jeudi, février 2, 2023
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« Le massacre à Achraf est un crime du premier ministre d’un État » – Bernard Kouchner

CNRI – « C’est un crime du premier ministre d’un État. Parce que sans lui [Nouri Maliki], il n’y aurait pas eu d’ordre. Et c’est lui qu’il faut accuser. Et si les Américains ont un peu d’honneur, ils vont exiger que les sept otages, six femmes comme par hasard et un homme, soient libérés, mais surtout pas donnés à l’Iran », a martelé Bernard Kouchner le 19 septembre à Genève, dans une conférence en marge du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

La conférence visait à condamner le massacre commis à Achraf le 1er septembre par les forces spéciales irakiennes aux ordres du Premier ministre Maliki, inféodé au régime iranien. Ces forces ont abattu d’une balle dans la tête 52 habitants du camp, réfugiés iraniens sans armes et sans défense. Beaucoup ont eu les mains liées avant d’être exécutés collectivement et les blessés ont été achevés dans la clinique. Sept Achrafiens – six femmes et un homme – ont été enlevés ce jour-là et sont toujours aux mains des forces de Maliki, risquant à tout moment d’être déporter en Iran où la torture et la mort les attendent. La conférence a appelé à leur libération.

L’ancien ministre français des Affaires étrangères intervenait aux côtés de Maryam Radjavi, présidente élue de la Résistance iranienne, de Sid Ahmed Ghozali, ancien premier ministre algérien, de Jean-Charles Rielle président du conseil administratif de la ville de Genève, de Christiane Perregaux, co-présidente de l’assemblée constituante du Canton de Genève, de François Colcombet, magistrat français et ancien député, de Goodwin Gil, juriste éminent et professeur de droit humanitaire à Genève, et de Tahar Boumedra, ancien responsable du dossier d’Achraf au sein de la mission de l’ONU en Irak.

Voici les moments forts de l’intervention de Bernard Kouchner :

« Vous êtes tous courageux dans cette salle, il va bien falloir !

« Je vais quand même me mettre un peu en colère et dire mon indignation. Parce que ce que nous venons d’entendre et merveilleusement résumé par les orateurs précédents, et par vous Madame Radjavi, vous avez donné des détails qui sont insupportables. Nous sommes de stupidité en stupidité, de contradiction en contradiction, mais de crime en massacre.

« Alors, en somme, monsieur le Premier ministre irakien, monsieur Maliki, qui a été mis en place par les États-Unis d’Amérique, dont l’ennemi principal est l’Iran, sert l’Iran sans que les États-Unis ne protestent.

« Alors, j’ai eu la triste idée, la première fois que j’ai rencontré M. Maliki, de penser très fortement et de dire très haut, j’étais ministre des Affaires Étrangères de la France, ce n’était pas comme cela que l’on devait s’exprimer. Mon doute devant les capacités de cet homme et surtout mon doute devant la moralité de cet homme, et les liens qui l’unissaient, les unissaient les uns et les autres, mais surtout monsieur Maliki à l’Iran. Tout cela était visible, non ? Tout cela crevait les yeux. Eh bien, non !

« Je me souviens qu’à cette époque, il y avait un monsieur Allaoui, qui avait d’ailleurs gagné les élections, mais qui avait l’horrible défaut d’être un laïc. Eh bien, ce n’est pas celui-là que l’on a choisi, même s’il avait gagné les élections. On a choisi un type soumis au pouvoir religieux, et surtout soumis à l’Iran. Il faudra quand même qu’un jour e l’on reprenne toutes ces contradictions, et bien d’autres de la guerre d’Irak, et bien d’autres. Je parle de la guerre américaine en Irak.

« Parce que monsieur Maliki, dont je pense – et vous avez raison Monsieur Rielle, vous avez raison de dire que c’est un crime d’État, c’est un crime du premier ministre d’un État. Parce que sans lui, il n’y aurait pas eu d’ordre. Et c’est lui qu’il faut accuser. Et si les Américains ont un peu d’honneur, ils vont exiger que les sept otages, six femmes comme par hasard et un homme, soient libérés, mais surtout pas donnés à l’Iran. Enfin, cela, ce serait le sommet de la contradiction.

