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La sécurité des Achrafiens est une préoccupation majeure de la Fondation France Libertés

CNRI – « Nous savons tous que le régime iranien est très inquiet des répercussions du printemps arabe. Il en va de même pour le gouvernement irakien de Nouri al Maliki, qui a lié son destin à celui de la théocratie au pouvoir en Iran. C’est pourquoi il insiste sur la clôture du camp d’Achraf d’ici la fin de cette année par tous les moyens », a déclaré Michel Joli, à Genève le 21 septembre.

Le Secrétaire général de la Fondation France Libertés–Danielle Mitterrand présidait une conférence au siège des Nations Unies sur la situation au camp d’Achraf et les obligations de l’ONU. Le panel était composé de hautes personnalités politique set de défenseurs des droits humains : Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du Parlement européen, Struan Stevenson, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak (qui a présenté un plan européen pour résoudre la crise d’Achraf), le Pr. Ruth Wedgwood, juriste, Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien, Nontombi Tutu, militante des droits humains et fille de l’archevêque Desmond Tutu et, Madeleine Rees, Secrétaire générale de la Ligue internationale des Femmes pour la Paix et la liberté, Christiane Perregaux, co-présidente de l’Assemblée constituante du Conseil de Genève, Gianfranco Fattorini, co-président du MRAP, Marc Falquet, député au Grand Conseil de Genève, et le pasteur Daniel Neeser. 

Voici les points forts de l’intervention de Michel Joli :

Le camp d’Achraf abrite, vous le savez, près de 3 400 membres de l’opposition principale iranienne, l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran. La sécurité et l’intégrité physique de ses résidents est une préoccupation majeure que la Fondation France Libertés – Danielle Mitterrand partage depuis de nombreuses années avec la Résistance iranienne. C’est en effet Mme Mitterrand qui la première s’est déplacée à Genève après le massacre d’Achraf de juillet 2009 pour rencontrer personnellement Mme Navi Pillay, la Haute commissaire, et lui faire part de ses inquiétudes profondes quant à la forte probabilité d’autres attaques sanglantes contre Achraf.

Nous savons tous que le régime iranien est très inquiet des répercussions du printemps arabe. Il en va de même pour le gouvernement irakien de Nouri al Maliki, qui a lié son destin à celui de la théocratie au pouvoir en Iran. C’est pourquoi il insiste sur la clôture du camp d’Achraf d’ici la fin de cette année par tous les moyens.

Le blocus médical qui a coûté la vie à 11 blessés et malades graves depuis le 8 avril, la torture psychologique qui continue au moyen de 300 haut-parleurs, l’interdiction de l’entrée du fioul, l’installation d’appareils à proximité du camp pour intercepter ou brouiller les communications sont autant de signes précurseurs alarmants.
La récente déclaration du HCR, qui reconnaît des droits et des protections, donc un statut aux résidents d’Achraf, est une avancée significative mais pas encore une garantie suffisante.

Ainsi, l’installation d’une équipe permanente d’observateurs de l’UNAMI à Achraf et l’ouverture d’une enquête impartiale et transparente par le bureau de la haute commissaire aux droits de l’homme, que nous avions déjà demandée il y a trois ans, sont devenues des mesures indispensables pour éviter une autre catastrophe humanitaire a Achraf.

Avant de passer la parole aux intervenants, je voudrais vous lire un texte préparé par Danielle Mitterrand à l’hôpital il y a quelques jours. Elle a intitulée ce texte : « Les murs d’Achraf ».

« Pendant l’occupation nazie en France, nous étions des milliers jeunes opprimés, séquestrés et silencieux, qui rêvions notre avenir dans une Europe sans frontières où chacun se reconnaîtrait selon sa culture et sa langue, en attachement et fidélité au territoire qui l’a vu naître.

Certes, nous n’étions pas enfermés dans un camp, mais nous devions comme nos frères et sœurs d’Achraf vivre au jour le jour avec la peur que chaque jour soit le dernier. Nous étions alors des terroristes. C’est à cette période que j’ai compris que les murs les plus contraignants et les plus violents ne sont pas les murs de béton, de pierre ou de fer des prisons, mais ce qu’une dictature vous force à porter en vous-même, ces murs d’humiliation, de renoncement et d’épuisement ; ces murs qui vous privent jusqu’à votre identité.

On a inventé pour Achraf toutes sortes de nouveaux murs immatériels. Tout d’abord le mur de l’oubli, puis celui du mensonge, puis celui du silence, puis celui du blocus alimentaire et sanitaire. Enfin, le mur de décibels et puis le mur de l’écoute et du brouillage électronique.

Le progrès technique a toujours enflammé l’imagination des bourreaux. De l’autre côté de ces murs invisibles, la mort rôde en permanence autour du camp et parfois elle y pénètre avec une violence incroyable. Celle d’une chasse à l’homme où tous les coups sont permis ; tuer et laisser mourir ; abandonner des blessés et prélever les otages innocents et impuissants.

Quand le calme revient, il ne reste plus aux survivants qu’à pleurer leurs morts et les mettre en terre.

C’est ainsi que l’on croit pouvoir venir à bout de la résistance d’un peuple. Mais à Achraf, l’espoir revient vite car malgré les murs, chacun sait que cet espoir est partagé par des milliers de frères et de sœurs réfugiées à travers le monde : vous en êtes ici, chère Myriam Radjavi, la représentante.

Alors l’énergie revient avec le désir de vivre et le rêve d’un monde juste assurant la paix et la protection de chacun, et n’est-ce pas le thème de notre réunion aujourd’hui ?

Dans un camp, il ne s’agit pas de survivre pour soi, mais pour les autres. Les mamans, les mères ont la pratique quotidienne de ce sacrifice. Nous connaissons tous l’exemple magnifique que nous donne la petite Chagayé* dans sa lettre à Mme Pillay.

Et voilà ce qui distingue le bourreau de la victime, le geôlier de son prisonnier : les uns préparent l’avenir tandis que les autres détruisent le présent. Préparer l’avenir, chers et tendres amis d’Achraf, c’est le prix de votre sacrifice mais ce n’est pas le seul : il faut compter aussi avec l’exemple que vous donnez à tous les opprimés, et le message d’espoir écrit avec votre sang que vous adressez à l’humanité.

Je vous remercie. »