
Le soulèvement national en Iran est entré dans une nouvelle phase critique le 1er janvier 2026. Ce qui avait commencé le 28 décembre 2025 comme une protestation de commerçants contre l’effondrement catastrophique de la monnaie s’est, au cinquième jour consécutif, métamorphosé en une insurrection politique de grande ampleur. Depuis le jeudi 1er janvier, la frontière entre griefs économiques et revendications révolutionnaires s’est estompée. De la prise de contrôle de bâtiments gouvernementaux dans les provinces de l’ouest aux slogans sans précédent scandés contre le clergé dans son bastion traditionnel de Qom, les événements des dernières 24 heures indiquent que le mur de la peur protégeant la théocratie s’effrite rapidement.
L’escalade : de la protestation à la résistance urbaine
Le tournant le plus dramatique du soulèvement s’est produit dans l’ouest de l’Iran, notamment dans la ville de Lordegan, dans la province de Chaharmahal-et-Bakhtiari. Le matin du 1er janvier, de violents affrontements ont éclaté entre les citoyens et les forces de sécurité de l’État. Selon des témoins sur place, les forces de sécurité ont fait usage d’une force létale contre des manifestants non armés, faisant au moins deux morts et de nombreux blessés.
More footage of intense situation in Lordegan as security forces try to stop anti-regime protests through force and bullets and demonstrators continue to resist. Locals report that there are casualties as security forces directly opened fire on civilians.#IranProtests pic.twitter.com/V5ITSfrThY
— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 janvier 2026
Cependant, l’utilisation de munitions réelles n’a pas permis de disperser la foule. Dans une démonstration de fureur qui souligne la profondeur de la colère populaire, les manifestants de Lordegan n’ont pas reculé mais ont au contraire avancé vers le centre administratif de la ville. Des manifestants se sont emparés avec succès de plusieurs symboles de l’autorité du régime et leur ont infligé d’importants dégâts, notamment le bâtiment du gouvernorat, le bureau local de la Fondation des Martyrs (Bonyad Shahid) et le palais de justice. Le ciblage spécifique de la Fondation des Martyrs et du pouvoir judiciaire témoigne d’un rejet direct de l’appareil idéologique et répressif du régime.
January 1—Azna, western Iran
Protesters occupied a base of security forces and set fire to a vehicle of the regime's repressive forces.#IranProtests pic.twitter.com/dtN2RkI6JD— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 janvier 2026
Cette escalade ne s’est pas limitée à Lordegan. Un changement de tactique significatif a été observé dans les régions voisines, où les jeunes sont passés des manifestations de rue à la prise de contrôle active d’installations de sécurité. À Azna, des manifestants ont occupé une base des forces de sécurité et incendié un véhicule utilisé pour la répression. Simultanément, à Farsan, des habitants ont assiégé une base de la milice paramilitaire Basij, piégeant ainsi les agents du régime à l’intérieur. À Darreh Shahr, des images ont montré des manifestants arrachant des banderoles du Guide suprême Ali Khamenei, démantelant symboliquement la présence du régime dans la ville.
Qom se soulève contre le régime
Un coup dur psychologique pour le clergé, au cinquième jour du soulèvement, a été porté à Qom. Connue comme la capitale idéologique et le fief du régime, Qom a toujours été une ville sur laquelle ce dernier comptait pour obtenir du soutien, ou du moins une certaine passivité.
Jeudi, cependant, les rues de Qom ont été le théâtre d’affrontements violents. Des vidéos circulant depuis la ville montrent des manifestants ripostant aux forces de sécurité et, à plusieurs reprises, forçant les agents armés à fuir. Les slogans qui résonnent dans les rues de Qom – notamment « Les mollahs doivent partir » – témoignent d’un profond effondrement idéologique. Lorsque la population de ce bastion religieux rejette explicitement le clergé au pouvoir, la théocratie perd toute légitimité, même auprès de ses prétendus fidèles.
Paralysie économique et défiance de la capitale
À Téhéran, la capitale, le malaise économique qui a déclenché le soulèvement s’est mué en défiance politique. Au marché central des fruits et légumes (Meidan Tarebar), plaque tournante essentielle de la distribution alimentaire de la ville, commerçants et manifestants ont maintenu leur mouvement pour le deuxième jour consécutif. Les forces de sécurité ont tenté de briser la grève à l’aide de gaz lacrymogènes, mais le marché est resté paralysé. Les slogans ont nettement évolué, passant des plaintes concernant les prix aux revendications politiques fondamentales. La foule scandait « Mort à Khamenei » et « Ni Gaza, ni Liban, je sacrifie ma vie pour l’Iran ».
