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L’enquête d’Asharq al-Awsat sur le lobby iranien à Washington

Asharq al-Awsat (Quotidien arabe) –par Hossein Abdol Hossein : Depuis le début des années 90, l’approche de Téhéran a consisté à former des groupes de pression à Washington avec le soutien financier de l’Iran, sous la supervision directe de la mission iranienne aux Nations Unies.

 

L’Iran a établi ces lobbies, avec un métis irano-suédois zoroastrien à Washington à la tête du groupe, dans l’espoir de vaincre les groupes de pression les plus puissants aux États-Unis, en particulier le lobby pro-israélien.

Dans mon bureau à Washington, j’ai reçu une invitation du prestigieux « Centre Woodrow Wilson » me demandant de participer à un séminaire intitulé « Iran, les cinq prochaines années : changement ou la même chose ? »

La question de l’Iran est brûlante et ce type de séminaires attire souvent l’attention d’une foule de responsables américains concernés, d’experts et de journalistes.

J’ai ouvert l’invitation, je connaissais l’un des intervenants, un journaliste américain qui écrit sur le Moyen-Orient avec une certaine objectivité. Les autres orateurs n’étaient pas américains et cela m’a incité à mener des recherches sur eux.

L’un d’eux est un Iranien du nom de Bijhan Khaje-Pour, qui dirige un cabinet de conseil. Il semble que cette entreprise soit basée en Autriche, mais j’ai vu son nom comme conférencier dans des séminaires spéciaux sur l’Iran dans la capitale américaine.

Grâce à un suivi rapide, j’ai appris que le cabinet de conseil présumé est appelé « Atieh International », une filiale du « groupe Atieh » de Téhéran, qui se présente sur son site internet comme un expert offrant « soutien et conseils aux entreprises étrangères pour pénétrer et avoir du succès sur les marchés iraniens ».

Le deuxième conférencier est un chercheur français du nom de Bernard Hourcade. Mes recherches m’ont conduit à une interview sur Euronews en avril. Dans cette interview, il a déclaré : « Nous disons tous les jours depuis 34 ans que la République islamique est sur le point de s’écrouler. Toutefois, cette république islamique reste intacte. En fait, c’est le gouvernement le plus stable au Moyen-Orient et nous constatons cela particulièrement après le printemps arabe, et c’est un pays qui continuera à progresser ».

Hourcade continue en demandant qu’on donne à l’Iran la chance d’enrichir de l’uranium, et que le fait d’avoir conclu un accord avec l’Iran mènera à une levée des sanctions et à des relations normalisées avec l’Occident, en particulier les États-Unis.

Le troisième intervenant venait d’Italie, Roberto Toscano qui a été ambassadeur de son pays en Iran de 2003 à 2008. Dans un article dans le Huffington Post, Toscano a minimisé le slogan des iraniens « A bas l’Amérique » et a écrit qu’il est préférable pour les États-Unis de ne pas prêter attention à la rhétorique du régime et à continuer à lui ouvrir les bras, sinon la seule issue qui restera, sera la guerre. Dans ce cas, les Iraniens s’uniront derrière leur chef et leur slogan « Mort à l’Amérique » trouvera une vraie signification.

Toscano termine en disant : « Quand les Irano-Américains (je pense en particulier à ceux qui adhèrent au Conseil national irano-américain -NIAC) disent « ne bombardez pas l’Iran », ils ne le disent pas parce qu’ils sont tendres avec le régime, mais parce qu’ils savent que ce serait donner au régime un regain de vitalité, et que ça transformerait la liturgie et rhétorique anti-américaine du régime en un phénomène authentique et populaire ».

Toutefois, la directrice du séminaire, comme l’indique l’invitation, est une Irano-Américaine du nom de Hale Esfandiari. Elle est la directrice du programme du Moyen-Orient à l’institut et le régime iranien l’a détenue pendant quatre mois en isolement à la prison d’Evine en 2007. Ensuite, ils l’ont libérée et à partir de là, Esfandiari a insisté sur la nécessité pour les Etats-Unis d’ouvrir ses relations avec l’Iran, de lever les sanctions sur Téhéran et de lui permettent de poursuivre son programme nucléaire. C’est pourquoi Esfandiari organise des séminaires dans le centre où elle travaille et distribue des pétitions en faveur de la levée des sanctions.

 

CHANGER LE FUTUR

C’est pourquoi, sans avoir eu à me rendre au séminaire sur l’Iran, j’aurais pu à l’avance deviner le cours des évènements. Un groupe d’Iraniens, dont certains avaient obtenu des passeports américains et/ou européens, et des Européens soutenant une ouverture sans conditions avec l’Iran, ont parlé pendant deux heures sur comment changer le futur avec l’élection de Hassan Rohani à la présidence de l’Iran, et sur la chance et l’occasion que l’on doit saisir pour rouvrir des relations avec l’Iran. Ils ont mis en garde et argumenté sur les conséquences de tentatives d’obstruction de la part des Américains pour arriver à un accord, même si l’Iran se déclare unanime et s’en tient à ses propres conditions sur la question nucléaire, ajoutant qu’un manque d’accord signifierait une guerre certaine. Et les Américains n’aiment pas l’idée d’avoir à envisager cette hypothèse après deux guerres en Afghanistan et en Irak.

