dimanche, février 5, 2023
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La France a beaucoup à se reprocher sur ce qui s’est passé.

François Colcombet, ancien député

Ce régime est un régime qui n’est pas démocratique, il se dote d’un outil de destruction massive. Ce régime est un régime qui n’a pas accepté les contrôles francs qu’on pourrait espérer. Ce régime peut être soupçonné d’être à l’origine d’une grande partie du terrorisme international qui préoccupe tout le monde. Chacune de ces raisons justifierait une saisie de l’ONU.
François Colcombet, ancien député

Séminaire de l’AVET du 12 juillet à Paris
Les conséquences des élections en Iran
François Colcombet, ancien député

Je suis fier et un peu confus d’avoir à conclure, mais ce ne sera pas une véritable conclusion.

J’aimerais dire qu’en ce moment de l’année et de l’histoire où les Français ont déjà la tête en vacances et qu’ils ont complètement oublié un certain nombre de soucis graves, je crois qu’il est de notre devoir, là où nous sommes, d’être attentifs à ce qui se passe dans le monde.

Il est vrai que l’élection du nouveau président en Iran est un événement de première grandeur qui mérite qu’on obtienne des explications. Mais quand on le rapproche des événements de Londres, évidemment cela fait une raison de plus d’être encore plus attentif. Il y a d’autre chose encore ; les nouvelles qu’on peut avoir d’Irak montrent que la situation est loin de s’améliorer, qu’elle dégénère.  Dans le journal d’aujourd’hui on apprenait que les talibans d’Afghanistan repartaient soutenus par le régime de l’Iran. Ce qui fait que l’ensemble du paysage est plus qu’inquiétant et je dois dire que tous ceux qui veulent être un peu attentifs à l’avenir du monde ne peuvent pas en détourner la tête.

Nous Français, nous nous sommes beaucoup trompés sur l’Iran. Je me souviens d’avoir connu Michel Foucault qui disait qu’il s’était trompé sur Khomeiny. Il avait fait plusieurs fois le voyage et avait soutenu le régime de Khomeiny. Mais il disait : parmi mes erreurs il y a celle-ci. Nous nous sommes emballés pour un régime et en réalité nous avons soutenu des gens qui piétinaient les droits de l’homme. C’est ce qu’il avait dit. 

Hélas, sa leçon n’a pas été retenue puisque les gouvernements français successifs ont, avec les excellentes mauvaises raisons qu’on connaît, soutenu le régime des mollahs. Que de voyages parlementaires se sont faits avec beaucoup de courbettes là-bas sans changer les choses ! Je me souviens de m’avoir fait tirer les oreilles parce que je disais que les Moudjahidine étaient peut être des gens qu’on devrait écouter. Le quai d’Orsay me disait alors : mais enfin, il faut soutenir la voix réformiste qui est en place là-bas. La réception par le président de la République, en accord avec son opposition de l’époque, de Khatami est également une chose que nous devrions considérer comme une faute dans notre pays. Je pense que la France a beaucoup à se reprocher sur ce qui s’est passé.

Ce que nous avons entendu aujourd’hui est particulièrement intéressant et moi j’étais de ceux qui souhaitaient entendre tout ce qui a été dit. D’abord sur les élections, M. Radjavi nous a dit des choses claires et c’est vrai qu’en l’écoutant, malgré les efforts de propagande qui ont été faits par le régime, on se souvient que pratiquement tous les pays totalitaires ont obtenu des résultats aux élections encore supérieurs à ceux de ce président de la République. Ce qui prouve que dans des contextes comme celui-ci, les résultats doivent être pris avec beaucoup de précaution. Je pense que l’avenir permettra de juger exactement s’il y a eu des fraudes, si elles sont importantes.

La personnalité du nouveau président que personne ne connaissait vraiment auparavant, nous n’avons pas fini de l’explorer avec des frissons dans le dos. Là aussi, vous nous avez dit des choses qui était utiles et qui probablement auront besoin d’être complétées. J’aimerai au passage signaler la position du gouvernement autrichien qui y est allé franchement, parce qu’il y a une plainte déposée contre lui.

