inquiétude s’est répandue au monde entier.

 Mais il y a un autre fait nouveau en Iran, cette fois positif, ayant un grand potentiel et que le monde ne doit pas manquer : la résistance des citoyens contre l’autoritarisme d’Ahmadinejad est en train de grandir.

Depuis le début de son mandat, la politique du nouveau président affiche un mélange instable de nationalisme et d’islamisme radical. Tout en vantant les mérites de son programme nucléaire, il a promis de redistribuer les richesses aux pauvres et de contenir les capitalistes (sans avoir tenu aucune de ces deux promesses jusqu’à présent).

Le langage d’Ahmadinejad est rempli de mépris pour les minorités religieuses et ethniques, de xénophobie, d’anti-intellectualisme, du refus de compromis et d’un penchant pour la violence dans les mesures concernant l’opposition politique et les minorités, dont les Kurdes et les Arabes. Son comportement rappelle avec inquiétude celui des leaders européens fascistes des années 1920 et 1930.
 
Alors que les responsables politiques et experts occidentaux sont contrariés à juste titre par le langage du nouveau leader iranien, peu a été dit et fait par la communauté internationale (en ce moment ou dans le passé) pour soutenir les citoyens ordinaires en Iran qui réclament avec obstination une vraie démocratie, une règle de droit et une opportunité économique. Les Iraniens risquent la prison ou pire en organisant des manifestations, non pour satisfaire la politique étrangère américaine ou européenne, mais parce qu’ils en ont assez de vivre dans la peur, la misère économique et les décrets arbitraires des religieux non élus.

Contre toute attente, des événements non-violents comme des manifestations et des grèves sont devenus courants sur la scène politique nationale en Iran. Des professionnels de la santé, enseignants et ouvriers se sont mis en grève. Le mois dernier, les conducteurs de bus de Téhéran ont cessé le travail, paralysant ainsi la ville. La semaine des élections présidentielles, plus de 6000 femmes iraniennes sont descendues dans la rue pour protester contre les lois discriminatoires, particulièrement celle relative à l’interdiction des femmes de se porter candidates pour la présidence.

Des étudiants activistes ont eu souvent recours à des grèves, des sit-in et des manifestations et la réponse violente du régime ainsi que les attaques des paramilitaires ne sont pas parvenues à les faire taire. De sa cellule, un important dissident et déserteur des gardiens de la révolution, Akbar Gandji, galvanise le pays avec des grèves de la faim et déclare le régime illégitime.
 
Malheureusement, ces actions ne sont pas coordonnées et leurs organisateurs n’ont pas su anticiper et faire face aux inévitables contre-mesures répressives : passages à tabac, détention, torture et exécutions extrajudiciaires. Alors qu’il existe en Iran un mouvement populaire pour l’égalité des droits et les libertés civiques qui attend de se soulever, ses leaders ont manqué jusqu’à présent d’une vision stratégique claire et d’un leadership stable.

En outre, l’échec des réformistes parlementaires en Iran et la victoire d’Ahmadinejad qui a suivi ont plongé la société dans le désespoir. Mais le fait que le nouveau président ne tienne aucune de ces promesses destinées à contenter les foules va sûrement offrir une nouvelle occasion pour les Iraniens qui restent déterminés de résister à la répression et d’exiger une vraie réforme économique.

Cette détermination doit se retrouver aussi chez la communauté internationale dans ce qu’elle fait pour soutenir la liberté et la justice en Iran. Les gouvernements doivent insister encore plus pour que Téhéran cesse ses violations des droits humains et libère les prisonniers politiques. Les organisations non gouvernementales à travers le monde doivent accentuer leurs efforts pour aider la société iranienne, les groupes féministes, les syndicats et les journalistes. Et les médias du monde doivent enfin commencer à parler du mouvement continu de grèves, de manifestations et des autres actes d’opposition. Un régime tel que celui de Téhéran veut toujours prétendre qu’il est populaire et légitime, qu’il le soit ou non.

L’efficacité d’une telle assistance fait partie de notre héritage historique. Les Catholiques en Europe et aux États-Unis ont soutenu le syndicat Solidarité en Pologne et le mouvement du « pouvoir du peuple » aux Philippines. Les organisations afro-américaines ont offert un appui fondamental aux groupes sud-africains luttant contre l’apartheid. Les syndicats américains ont soutenu la campagne anti-Pinochet au Chili. Dans tous ces exemples, l’objectif était l’assistance, non l’interférence. On pourrait s’en servir de modèle pour l’Iran.

La force en faveur de la justice et de l’égalité dans la société iranienne est importante mais mal définie. Cependant, ce sont ces Iraniens, et non les membres assoiffés de pouvoir et d’argent de ce gouvernement répressif, qui façonneront en fin de compte le futur de l’Iran. Leurs perspectives d’avenir ne s’amélioreront ni en implorant la modération des dirigeants iraniens, ni en menaçant d’une intervention externe.

Comme un grand nombre d’autres peuples qui ont transformé leurs pays d’en bas (tels que la Pologne, l’Afrique du Sud, les Philippines, le Chili, l’Ukraine et le Liban), les Iraniens eux-mêmes peuvent rassembler leur volonté et appliquer les stratégies non-violentes pour dissoudre l’oppression.

(*Peter Ackerman est le président fondateur du Centre international des conflits non-violents et président du conseil de la Fletcher School of Law and Diplomacy de Tufts University. Ramin Ahmadi est le co-fondateur du Centre de documentation sur les droits humains en Iran et professeur associé à l’École de médecine de Yale.)

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