« Donc laisser le premier ministre installé par les Américains agir au nom de l’Irak pour assassiner et livrer des gens protégés par l’ONU, je pense que c’est assez rarement aussi massif en terme de stupidité surhumaine. J’ai voulu employer d’autres mots, mais je sais qu’il faut s’exprimer poliment.

« Alors, je suis terriblement indigné.

« Le problème, c’est que cette expression de barbarie, ce sommet de barbarie qui s’est déroulé au camp d’Achraf, et c’est vrai ces menaces, Madame, c’est vrai que le camp Liberty n’est pas protégé suffisamment, et vous demandez très justement une protection permanente de l’ONU.

« Mais ce crime est parfaitement insupportable. Et il faut absolument que chacun des gouvernements – et comptez sur moi pour le faire – soit alerté de façon à réagir auprès des Américains, auprès des Nations Unies, pas auprès de l’Irak, si vous voulez, vous pouvez le faire, mais alors cela, je n’y crois pas une seconde. Cela, il faut que chacun de nous s’y engage. Et surtout, et vous avez eu raison Monsieur le Conseiller, tout de suite, immédiatement, avant qu’il ne soit trop tard, empêcher que ces sept personnes soient délivrées, ce qui serait immonde, ce qui serait immonde.

« Je demande que ce film soit le plus possible proposé à toutes les télévisions au moins européennes, et mondiales. Qu’on voit ce qui s’est passé. Dans un camp protégé par 700 ou 800 soldats irakiens, qui étaient là pour permettre à ce commando immonde, ignoble, de passer tranquillement jusqu’aux portes des maisons pour assassiner les Achrafiens.

« Voilà ce qui me met encore en colère. Et je suis triste que la colère ne gagne pas tous les démocrates. Parce que, je voudrais terminer par ce mot. Je l’ai dit, le choix dangereux, mais nécessaire, admirable, des Moudjahidine du Peuple en faveur de la laïcité. Cela n’empêche pas de croire en Dieu, cela n’empêche pas que l’on ait une religion et qu’on y soit complètement fidèle. Cela, c’est l’affaire de tous. On ne parle pas non plus des athées, cela aussi, ça existe, mais enfin, bon, tout le monde veut une religion ; d’accord. Mais ne la mélangez pas avec le gouvernement. Mais rien que dire cela est complètement iconoclaste, complètement interdit dans ces endroits.

« Deuxièmement, la démocratie. Ce sont ces mots-là qui ont été brisés avec la vie des habitants, des 52 du camp d’Achraf. Démocratie, ils ne veulent pas en entendre parler. Laïcité, ils ne veulent pas en entendre parler. C’est comme un gros mot, c’est comme une insulte. Eh bien, j’affirmerai contre ces gens-là qui sont mes ennemis, qui sont tous nos ennemis à nous dans cette salle – ce n’est déjà pas mal, j’ai commencé par dire que c’était une contradiction parce que nous sommes dans une salle des Nations Unies, alors on va protester contre la carence des Nations Unies dans une salle des Nations Unies, cela se mord la queue tout de même – mais enfin bon, c’est mieux que de ne pas avoir de salle du tout, et encore, je ne suis pas sûr. C’est un double emploi qui me fait beaucoup de peine.

« Ne cessons pas, mes chers amis, en exigeant une enquête bien sûr, et de la part des responsables des Nations Unies, c’est-à-dire du Haut-commissariat aux Nations Unies madame Navi Pillay que je connais et qui est une femme très bien. Mais on n’est pas prisonnier d’un – comment dirai-je – c’est un carcan aussi, de temps en temps les Nations Unies, j’en sais quelque chose.

« Madame Pillay et monsieur Guterres, c’est un homme très bien. Il faut qu’ils sauvent l’honneur de « leurs agences. Il faut qu’ils aillent eux-mêmes – je sais qu’il est très pris, monsieur Guterres, il y a deux millions de réfugiés qui viennent de Syrie – mais cela, c’est un crime inacceptable. Comme tous les crimes. Mais celui-là particulièrement plus encore. Et il est inacceptable et inaccepté, parce qu’il contient cette haine de la laïcité, du combat des femmes et de la démocratie. »

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