jeudi, février 9, 2023
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« Tenez votre promesse Président Obama ! »– le fils d’une victime du massacre d’Achraf

CNRI – Le 14 septembre se tenais à Washington un hommage rendu aux 52 victimes du massacre d’Achraf perpétré par les forces irakiennes, à la demande du régime iranien. La communauté irano-américaine et de hautes autorités américaines étaient présentes. Le fils d’un Achrafien abattu d’une balle dans la tête, a pris la parole pour rendre un hommage bouleversant à son père et interpeller vivement les autorités américaines sur la trahison de leurs propres promesses :

Quand j’étais petit, l’idée d’être à l’intérieur d’un char m’excitait tellement que je harcelais mon père tous les jours pour qu’il m’emmène en voir un. Et chaque jour, il disait «non». J’avais 3 ou 4 ans, peu avant que je ne quitte le camp d’Achraf pour les Etats-Unis, quand un jour il a décidé de m’emmener en promenade. Il me racontait des blagues pour rester chaleureux parce que, comme je le sais maintenant, ces quelques jours ont été les derniers que nous avons passés ensemble. Ainsi, je me souviens d’un chemin de terre battue, un chemin qui descendait vers ce qui ressemblait à un dépôt de ferraille.

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Mais quand on s’est approchés, ce que nous avons découvert a plongé le petit garçon de son père dans une joyeuse excitation. Il ne m’avait pas emmené dans un dépôt de ferraille. Il m’avait emmené dans un dépôt de chars ! Et puis, il m’avait aidé à les regarder à l’intérieur. Pendant qu’il le faisait, il m’a dit, il m’a rappelé que « nous n’avons pas le droit d’être ici », et que nous n’avions pas beaucoup de temps. Je n’ai jamais vraiment pensé à ce « nous n’avons pas beaucoup de temps », jusqu’à il y a deux semaines.

Le 1er septembre 2013, les forces irakiennes et les gardiens de la révolution iraniens de la Force Qods ont massacré des habitants du camp d’Achraf, tuant 52 civils non armés, innocents et protégés par la loi, y compris mon père, Ali Asghar Emadi.

Je m’appelle Amir Massoud Emadi. Je suis ici, devant vous, pas seulement pour vous parler à vous, mais pour m’adresser à différentes personnes, et j’ai pour chacune un message sur le massacre du camp d’Achraf.

Tout d’abord, je voudrais m’adresser à ma mère, mes tantes, mes oncles et cousins qui sont au camp Liberty, ensuite au gouvernement américain, puis à mes compatriotes, hommes et femmes, en Iran et enfin, je m’adresserai à mes amis américains.

Avant de commencer, je tiens à exprimer mes plus sincères condoléances à Mme Maryam Radjavi et à la direction de la Résistance iranienne. Vous savez, dans ces moments-là, au sein de l’OMPI, vous ne présentez pas nécessairement vos condoléances, vous dites plutôt « félicitations » parce que c’est une victoire contre le régime iranien. Mais je sais à quel point vous devez être tristes et mon cœur est avec vous.

A ma famille au camp Liberty, et en particulier à ma mère, Fatemeh Nabavi : Maman, depuis qu’on s’est parlé il y a quelques mois, j’ai obtenu mon diplôme. J’ai un MBA en gestion générale. C’est paradoxale, parce que dans des moments pareil, il m’est difficile de me gérer moi-même, mais j’ai tout abandonné dans ma vie et j’ai consacré chaque minute de mon temps à défendre la dignité et les idéaux de mon père.

Mon père n’est pas mort en vain. C’est parce qu’une promesse a été trahie, qu’il a été assassiné. Ma responsabilité est d’assurer votre protection et de tous ceux qui vous entourent et je ferai de tout mon possible.

Votre persévérance et votre engagement nous enjoignent au respect, et c’est pourquoi les mollahs ont si peur de vous.  Nous sommes fiers de votre leadership pour un changement de régime en Iran. Et nous nous inclinons devant votre sacrifice.

Au Gouvernement des États-Unis, le gouvernement de ma deuxième patrie : mon père vous a fait confiance, il s’est désarmé pour vous. Vous l’avez rendu vulnérable.

Quand il m’a envoyé en Amérique quelques jours seulement avant la première guerre du Golfe, celle de 1991, il l’a fait pour me mettre en sécurité. Et quand il m’a quitté le 1er septembre, son bon droit était son courage et sa conviction dans la cause de la liberté, qui coïncide avec vos valeurs. Mais quand VOUS l’avez quitté, vous ne l’avez pas mis en sécurité. Vous ne l’avez pas laissé parce que c’était honorable. Vous saviez que Maliki était sous la coupe du régime iranien, chez qui il s’était enfui pour trouver refuge. Et vous saviez que Maliki lâcherait ses loups sur mon père et ses amis. Ce n’est pas l’Amérique de mes lectures avec laquelle j’ai grandi.

Aux Iraniens, y compris ma famille, qui ont manifesté dans les rues et ont été emprisonnés pour avoir appartenu au même mouvement pour lequel mon père est mort, l’OMPI : nous nous battons pour notre avenir. Je n’ai aucun doute qu’ensemble, nous pouvons apporter ces changements positifs que nous cherchons.

Enfin, à mes amis américains, en particulier à ceux qui sont ici à ce panel : du plus profond de mon cœur, je vous suis sincèrement reconnaissant pour tout votre soutien. Et j’admire les fonctionnaires exemplaires comme le Secrétaire Ridge, le directeur James Woolsey, les ambassadeurs Reiss et Joseph, M. Sano, la professeur Hughes et les militaires américains comme le colonel Martin, le colonel Cantwell et bien d’autres.

Ce qui est arrivé à Achraf était prévisible et en fait, nous en avions été avertis. Ce qui est arrivé peut encore se reproduire, mais avec votre aide nous pouvons l’empêcher.

Pour conclure, je suis ici devant vous, honoré par votre appui et celui de nos honorables conférenciers.

Je répète que les États-Unis sont légalement et moralement responsables de la sécurité des habitants du camp Liberty. Ils peuvent prévoir les attaques et ne peuvent absolument pas justifier les actions de Maliki, surtout après ses récents mensonges sur la détention des sept otages. Nous ne voulons plus voir de morts. La mort de plus de 100 Achrafiens, depuis que les tueries ont commencé en 2009, suffisent. La mort de mon père était suffisante !

Quand je suis arrivé aux États-Unis, mon père était mon seul sujet de conversation. « Mon père est le garde du corps du Président ! » Dieu sait d’où m’est venue cette idée ? Mais, cela n’avait pas d’importance parce que mon père était mon Hercule, et que j’allais grandir pour lui ressembler. Maintenant, je prie juste pour être fidèle un jour à ses idéaux, sa morale et ses convictions. Je prie pour qu’il regarde en bas, du haut du ciel, en disant : « C’est mon fils ! ». Je souhaite, un jour, être aussi courageux que lui et, si nécessaire, donner ma vie pour que des millions d’autres personnes puissent vivre libres et ce sera le résultat du chemin que je veux mener.

J’ai un autre message, celui-là pour Obama. Monsieur le Président, en tant que citoyen américain qui a perdu son père, j’ai une question à vous poser. Quand les engagements écrits des Etats Unis vont-ils signifier quelque chose ? Si vous voulez arrêter les massacres de Maliki contre les habitants sans armes du camp Liberty, vous savez ce qu’il faut faire : tenez votre putain de promesse ! Tenez votre promesse !