lundi, janvier 30, 2023
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La MANUI a contribué à stigmatiser les Achrafiens – Taher Boumedra

CNRI – « Quand j’ai pris la fonction de chef du Bureau des droits de l’homme à Bagdad, on m’a dit soyez prudent, vous avez affaire à un groupe de terroristes à Achraf et j’ai vraiment cru que j’avais en face de moi un fichier de terroristes. Pendant ces trois ans et demi, je n’ai jamais reçu d’allégation des Achrafiens qui ne soit pas véridique et je n’ai jamais eu affaire à une allégation du gouvernement iraquien qui ne soit pas fausse », a déploré Taher Boumedra à Londres le 11 décembre.

 

Cet ancien responsable des droits de l’homme de la MANUI, responsable du dossier d’Achraf et conseiller du Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Irak, s’exprimait dans une conférence au parlement britannique sur les victimes des violations des droits humain en Iran, notamment les membres de l’opposition démocratique qui se trouvent au camp d’Achraf et dans la prison de Liberty.

Voici les moments forts de l’intervention de Taher Boumedra : 

Je vais vous dire la vérité, exactement la vérité, la façon dont je l’ai vécu en Irak et à Achraf et, comme je l’ai dit au Congrès [américain], je suis prêt à le dire devant un tribunal.

En fait, en termes de propagande, on m’a demandé contre quelques faveurs de remettre une lettre au gouvernement irakien certifiant qu’ils avaient donné des conseils et un traitement médical aux résidents ; un gouvernement demandant à l’Organisation des Nations Unies de certifier qu’il se comporte bien à Achraf, en échange de me laisser avoir accès à des détenus et d’autres questions de droits humain.

C’est un témoignage que je fais ; Achraf est bien effectivement privé, interdit d’accès aux hôpitaux, et pourtant notre personnel nous tape sur l’épaule et nous demande de délivrer cette lettre. C’est donc le genre d’environnement dans lequel nous traitions le dossier d’Achraf. Permettez-moi de dire dès le début que l’ONU, y compris mon bureau, le bureau de la MANUI, le Bureau des droits de l’homme, a été le bureau directement concernée par la situation à Achraf et nous étions là pour surveiller les droits de l’homme et la situation humanitaire. Nous avons bien créé et contribué à diffuser ou plutôt à maintenir la stigmatisation des Achrafiens. Cette stigmatisation a d’abord été créée dans certains rapports, bien sûr, avec deux gouvernements derrière, le gouvernement de l’Iran et le gouvernement de l’Irak.

Tout le monde connait ces rapports, un de Human Rights Watch, le second de RAND, le comité missionné par le Pentagone pour l’éclairer sur la situation à Achraf. En fait, ce sont ces deux rapports, ainsi que le rapport de l’ONU, qui ont opéré cette stigmatisation des Achrafiens, tous les concepts qui ont été collés aux Achrafiens comme le fait d’être une secte, des terroristes et ceci et cela.

Quand j’ai pris la fonction de chef du Bureau des droits de l’homme à Bagdad, je suis passé par cette direction. J’ai été briefé, on m’a dit soyez prudent, vous avez affaire à un groupe de terroristes et j’ai vraiment commencé mon travail avec ce genre de perception, que j’avais en face de moi un dossier de terroristes. J’ai continué à suivre ce dossier pendant trois ans et demi. Pendant ces trois ans et demi, je n’ai jamais reçu d’allégation des Achrafiens qui ne s’avère pas véridique et je n’ai jamais eu affaire à une allégation du gouvernement iraquien qui ne s’avère pas fausse, y compris quand je suis allé faire le décompte des morts après le massacre de 36 personnes.

Je suis allé à Achraf, j’ai fait le décompte des morts et je suis retourné à Bagdad. Avec l’ambassadeur américain Butler, nous sommes allés voir le chef d’état-major d’Al-Maliki, accompagné de son conseiller à la sécurité nationale, de son conseiller politique ainsi que du Bureau des droits de l’homme au cabinet du premier ministre. Je leur ai montré le dossier et je leur ai dit : il y a 36 corps, 36 personnes ont été tuées. Ils se sont regardés les uns les autres comme si je fabriquais une histoire. Je leur ai montré le film. Ils n’ont pas voulu le voir. J’ai demandé une enquête ; ils m’ont dit qu’ils allaient faire une enquête à leur manière. Quelle est leur manière d’enquêter ? Je me suis assis avec eux dans le bureau du premier ministre et ils m’ont montré des photos de grenades et d’armes légères, de pistolets et de kalachnikovs. Ils ont mis les photos sur la table, ils m’ont montré ces photos comme preuve qu’il y avait des armes dans le camp d’Achraf et que ces armes avaient été utilisées pour que les Achrafiens s’entretuent eux-mêmes.

