jeudi, décembre 1, 2022
AccueilActualitésActualités: AchrafLa crise d'Achraf est au centre d'une crise plus grande : la...

La crise d’Achraf est au centre d’une crise plus grande : la crise iranienne – Maryam Radjavi

CNRI – « Quelle est la raison de la survie des mollahs ? La première raison c’est la répression qui n’est comparable à aucune autre dictature contemporaine. La deuxième raison, c’est l’aide des gouvernements occidentaux. S’ils n’avaient pas aidé les mollahs, ce régime n’aurait pas pu survivre. Le mot complaisance ne décrit pas assez cette politique », a déclaré Maryam Radjavi le 22 septembre à Genève.

Elle s’exprimait dans une conférence internationale organisée à Genève le 22 septembre par le Comité suisse pour la défense d’Achraf, d’éminents dignitaires et personnalités d’Europe et des Etats-Unis ont exprimé leur inquiétude pour les habitants d’Achraf.

Ont pris la parole à cette conférence  Rudi Giuliani, ancien maire de New York et candidat à la présidentielle de 2008, Edward Rendell, ancien gouverneur de Pennsylvanie (2002 – 2011) et ancien président du parti démocrate (2000), Michael Mukasey, ancien ministre de la justice des Etats-Unis  (2007 – 2009), John Bruton, ancien premier ministre irlandais  (1997 – 2004) et chef de la commission de l’Union européenne aux USA (2004 – 2005), le général américain James Conway, commandant du corps des Marines (2006 – 2010), Louis Freeh directeur du FBI (1993 – 2001), Gunter Verheugen, commissaire européen (1999- 2009) et ancien vice-ministre allemand des Affaires étrangères, Mitchell Reiss, chef de la stratégie du développement au Département d’Etat américain (2003 – 2005), et plusieurs parlementaires de pays d’Europe comme Jean-Charles Rielle, Eric Voruz, Eric Barthassat (Suisse), Giorgio Bornacin (Italie), Matthew Offord (Grande-Bretagne) et Rémy Pagani, membre du Conseil administratif de Genève. C’est Me Nils de Dardel, co-président du Comité suisse pour la défense d’Achraf, qui a ouvert la conférence et Eric Sottas, ancien secrétaire général de l’OMCT qui en était le modérateur.

Voici l’intervention de Mme Radjavi :

Nous sommes aujourd’hui réunis à Genève, ville des droits de l’homme, des organisations, des conventions et des droits internationaux, et la ville où militait le Pr Kazem Radjavi, grand martyr des droits humains qui a sacrifié sa vie pour les droits de l’homme en Iran. Nous somme réunis pour parler d’un problème des droits de l’homme des plus sérieux et d’une des plus grandes violations des droits internationaux et des conventions de Genève. Pour parler de cette grande prison qu’est l’Iran où 80 millions de personnes sont réprimées tous les jours par les mollahs et pour parler d’Achraf où depuis presque trois ans les habitants sont en résidence surveillée et où chaque jour leurs droits sont piétinés. Cela demande une réaction rapide, des instances internationales et des gouvernements.

Heureusement, ici je vois nos chers amis suisses, et des personnalités éminentes venue des Etats-Unis, d’Allemagne, d’Italie, d’Angleterre, d’Irlande, du Portugal et d’autres pays qui sont à l’avant-garde de la lutte contre cette injustice. Je vous rends hommage à tous.

Manifestation à Genève et à New York

Des participants du sit-in devant les Nations Unies à Genève sont aussi parmi nous. Cela fait 150 jours qu’ils sont devant les bureaux de l’ONU pour soutenir Achraf. Actuellement des milliers d’Iraniens manifestent contre la présence d’Ahmadinejad à l’ONU.  Ils crient qu’un assassin n’est pas le représentant du peuple iranien à l’ONU. Je voudrais leur dire à eux et à vous ici, que vous êtes une fierté non seulement pour le peuple iranien mais aussi pour le monde entier. Car vous êtes la bannière des droits de l’homme du peuple iranien. Hier dans une réunion à l’ONU, J’ai insisté sur votre demande de protection d’Achraf.