Et puis une deuxième partie de vos travaux grâce à M. Assar, M. Safavi, M. Gallas concerne l’énergie atomique. Evidemment, elle est au coeur de nos préoccupations. Je ne sais plus lequel d’entre vous me disait que remettre l’arme la plus dangereuse au régime le plus dangereux, c’était évidemment cumuler les inconvénients. Sur ce sujet, nous Français, nous avons beaucoup de choses à voir aussi ; j’en dirai un mot tout à l’heure.

Enfin vous avez insisté sur les liaisons avec le terrorisme islamique, avec la montée de l’intégrisme, cela aussi méritait d’être dit, et c’est peut être la première fois d’ailleurs dans les réunions de travail que vous organisez, que les choses apparaissent aussi bien, aussi fortement.

Alors que faire maintenant? Je suis évidemment par nature optimiste, mais par raison un peu pessimiste quand je vois le comportement de mon pays, vous évoquiez ce que disait notre ambassadeur. Cependant il y a parmi les officiels français, des gens qui sont en train de changer d’avis, mais ils ont été lents à le faire et ça n’est pas encore complètement obtenu. D’autant qu’en France, nous n’avons pas beaucoup de leçons à donner, hélas, sur le mode de fonctionnement d’un autre pays. Nous avons l’arme atomique et nous avons donné la possibilité d’appuyer sur le bouton de l’arme atomique à un tiers dans des conditions qui ne sont pas spécialement démocratiques.

Tout à l’heure, j’entendais avec plaisir des représentants de l’UMP dire que notre constitution n’offrait pas toutes les garanties. Je suis heureux d’avoir entendu mon collègue qdire qu’il allait poser une question au gouvernement. Vous savez qu’en France, tout ce qui concerne les relations internationales est du domaine réservé du président de la République, non seulement dans les textes mais encore plus dans la pratique. Jacques Chirac a repris les essais atomiques sans consulter personne à une certaine époque. Sur ce sujet, je crois que la France doit probablement faire un grand examen de conscience.

J’espère bien entendu beaucoup d’éventuels changements en France et j’attends beaucoup de nos partenaires européens. Votre collègue m’indiquait qu’en Autriche, un groupe de parlementaires amis de l’Iran s’était mis en place. Je pense qu’il est appelé à jouer un rôle très important. Je suis de ceux qui regrettent que la constitution européenne n’ait pas été votée, je le dis bien clairement ici. La constitution européenne aurait permis qu’il y ait un ministre des affaires étrangères commun à l’Europe. A défaut de cela, nous aurons peut-être une politique commune à l’Europe qui peut-être l’équivalant d’un ministre des affaires étrangères européen. Mais là aussi, nous n’avons pas tous les moyens que nous aurions pu avoir dans une situation aussi préoccupante. Alors il nous reste bien entendu l’ONU qu’il faudra saisir. Les prétextes et les occasions en sont très nombreux. Elles ont été évoquées de façon très claire par plusieurs intervenants. Ce régime est un régime qui n’est pas démocratique, il se dote d’un outil de destruction massive. Ce régime est un régime qui n’a pas accepté les contrôles francs qu’on pourrait espérer. Ce régime peut être soupçonné d’être à l’origine d’une grande partie du terrorisme international qui préoccupe tout le monde. Chacune de ces raisons justifierait une saisie de l’ONU.

Je suis persuadé qu’avec vous tous qui êtes ici, nous ferons tout pour que la situation soit inversée. Et je terminerai en remerciant encore une fois ceux qui font de la résistance à l’extérieur. Les Français ont fait un peu de résistance à un moment de leur histoire. Ceux qui étaient à l’étranger ont su combien c’était dur et nous imaginons facilement quelle doit être la réalité quotidienne de ceux qui le font contre un régime pareil. Donc je leur envoie un sentiment de sympathie et mon soutien.