Ces photos, je sais qu’elles n’ont pas été faites correctement, c’était juste une image qu’on peut trouver dans n’importe quelle source, mais peu importe. Ces photos ont été utilisées et distribuées aux ambassades à Bagdad, ainsi que certaines déclarations, des déclarations des forces de sécurité impliquées dans l’attaque et c’est ça l’enquête qui a été menée par le gouvernement irakien.

Et voilà l’enquête menée par le gouvernement irakien, et l’ONU a été très contente. Elle avait demandé une enquête, et il y avait une enquête, il y avait un rapport et ce fut la fin du problème. Les Nations Unies n’ont jamais redemandé un rapport, elles n’ont jamais essayé de faire quelque chose à ce sujet. Et je n’ai cessé de rappeler au Représentant spécial du Secrétaire général que nous devions être cohérents dans notre action, que nous devions être cohérents dans la rédaction de nos rapports. Lorsque nous demandons une enquête indépendante, on ne peut l’oublier, elle doit avoir lieu, mais elle n’a jamais eu lieu.

Un autre témoignage que je dois faire, c’est que les 36 morts ont été conservés 41 jours dans une morgue de fortune avant d’être enterrés et dans les températures que vous savez en Irak. J’ai donc demandé tous les jours aux Irakiens de donner la permission de les enterrer et là encore, on m’a demandé de remettre une lettre aux forces de sécurité irakiennes disant que ce sont les Achrafiens qui refusent de les enterrer. Au bout de 41 jours, les corps ont commencé à se décomposer et je n’arrêtais pas de leur dire que ce n’était pas [conforme aux] enseignements de l’islam. Dans l’Islam, un corps doit être enterré rapidement, dès que possible. Pourtant ils ont été maintenus 41 jours. Puis quand il s’est agi de les enterrer, on m’a demandé de remettre une lettre disant que c’était les Achrafiens qui refusaient de les enterrer.

Et c’est à nouveau le genre de point que le rapport des Nations Unies n’a jamais mentionné, et même si je l’avais mentionné, il n’aurait jamais dépassé le bureau du Représentant spécial du Secrétaire général, le RSSG.

Soyons franc. C’est Kobler et ses prédécesseurs aussi, qui ont contribué à opérer cette perception et aussi la stigmatisation. Bien sûr, depuis l’arrivée du RSSG Kobler, il est devenu indéniable, si flagrant que les Nations Unies étaient là pour fermer le camp d’Achraf et c’est ce qui a été clairement fait par le protocole d’entente. Mais avant l’arrivée du RSSG Kobler, son prédécesseur disait clairement, et je me souviens exactement le 17 mai 2010 dans un rassemblement de tous les ambassadeurs à Bagdad, il leur avait dit que le programme des Nations Unies est si grand en Irak, et nous ne voulons pas qu’un aussi petit sujet sape toutes les affaires de l’ONU en Irak. C’est enregistré, et c’est dans un document.

Ainsi, la question de savoir pourquoi tout le monde est contre, c’est parce qu’Al-Maliki a vraiment mis comme condition pour tout diplomate pour avoir accès à lui ou à l’ensemble de l’administration, avoir accès à quoi que ce soit en Irak, de s’aligner sur la politique du gouvernement concernant Achraf. Donc, quand un RSSG se tient devant tous les diplomates et leur raconte qu’un petit problème comme Achraf n’a pas de raison d’être, qu’on ne va pas lui permettre de porter atteinte à tout le programme de l’ONU, vous peut voir quelle injustice sera faite et comment elle sera commise.

Je ne sais pas si le temps va me permettre de dire quelques mots sur la manière de faire des rapports, et qui a également contribué à la stigmatisation des Achrafiens. Nous allions chaque semaine voir les Achrafiens. Nous trouvions un groupe d’Iraniens devant la porte, à l’extérieur d’Achraf – nous les considérions comme des familles iraniennes en visite. Et ces familles venues en visite étaient dirigées par une dame appelée Soraya. En fait, la plupart des gens l’appelaient «capitaine» Soraya parce qu’elle exerçait une sorte de puissante domination sur les militaires irakiens. Alors, elle donnait clairement des ordres à l’armée irakienne et l’armée irakienne les exécutait.

Nous continuions la visite hebdomadaire du camp d’Achraf, nous trouvions ce groupe sous la direction de Soraya Abdullah et elle me demandait de m’adresser aux visiteurs. Je lui ai dit à plusieurs reprises que j’étais mandaté pour surveiller la situation à Achraf. L’extérieur d’Achraf est hors de mon mandat, c’est pourquoi je n’allais pas répondre à des personnes extérieures à Achraf. Mais mon mandat était d’aller au camp, de vérifier toutes les allégations venant de tous les côtés, que les allégations viennent des Achrafiens ou du gouvernement. Quand il y avait une allégation, nous allions vérifier sur le terrain.