Le HCR a reconnu les résidents d’Achraf selon le droit international comme demandeurs d’asile qui bénéficient des protections essentielles. Il s’agit d’un pas positif mais insuffisant et le Haut commissariat doit continuer dans ce domaine. Maintenant pour faire obstacle à un autre massacre, le Secrétaire général de l’ONU doit annoncer qu’Achraf est une zone non-militaire sous la surveillance des Nations Unies. Il doit aussi ordonner l’installation à Achraf d’observateurs de l’ONU. En même temps, le Haut commissariat aux droits de l’homme doit ouvrir dans les meilleurs délais une enquête indépendante, transparente et complète sur la tragédie du 8 avril. Ce sont des mesures cruciales, car le gouvernement irakien insiste chaque jour sur son ultimatum pour fermer Achraf à la fin 2011. Ces engagements ne sont pas seulement en faveur du peuple iranien, Il donne aussi une crédibilité à l’ONU aux yeux des peuples du Moyen-Orient.

La quadruple crise du régime iranien

La crise d’Achraf est au centre d’une crise plus grande, la crise iranienne. D’une part, elle reflète la persévérance du peuple iranien pour la liberté, et de l’autre, elle montre la situation du régime iranien. Le régime des mollahs est plongé dans une quadruple crise :
1- La société iranienne est profondément mécontente. Comme on l’a constaté, il y a trois semaines, même avec une vaste répression, des manifestations ont éclaté à Oroumieh et à Tabriz dans le nord-ouest de l’Iran.
2- Les révolutions dans la région ont augmenté le danger d’une révolte en Iran. En plus, elles ont provoqué une division dans le front régional des mollahs.
3- La faillite économique du régime a provoqué un taux d’inflation de 20%. Le chômage est à 17%, la croissance économique est à zéro et les usines du pays ne tournent qu’à 30% de leurs capacités.
4- Il y a la crise interne au sommet du pouvoir, notamment la confrontation entre Khamenei et Ahmadinejad, que les mollahs estiment comme la pire division depuis le début du régime. Il y a deux semaines, dans une rencontre avec les membres du conseil des experts, Khamenei a déclaré : « En 8 mois environ (…) quatre dictateurs » ont été renversés », avant d’ajouter « cela nous fait trembler ».

Maintenant, la question majeure est de savoir pourquoi avec ces crises, les mollahs n’ont pas été renversés ? Pourquoi avec le printemps arabe, les révoltes n’ont pas éclaté en Iran ? Les manifestations de 2009 et 2011 annulent l’hypothèse d’un soutien populaire aux mollahs. Le peuple iranien, surtout les jeunes, déteste profondément ce régime. Le peuple iranien a fait d’énormes sacrifices dans son combat avec la dictature. 120.000 exécutions sont les preuves de ce sacrifice, et le résultat c’est un mouvement organisé doté d’un programme démocratique.

Quelle est la raison de la survie des mollahs ?

Malgré tout, quelle est la raison de la survie des mollahs ? La première raison c’est la répression qui n’est comparable à aucune autre dictature contemporaine. Ce régime a recours à 70 organes répressifs. En fait, la totalité du système est une machine de répression. Les plus hautes autorités du régime, comme son président, Ahmadinejad, ont pratiqué la torture dans les prisons. L’économie, la radiotélévision, les médias, les mosquées et le système juridique font tous partie de ce système répressif. Les lycées sont contrôlés par des caméras de surveillance. Les universités ressemblent à des casernes. Le fascisme religieux contrôle même la vie privée du peuple iranien.

La deuxième raison, c’est l’aide des gouvernements occidentaux. S’ils n’avaient pas aidé les mollahs, ce régime n’aurait pas pu survivre. Le mot complaisance ne décrit pas assez cette politique. D’une part les gouvernements occidentaux bloquent le chemin de la Résistance avec la liste du terrorisme et de l’autre ils donnent le feu vert au régime et à ses alliés en Irak contre les résidents d’Achraf. En même temps, ils gardent le silence devant la vague de la répression et d’exécutions en Iran. Par conséquent les gouvernements occidentaux participent dans la pratique à la répression du peuple iranien. Face à cette oppression du fascisme religieux, le peuple iranien a besoin d’un mouvement organisé pour gagner sa liberté. La politique occidentale accompagne le régime dans la répression de ce mouvement.
Avec l’étiquette de terrorisme, ils ont prolongé la vie des mollahs.

