mardi, décembre 6, 2022
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« Je n’avais que 3 ans, dans les geôles du régime de Khomeiny » – Azadeh Alemi


CNRI –  » Je préfère vous évoquer le sentiment qui existe au plus profond de mon âme, ce sentiment de fierté d’être la fille d’une femme qui, comme des milliers d’autres femmes désirant la liberté pour une patrie prise en otage par un régime misogyne, a su ouvrir et marquer avec chacun de ses pas le chemin de la vie des autres femmes, mais aussi des hommes de notre pays, vers un avenir glorieux », a déclaré Azadeh Alemi, de l’Association des Femmes iraniennes de France.

Elle s’exprimait lors d’une conférence internationale à Paris organisée à la veille de la Journée internationale des femmes, qui est célébrée le 8 mars. Un grand nombre d’éminentes femmes politiques, personnalités et artistes, ainsi que des militantes des droits humains et des droits des femmes venues des cinq continents et des délégations de dizaines d’associations de femmes iraniennes, ont participé à cette évènement.

Dans son intervention, Azadeh Alemi a ajouté :

Je suis née en 1979, l’année de la révolution iranienne. Cela fait 23 ans que je vis en France. Je suis mère de trois enfants je poursuis mes des études en droit. Mais aujourd’hui l’occasion de la journée internationale de la femme, je voudrais parler d’une autre femme, de cette femme que j’ai connue depuis que j’ai ouvert les yeux au monde, avec laquelle j’ai vécu chaque instant de ma vie, bien que je ne l’ai plus revue depuis 17 ans.

Par où commencer ? Des premières images que j’ai d’elle alors que je n’avais que 3 ans, dans les geôles du régime de Khomeiny ? Des moments où ma mère était sous la torture et ses amies essayaient de détourner mon attention en jouant avec moi ? Ou plus tard lorsqu’elle était toujours en prison mais je n’étais plus avec elle et que j’allais lui rendre visite. Je me rappelle avec quelle difficulté elle essayait de me dissimuler ses jambes, sans doute déchiquetées par les coups de fouet.

Je peux aussi vous parler de ce moment où on a pris ensemble le chemin de l’exode, aussitôt après sa libération pour rejoindre la résistance iranienne à Achraf. Je me rappelle très bien de ce moment dans les montagnes enneigées du Kurdistan, à dos de cheval, quand le passeur nous a prévenues qu’on allait peut-être tomber dans les embuscades habituelles à cet endroit et qu’il fallait donc garder le maximum de silence. Ma mère m’a chuchoté à l’oreille : « ma petite fleur, si on nous arrête soit forte, n’ai pas peur, et surtout ne t’inquiète pas, il ne t’arrivera rien, tu retourneras de nouveaux auprès de ta grand-mère, mais moi je serais de nouveau arrêtée, et je serai sûrement exécutée. »

Je peux encore vous parler de ce moment où on a fait nos adieux, à l’époque de la guerre du Golfe. Il fallait que les enfants quittent Achraf (en Irak) pour survivre aux bombardements. Elle m’a regardée dans les yeux et m’a dit avec beaucoup d’amour « tu sais à quel point je t’aime et que tu es toute ma vie. Sais-tu pourquoi je dois me séparer de toi et continuer ma lutte ? Pour que plus jamais des enfants iraniens ne souffrent de l’absence de leurs parents emprisonnés. Pour que plus aucun enfant ne dorme le ventre vide, et pour que les enfants puissent vivre un jour dans un Iran libre et démocratique. »

Ou bien encore la dernière fois, où réveillée par un coup de téléphone à 6:00 du matin j’ai appris la nouvelle de la quatrième attaque à la roquette par les mercenaires de Maliki sur le camp Liberty, où réside ma mère et 1000 autre femmes résistantes. Les images fortes et émouvantes ne manquent pas.

Je préfère vous évoquer le sentiment qui existe au plus profond de mon âme, ce sentiment de fierté d’être la fille d’une femme qui, comme des milliers d’autres femmes désirant la liberté pour une patrie prise en otage par un régime misogyne, a su ouvrir et marquer avec chacun de ses pas le chemin de la vie des autres femmes, mais aussi des hommes de notre pays, vers un avenir glorieux, pour que leur existence soit un symbole pour les générations futures.

Certes les douleurs ne s’effacent pas, mais tout au long de ma vie j’ai vécu le bonheur d’être aux côtés de cette génération de femmes et d’avoir eu la chance de faire quelques pas avec elles.
Mme la Présidente, Maryam Radjavi, je suis fié d’être à vos côtés en tant qu’humble membre de cette génération qui est née de votre combat.

En regardant le vécu de ces femmes durant les 35 dernières années, je comprends maintenant pourquoi les mollahs qui ne sont que le reflet du fanatisme et du dogmatisme de toute l’histoire de l’humanité, craignent tellement ces femmes. En effet les femmes, qui à leurs yeux d’intégristes ne sont même pas considérées comme des objets, encore moins comme un être humain, ne l’ont jamais lâché depuis toutes ces années. Elles ont persisté dans cette volonté d’éradiquer le règne des mollahs sur l’Iran et je pense qu’elles n’en sont pas très loin.

Aujourd’hui il y a d’un côté cette génération efficace, expérimentée, invincible qui avance progresse plus fort et plus déterminée que jamais. En face le front de l’intégrisme et un régime aux abois, qui chancelant et désintégré vient de boire sa dernière goutte de poison.

Vous serez alors sûrement d’accord avec moi pour dire que cette génération de femmes sera certainement victorieuse et je suis sûre que dans un avenir très proche, ces femmes accéderont à leur vraie place celle de diriger et de construire la société iranienne de demain.

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