dimanche, novembre 27, 2022
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Iran : Voyage d’une sénatrice d’Auvergne chez les mollahs (suite)

La semaine de l’Allier – La chronique de François Colcombet : Cette chronique prendra, si vous le permettez et pour une fois, l’allure d’un feuilleton. Le mois dernier, je vous ai donné à lire une lettre écrite pour dissuader une de nos sénatrices de se rendre en Iran où, malgré l’élection d’un président « réformiste », les libertés sont, plus que jamais, bafouées. La lettre n’a pas eu d’effet. Mais il y a une suite.

Le Sénat a un gros avantage sur l’assemblée nationale. La durée du mandat y est plus longue et, surtout, en raison du mode d’élection, la fonction y est plus stable. En comparaison, le député occupe un emploi précaire. C’est sans doute ce qui explique que le lobbying (c’est-à-dire l’action des groupes de pressions organisés) est plus active au Sénat. Lorsque la commission « de la production et des échanges » du Sénat sous la houlette de son président le sénateur P. Marini et du sénateur A. Montesquiou, président des amitiés franco-iranienne, annonça ce voyage en Iran, ce fut une heureuse aubaine pour les lobbys industriels.
On expliqua que ce voyage au pays des mollahs était destiné à « reconquérir des parts de marché » et, par contrecoup, « créer de l’emploi » pour le bon peuple. Une bonne délégation doit toutefois, pour être crédible, être présentable à tous les publics. C’est pourquoi aux sénateurs spécialistes expérimentés du commerce international, il était bon d’ajouter quelques grandes consciences. C’est ainsi que notre chère sénatrice a été embarquée dans cette expédition. C’est, rappelons-le, pour la dissuader de servir d’alibi que je lui avais écrit.
Il n’y a pas encore de compte rendu complet de ce voyage. Le président Marini en réserve, tout naturellement, la primeur au monde des grandes entreprises à l’occasion d’un colloque organisé cette semaine au palais du Luxembourg. Mais on peut s’en faire une idée à partir de quelques témoignages et surtout en faisant traduire la presse iranienne qui, elle du moins, a donné un grand retentissement à ce voyage. Sans cacher et même en soulignant avec quelle rude fermeté l’Iran traite les étrangers quand ils font mine de s’intéresser aux libertés.
 À l’arrivée à l’aéroport, chose inhabituelle, la police exigea que nos sénateurs donnent leur empreinte digitale. Ils surent garder leur calme et obtempérèrent. Le lendemain nouvel incident: le sénateur P. Dallier est pris à partie par un journaliste de l’agence officielle Tasnim qui le somme de s’expliquer sur ses relations avec une organisation d’opposition ancienne réfugiée en France depuis 1981, l’OMPI. Dallier, un peu penaud, dû confessé qu’il avait en effet, il y a plusieurs années, assisté à un meeting aux côtés d’autres élus, ajoutant que sa présence n’avait pas été spécialement programmée et qu’il ne comprenait pas pourquoi après tant d’années cette affaire provoquait tant de remous.
Le président Marini conclu que Dallier « était tombé dans le piège de ce groupuscule terroriste » et, décidément désireux de complaire au gouvernement iranien, Marini assura que « la délégation n’aurait aucune rencontre en dehors du programme officiel ».
Toutefois, deux précautions valent mieux qu’une, les policiers, chargés de la sécurité de nos sénateurs, avaient été doublé par des inspecteurs des services spéciaux, ce qui semble être à l’origine d’un autre incident : les sénateurs ne pourront pas, ou n’oseront pas, se rendre à un dîner organisé par un industriel franco-iranien où ils auraient pu rencontrer des membres de la société civile. Rappelons ici que plusieurs délégations de parlements étrangères ont, le mois dernier, renoncé à se rendre à Téhéran pour éviter ce genre de camouflet.
Nos sénateurs auraient, évidemment, à tout moment, pu revenir en France. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait Dallier et un autre de ses collègues rentrés avant la fin du voyage. Les autres, n’oubliant pas qu’ils n’étaient pas là pour polémiquer sur les droits de l’homme mais pour « prendre des parts des marchés », ont visité un site industriel et quelques sites touristiques puis ont eu de nombreuses rencontres avec les officiels.
De belles photos publiées en Iran nous les montrent sagement assis en carré autour des tapis persans des salons officiels. On remarque que notre sénatrice a dû mettre un voile qui lui donne l’air d’une Sainte vierge de la crèche. Il y a même eu, apprend-on, des échanges de cadeaux. Le président Marini a offert une médaille à la présidente iranienne de l’environnement qui, en retour, lui a fait don d’un atlas et un livre sur les papillons.
La semaine de l’Allier du jeudi 22 mai 2014

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