
En ce début d’année 2025, l’Iran se trouve confronté à une convergence de crises de plus en plus profondes qui touchent toutes les couches de la société. Des pénuries d’eau dans les zones rurales aux coupures d’électricité généralisées, en passant par la flambée des prix des denrées alimentaires et des médicaments dans les villes, le pays montre des signes alarmants de défaillance systémique.
Ces problèmes ne sont pas des incidents isolés, mais plutôt les symptômes d’un effondrement structurel plus large, ancré dans une mauvaise gestion chronique, une corruption institutionnalisée et l’absence de stratégie nationale cohérente pour préserver les ressources essentielles. Même les responsables du régime, bien que prudemment, mettent en garde contre la gravité de la situation.
Pannes de courant et déflexion du gouvernement
L’intensification des pannes de courant dans tout le pays a entraîné une frustration croissante de la population. Plutôt que de proposer une solution viable, le président du régime, Massoud Pezeshkian, a réagi par un appel sourd : « On attend de la population qu’elle aide le gouvernement en réduisant sa consommation d’électricité en été. Utiliser des lampes à faible consommation d’énergie plutôt que des lustres énergivores est un pas efficace dans cette direction.»
Il a admis que les pannes de courant ont causé plus de 300 000 milliards de tomans de dommages économiques l’année dernière, mais n’a pas abordé le rôle du gouvernement dans la crise.
Cette rhétorique illustre clairement le détachement du régime de la réalité. Des millions d’Iraniens sont confrontés quotidiennement à des perturbations dans leur travail, leur éducation, leurs soins de santé et leur sécurité élémentaire en raison des pannes de courant. Pourtant, au lieu d’assumer la responsabilité de la vétusté des infrastructures, de la mauvaise affectation des ressources et de l’échec de la planification énergétique, les responsables ont préféré blâmer les citoyens, les exhortant à « éteindre la lumière ».
La véritable cause, cependant, réside dans des décennies de milliards gaspillés dans des mégaprojets improductifs, des politiques intérieures répressives et des interventions régionales coûteuses, au lieu d’investir dans le développement durable.
Pénurie d’eau et affaissement des sols : la super-crise
La crise de l’eau en Iran a atteint des niveaux catastrophiques. Selon Mehdi Taghizadeh, expert du secteur de l’eau et cinéaste, le pays n’est pas seulement confronté à une crise, mais à une « super-crise ». S’adressant à l’agence de presse Fararu, affiliée à l’État, il a averti que cette urgence croissante provoque des affaissements de sol, mettant en danger la capacité agricole de l’Iran et menaçant l’habitabilité à long terme de nombreuses régions.
« Cette situation met en péril la sécurité alimentaire, la santé publique, les infrastructures et les moyens de subsistance de la population », a-t-il déclaré. Malgré une prise de conscience croissante de l’opinion publique, le gouvernement reste indifférent et se concentre sur des questions marginales.
Montée des protestations et effondrement économique
Lors d’une séance parlementaire révélatrice le 25 mai, le député Javad Nikbin a ouvertement exprimé son inquiétude face à la vague de protestations ouvrières généralisée : « Monsieur Ghalibaf, nos chauffeurs routiers protestent, nos mineurs protestent, nos propriétaires d’usine protestent… Ce volume de protestations est anormal.»
Il a souligné l’inflation explosive dans des secteurs clés :
- Les prix du ciment ont bondi de 200 % en seulement trois mois.
- Les boulangers manifestent massivement contre les subventions gouvernementales impayées.
- Les pénuries de carburant ont persisté hiver comme été.
Il a raconté l’histoire d’une femme âgée d’un village qui se plaignait que le gouvernement lui ait proposé un prêt rural de 300 millions de tomans, qui lui avait autrefois permis de construire une maison. Aujourd’hui, avec la flambée des prix du ciment et du fer, elle ne pouvait même pas poser les fondations.
Pain et trahison : le combat des boulangers
Le président du syndicat des boulangers de Mashhad, Ali-Akbar Kuh-Peykar, a confirmé que les boulangeries étaient en difficulté depuis avril en raison du non-versement des subventions par le gouvernement. Malgré de multiples réunions avec les responsables locaux et provinciaux, les boulangers se sont heurtés à des retards administratifs et à de vagues promesses. Parallèlement, les pénuries de pain aggravent les griefs de la population.
Une crise énergétique imminente
Selon un article publié par le journal d’État Donya-e-Eqtesad le 25 mai, le réseau électrique iranien est au bord de l’effondrement : « Le déséquilibre énergétique, autrefois un problème soluble, se transforme en une crise majeure.»
L’article avertissait qu’une augmentation des prix de l’électricité dans un contexte d’inflation annuelle de plus de 50 % ne ferait qu’aggraver les difficultés économiques et les troubles sociaux : « Augmenter les coûts de l’électricité dans ces conditions n’améliorera pas le bien-être ; cela accélérera l’inflation et aggravera le mécontentement.»
La crise de légitimité : un régime en perte de popularité
Même au sein de la faction soi-disant réformiste du régime, la sonnette d’alarme retentit. Dans une interview sincère accordée à Entekhab, Ali Shakouri-Rad, un proche de l’État, a reconnu l’érosion de la légitimité du régime : « Lors de la dernière élection présidentielle, malgré la participation de toutes les factions, le taux de participation n’a pas atteint 50 %. Cela signifie que plus de la moitié de la population a activement boycotté le système.»
Il a averti que le régime perdait rapidement sa base sociale : « Un État qui a perdu la majorité de sa population ne peut prétendre gouverner que s’il regagne sa confiance.»
Shakouri-Rad a ajouté, inquiétant : « Le jour du jugement dernier pourrait arriver… et ce jour-là, vous devrez partir.»
Il a fait référence aux manifestations nationales de 2022, avertissant qu’un tel soulèvement pourrait se reproduire et que la répression ne saurait remplacer la légitimité : « Nous devons gouverner le cœur du peuple, et non le gouverner par la peur.»
Une nation au bord du gouffre
La convergence des crises économique, environnementale et sociale dresse un sombre tableau de l’avenir proche de l’Iran. Une élite dirigeante déconnectée continue d’ignorer ou de minimiser la gravité de la situation, tandis que les Iraniens ordinaires sont poussés au bord du gouffre.
Que ce soit par l’effondrement du réseau électrique, l’inflation paralysante ou l’anéantissement des espoirs démocratiques, le message du peuple est clair : le système l’a laissé tomber. La véritable question n’est plus de savoir si le régime peut réagir, mais combien de temps il peut retarder le jugement qu’il ne peut plus empêcher.