Apparemment Toscano, qui a accepté la responsabilité d’améliorer l’image de l’Iran et qui met en garde contre une guerre, s’est mis à applaudir et à féliciter le NIAC et il a publié son texte de soutien au conseil, un conseil qui est dirigé par un suédo-iranien qui vit à Washington sous le nom de Trista Parsi, et qui périodiquement écrit des textes sur ce site web.

Pendant une dizaine d’années, Parsi a été un ami proche du ministre des Affaires étrangères iranien Javad Zarif. Quand il est devenu le représentant permanent de l’Iran aux Nations Unies à New York, dans le milieu des années 2000, Zarif a accusé un dissident iranien dénommé Hassan Dai’al-Islam de prendre part à des activités contre les intérêts du régime iranien.

Parsi a lui-même intenté un procès à Dai’al-Islam. La Cour a ordonné l’ouverture du compte des messages électroniques de Parsi afin de vérifier s’il avait été en contact avec Zarif et s’il avait organisé des réunions entre des membres du Congrès des deux bords et ce haut-fonctionnaire iranien.

 

FAITS PROUVES PAR LES COURS DE JURIDICTION DES ETATS-UNIS

Les messages électroniques de Zarif ont révélé que lui et Parsi se sont rencontrés pour la première fois en mars 2006. Zarif a remis à Parsi un document intitulé « Le grand marché » que les Iraniens avaient remis aux Américains durant la guerre d’Irak en 2003 et que Washington avait rejeté. Les documents de la Cour ont montré que Téhéran avait remis ce document à l’ambassadeur suisse en Iran, qui y représente les intérêts des Etats-Unis, qui lui-même l’a remis aux Américains.

Plus tard, il a soutenu que l’Américain Flynt Leverett et sa femme avaient eux aussi reçu ce document des Iraniens et qu’ils l’avaient remis au gouvernement des Etats-Unis. Leverett est l’auteur d’un livre sur la vie du président syrien Bashar al-Assad, et il a de bons contacts avec Damas et Téhéran.

Lors d’un entretien avec l’écrivain Lee Smith, Lederett lui a dit faire partie de ces quelques Américains qui se rendent périodiquement en Iran sans visa. Smith dit que Leverett est certain que si un accord se faisait entre les Etats-Unis et l’Iran, il sera parmi les premiers bénéficiaires des futurs accords financiers, au point que Smith a surnommé Leverett l « homme de l’Iran à Washington ».

Dans les courriels de Parsi dévoilés par la Cour, figurait un arrangement entre lui et Zarif pour tenir une conférence au Congrès en coopération avec la « New America Foundation » dans le cadre d’un projet que Parsi était en train de lancer en 2006, intitulé « Iran Talks Project ».

Dans son courriel avec le représentant iranien, Parsi évaluait le coût de ce projet d’une durée de six mois, qui comportait l’invitation de 10 à 15 spécialistes de l’Iran venant du monde entier, à plus de 100.000 dollars. En septembre 2012, la Cour a décidé de condamner Parsi à verser 185.000 dollars d’indemnité à Dai’al-Islam.

Le représentant permanent de l’Iran auprès des Nations Unies à New York supervise les lobbies de l’Iran à Washington. En fait, selon deux inspecteurs fédéraux des Etats-Unis cités par le Christian Science Monitor en novembre 2009, il supervise également le travail de la « Alavi Foundation ».

La Fondation Alavi a été fondée en 1973 par le chah d’Iran sous le nom de « Fondation Pahlavi ». En 1979, son nom a été modifié pour devenir la  » Fondation Mostazafine » et devenir après la  » Fondation Alavi ».

En février 2012, les documents présentés par la police secrète de New-York se rapportant à 2006 révélaient que « les services de renseignement iraniens étaient actifs aux Etats-Unis par le biais de nombreuses fondations dont la fondation Alavi ».

C’et une allégation que la dite fondation continue à démentir sur son site web et elle y déclare que sa mission essentielle est « de faire connaître la culture islamique, la civilisation, la littérature et la langue farsi ». Sur d’autres pages de son site, cette fondation estime que son objectif est de soutenir la « culture chiite ».

Cette fondation possède un gratte-ciel dans le centre de New-York et ses énormes loyers lui assurent des revenus substantiels qu’elle utilise pour financer 30 établissements scolaires à travers les Etats-Unis. Les experts pensent que Téhéran utilise ces biens pour indemniser les professeurs qui écrivent en sa faveur et/ou des centres de formation qui publient des travaux de recherche en faveur des intérêts de l’Iran.

Néanmoins, en dépit des démentis de la fondation Alavi d’entretenir des liens avec Téhéran, les services du FBI ont révélé que le directeur de cette fondation, Farshid Jahedi, a détruit des documents prouvant que cette fondation a contribué à une partie des avoirs de la Banque Meli à Téhéran qui appartient au gouvernement iranien. Certains de ces avoirs peuvent avoir été utilisés dans le programme nucléaire iranien.

En avril 2010, la Cour fédérale de New-York a condamné Jahedi à trois mois de prison pour obstruction aux investigations menées et obstacle à la bonne marche de la justice. En outre, elle a mis au jour une grande partie des avoirs et des biens de la fondation. La fondation maintient ses activités mais reste prudente.
Asharq al-Awsat, 6 mai 2014

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