January 1—Qom, central Iran
The people joined the nationwide uprising by holding nightly anti-regime demonstrations and clashed with security forces dispatched to quell their protests.#IranProtests #IranRevolution pic.twitter.com/0HiKmW35rL— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 janvier 2026
La paralysie est nationale. À Kermanshah, le cœur commercial de la ville, qui s’étend de la place de la Liberté au carrefour d’Ojaq, a connu une grève totale. Les principales artères commerçantes, comme Kish, Gol et Zeytoon, sont restées fermées. Afin d’empêcher toute coordination entre les manifestants et de masquer l’ampleur du blocage, le régime a imposé une coupure totale d’internet dans la région pendant plusieurs heures. De même, à Ispahan, le marché aux tissus Ibn Sina s’est joint à la grève générale, tandis qu’à Bandar Ganaveh, port du sud du pays, les commerçants ont juré de maintenir leurs boutiques fermées indéfiniment.
Ce mécontentement est alimenté par une économie en chute libre. Avec le rial iranien qui a dégringolé à 1,45 million pour un dollar américain et une inflation alimentaire dépassant les 72 %, le peuple iranien est convaincu de l’incapacité du système actuel à se réformer. Ce sentiment a été reflété dans les slogans qui résonnent dans plusieurs villes : « Pauvreté, corruption, prix exorbitants, nous voulons un changement de régime ! »
Brutalité du régime et résilience étudiante
Conscient du danger que représente une alliance entre le monde des affaires et les universités, le régime a intensifié sa répression contre les étudiants. Dans une action lâche menée de nuit, des agents de sécurité et des policiers en civil ont pris d’assaut les résidences universitaires de l’Université Beheshti (Université nationale) à Téhéran. Plusieurs étudiantes auraient été enlevées lors de ce raid. Cependant, l’assaut n’a pas réussi à faire taire les étudiants ; face aux résidences, de nombreux groupes se sont rassemblés pour scander « Honte ! Honte ! » aux répresseurs.
January 1—Tehran, Iran
Protests begin in Meidan Tarebar (Central Fruit and Vegetable Market), with demonstrators chanting "Neither Gaza nor Lebanon, my life for Iran," criticizing the regime's foreign aid priorities over domestic economic woes.#IranProtests #IranRevolution pic.twitter.com/eTapfTJ4TG— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 janvier 2026
Malgré cette brutalité, l’esprit de résistance continue de se propager. À Marvdasht, dans la province de Fars, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une foule importante. Au lieu de se disperser, les manifestants ont riposté, forçant les agents à battre en retraite et incendiant un véhicule de police. Le slogan qui domine les rues de Marvdasht – « C’est l’année du sang, Seyyed Ali [Khamenei] sera renversé » – traduit la détermination d’une population qui croit la fin de la dictature proche.
Même face aux tirs à balles réelles dans des villes comme Assad Abad et Eslamabad-e Gharb, et malgré le déploiement d’hélicoptères pour intimider la population, les manifestations n’ont fait que gagner en intensité. À Hamedan, un jeune homme a été filmé se tenant seul devant les véhicules de sécurité qui avançaient, un acte de défi individuel qui a galvanisé la foule.
La panique de la dictature
Les actions du régime trahissent une profonde panique. La nomination par le Guide suprême Ali Khamenei du général de brigade Ahmad Vahidi, du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), recherché internationalement pour terrorisme, au poste de commandant adjoint du CGRI pour superviser la répression, est un aveu clair de l’incapacité des forces de police régulières à contenir les troubles.
January 1—Tehran, Iran
Protests begin in Meidan Tarebar (Central Fruit and Vegetable Market), with demonstrators chanting "Neither Gaza nor Lebanon, my life for Iran," criticizing the regime's foreign aid priorities over domestic economic woes.#IranProtests #IranRevolution pic.twitter.com/eTapfTJ4TG— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 1 janvier 2026
Les événements du 1er janvier 2026 démontrent que le peuple iranien a dépassé le stade de la simple expression de ses griefs. En incendiant les centres gouvernementaux de Lordegan, en chassant les forces de sécurité de Qom et en maintenant des grèves dans les artères économiques du pays, il s’emploie activement à démanteler l’autorité du régime. L’ampleur même du soulèvement, qui s’étend de l’ouest kurde au plateau central et aux ports du sud, laisse penser que le régime est confronté à un défi national qu’il ne peut plus étouffer par la seule peur.