La question du carburant : le gouvernement irakien a toujours dit qu’il leur livrait suffisamment de carburant. Les Achrafiens disaient qu’ils ne recevaient pas de carburant. J’avais donc besoin d’aller voir et inspecter les réservoirs. Comme je l’ai dit dès le début, les Achrafiens avaient toujours raison dans leurs allégations, qui ne sont pas des allégations, mais la réalité.

Donc, c’est là où nous revenons au rapport. Nous sommes des employés des Nations Unies et la plupart d’entre nous essayions de garder notre emploi. Ils ne sont pas là pour défendre les droits de l’homme, ils sont là pour défendre leur emploi. Aussi, avant de faire quoi que ce soit, je dois m’assurer que mon rapport rendra le RSSG satisfait. Et je sais que tout ce que j’écrirai dans ce rapport, sera réécrit par ce que nous appelons la réception du RSSG. C’est qu’il a sa propre équipe qui n’est jamais sortie de ce bureau, qui ne connait pas la situation sur le terrain, qui n’a jamais rencontré d’Achrafiens, et pourtant ce sont leurs mots qui vont être préférés aux miens sur ces rapports rédigé sur le terrain. Donc, tous les rapports que j’ai écris n’arriveront jamais à New York, jamais à Washington.

Et ce que je dis s’applique à mes homologues au sein de l’ambassade américaine, car nous avons visité le camp ensemble, nous avons rapporté objectivement ce que nous avons vu et ce que nous avons entendu. Cependant New York et Washington n’ont jamais reçu de rapports reflétant la réalité sur le terrain, tout simplement parce qu’au niveau de l’ONU, le bureau du RSSG va remodeler le tout et le mettre comme il faut parce que nous sommes là pour rendre compte afin que tout le monde soit heureux.

Quand Al-Maliki est heureux, le Secrétaire général de l’ONU est heureux. Telle est la réalité et Kobler a été félicité lors du Sommet de la Ligue arabe à Bagdad et il nous a dit qu’il est mon meilleur RSSG parce qu’il rend Al-Maliki heureux ! Donc, maintenant l’ONU est devenue un instrument entre les mains du gouvernement irakien pour s’acquitter de sa politique de la façon dont il la voit et de la manière dont il la conçoit. Nous sommes là comme un instrument, et un instrument qui n’est pas caché.

La résolution 1770 du Conseil de sécurité en 2007 dit clairement que la MANUI est là pour aider le gouvernement de l’Irak à sa demande. Donc, c’est seulement quand Al-Maliki dit avoir besoin d’aide sur une question, alors un peu d’aide, et c’est pourquoi à Achraf, nous avons fait exactement ce qu’Al-Maliki a besoin. Et si Al-Maliki n’est pas satisfait, le RSSG partira, et c’est ce qui est arrivé à Merlkert, Ad Merlkert son contrat n’a pas été renouvelé parce qu’il avait ses idées lors des élections et les Al-Maliki voulait un recompte des voix. Il n’a pas apprécié qu’Iyad Allawi détienne plus de sièges que lui. Iyad Allaoui en avait 91 et il en avait 89, donc il a voulu les faire recompter. Le RSSG Melkert a dit non, la Commission électorale a déclaré que c’était juste et équitable, et nous n’allons pas recompter. Ce fut la fin du RSSG et Al-Maliki a dit à Ban Ki-moon qu’il ne voulait plus le revoir à la mission et ce fut la fin. Donc, maintenant, bien sûr, Kobler, avec ses ambitions, fera exactement ce que veut Al-Maliki. S’il agit autrement, il a l’expérience de son prédécesseur pour le guider.

Donc, juste probablement pour conclure, je dirais que nous avons contribué à perpétuer la stigmatisation des Achrafiens. Une autre chose c’est une des questions fondamentales que la MANUI a violée : il s’agit de la présomption d’innocence.

Mon bureau est le bureau qui est là pour défendre les droits humains fondamentaux de tous, et tout le monde est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit condamné par un tribunal et soit passé par toutes les procédures nécessaires que l’on appelle le respect de la légalité. Dans le cas d’Achraf, nous avons inversé ce principe fondamental. Je peux vous dire que tout rapport, tout employé de l’ONU en Irak, présume que les Achrafiens sont des terroristes et qu’ils doivent prouver leur innocence. Donc, si c’est le fait d’un gouvernement, nous pourrait dire que c’est sans doute la pratique de ce gouvernement. Mais pour les Nations Unies, inverser la règle et faire de la présomption de culpabilité une règle fondamentale, c’est inacceptable et nous l’avons signalé partout en disant que cela devait cesser. La présomption de culpabilité doit cesser. Et après tout, quand les Achrafiens ont été radiées de la liste [noire], que ce soit en Europe ou en Amérique, ils ont été radiés par la justice. Ce n’était pas une décision politique, elle était de nature judiciaire, ce qui signifie que la présomption de culpabilité a été supprimée par un tribunal et c’est là que les Achrafiens ont été victorieux, car à chaque fois que la question a été portée devant un tribunal, ils ont gagné.

 

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