Vous n’avez pas oublié le soulèvement de 2009 en Iran. Certains disent qu’à l’époque les Etats-Unis étaient neutres. Malheureusement ce n’est pas le cas. Juste au moment du soulèvement, les Etats-Unis ont transféré la protection d’Achraf en Irak, à un gouvernement fidèle à Khamenei. C’était le plus grand cadeau fait aux mollahs. Sans ce transfert, Khamenei n’aurait pas pu attaquer Achraf en 2009 et par conséquent la situation des révoltes en Iran aurait été différente. Certains se demandent : mais pourquoi cette politique erronée ? C’est aux Etats-Unis de répondre pourquoi ils continuent leur politique erronée avec des dégâts immenses pour le peuple iranien, comme dans le passé : avec le coup d’Etat contre le docteur Mossadegh en 1953, leur soutien solide au chah, ou le scandale de l’Irangate dans les années 1980. En 1997, ils ont inscrit l’OMPI sur leur liste noire, car ils voulaient renforcer les soi-disant modérés au sein du fascisme religieux. Récemment les Etats-Unis ont encore tourné le dos à leurs responsabilités vis-à-vis des résidents d’Achraf afin de plaire au régime des mollahs et à ses alliés en Irak.

Certains se demandent pourquoi d’une part les gouvernements occidentaux ont sanctionné les mollahs, mais d’autre part ont fait pression sur la Résistance. Pourquoi cette contradiction ? En fait, tant que les gouvernements occidentaux enchaineront la Résistance, les sanctions ne seront pas sérieuses. L’OMPI est la force du changement. Quand la force du changement est enchainée, aucune mesure contre le régime n’est efficace. En 2010, huit pays européens se trouvaient dans la liste des 15 premiers exportateurs en Iran. Ils ont vendu un total de 12.000 produits à l’Iran. Tous ces produits sont quasiment industriels. Les mollahs équipent leur industrie militaire et nucléaire avec ces produits. En plus, la plupart sont achetés par des entreprises liées aux Pasdaran.

La résistance a démontré sa légitimité
 
Malgré toutes ces pressions, la Résistance iranienne a persévéré et a démontré sa légitimité et sa base populaire. Heureusement, contrairement à leurs gouvernements, des parlementaires des pays occidentaux et des personnalités honorables américaines et européennes ont participé à une vaste campagne de soutien à la liberté du peuple iranien et pour la défense d’Achraf. Ce sont des symboles de la dignité de notre époque. C’est grâce à eux que nous avons appris à connaître l’Europe et les Etats-Unis. Car ils représentent la fidélité à la démocratie et aux valeurs humaines authentiques de l’Occident.

La dictature en Iran arrive à sa fin et il est certain que tous ceux qui l’aident subiront un échec. La radiation de l’OMPI de la liste noire américaine et la garantie de la protection des Achrafiens jusqu’au règlement final de leur situation, sont actuellement le critère le plus objectif pour évaluer la position des Etats-Unis. J’appelle aussi le gouvernement Suisse, en tant que garant des conventions de Genève, à prendre des mesures urgentes afin d’assurer la protection d’Achraf.
 
Mais malgré toutes ces pressions, il ne fait aucun doute que la dictature des mollahs sera renversée par la volonté du peuple iranien et de sa Résistance organisée.

Je vois qu’un jour Téhéran ne sera plus la capitale de la répression et de l’exportation du terrorisme. Ce sera la ville des droits de l’homme, une source d’inspiration pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Une ville sans exécutions ni torture, une ville exemplaire pour l’ONU et les organisations internationales et la cité de la liberté et de la démocratie.

Je crois de tout mon cœur dans la venue de ce jour.

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe