
Les travailleurs du complexe sidérurgique Pasargad Alloy Steel, situé à Kavar, dans le sud de l’Iran, ont manifesté le samedi 13 décembre 2025 pour exiger la fin des inégalités salariales, un allègement de la pression croissante sur le coût de la vie et le versement des prestations sociales impayées. Cette action s’inscrit dans un mouvement de protestation qui touche d’autres groupes à travers l’Iran, dénonçant les politiques économiques, les promesses non tenues et ce qu’ils qualifient d’indifférence des autorités.
Selon des informations en langue persane, un groupe d’ouvriers et d’employés s’est rassemblé ce matin devant l’entrée principale de l’usine pour interpeller la direction et dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie et les discriminations salariales persistantes. Ces mêmes sources décrivent la manifestation comme une réponse au refus de la direction de satisfaire aux revendications syndicales des travailleurs, ce qui, selon elles, a engendré un mécontentement généralisé parmi le personnel.
« Ça suffit ! » : les ouvriers rejettent les « promesses en l’air »
Les revendications des manifestants portaient sur trois points :
- Mettre fin aux discriminations salariales : les ouvriers réclament la fin des inégalités de rémunération.
- Lutter contre la hausse du coût de la vie : ils exigent des mesures immédiates pour améliorer le niveau de vie et le pouvoir d’achat des ménages.
- Verser les arriérés de prestations : ils réclament le versement des primes impayées et autres droits financiers dus.
December 13—Kavar, southern Iran
Workers at the Pasargad Alloy Steel complex rallied at the factory gate over wage discrimination, unpaid/overdue benefits, and crushing cost-of-living pressures, demanding equal pay, back benefits, and relief for livelihoods. #IranProtests pic.twitter.com/DCT2EjUHJp— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 13 décembre 2025
Pendant le rassemblement, les ouvriers ont scandé des slogans affirmant qu’ils n’accepteraient plus les manœuvres dilatoires. L’un des slogans cités dans les articles était : « Ça suffit ! Nous n’attendrons plus de promesses en l’air. »
Des photos et des vidéos de la manifestation ont été partagées sur les réseaux sociaux, montrant un nombre important de travailleurs rassemblés devant l’usine.
Une protestation ancrée dans des revendications quotidiennes
Bien que présentée comme un conflit social sur un site industriel précis, la manifestation reflétait un phénomène plus général en Iran : les travailleurs lient leurs revendications professionnelles – salaires, avantages sociaux, égalité de traitement – à des difficultés plus importantes au niveau familial.
https://ttwitter.com/Mojahedineng/status/1999850261196460142?s=20
La manifestation de Pasargad Alloy Steel n’était pas perçue comme une action isolée, mais comme l’expression d’une détermination à poursuivre les manifestations jusqu’à satisfaction des revendications. Les travailleurs ont en effet indiqué que les promesses précédentes n’avaient guère abouti à des changements concrets. L’accent mis par le rassemblement sur les « avantages sociaux impayés » et les « discriminations salariales » met également en lumière deux facteurs chroniques de mécontentement social en Iran : les retards de paiement et les inégalités perçues entre les différentes catégories de travailleurs ou entre les divisions d’une même entreprise.
Des demandeurs de logements et un producteur textile interpellent les autorités
Un article paru le vendredi 12 décembre fait état d’un mécontentement économique plus général en Iran, notamment des manifestations répétées de demandeurs de logements sociaux et une rare confrontation publique entre un producteur textile et le ministre iranien de l’Industrie, des Mines et du Commerce.
Dans les provinces de Chaharmahal et de Bakhtiari, des demandeurs de logements sociaux se seraient de nouveau rassemblés, dénonçant des promesses non tenues, des retards de livraison interminables et des prix exorbitants. Les manifestants ont déclaré être exaspérés par ces délais de livraison interminables et déplorant l’absence de toute responsabilité.
Des sources en provenance d’Iran ont rapporté une scène tendue la veille à la Chambre de commerce de Kashan, lors d’une réunion en présence du ministre de l’Industrie, Mohammad Atabak, et de ses adjoints. Un producteur de tapis tissés à la machine, qui se serait vu refuser la parole, s’est interposé devant le ministre et a crié son mécontentement face à ce qu’il considérait comme l’abandon du secteur textile.
Parmi les propos rapportés par le producteur, on peut citer : « Je voulais parler ; on m’a dit de me taire… Ils présentent tout sous un jour favorable. Ils ne donnent pas de monnaie ; ils ont complètement abandonné l’industrie textile.» Il s’est également interrogé sur l’utilité de telles réunions si la voix des entreprises n’est pas entendue : « Si la voix des acteurs économiques n’est pas entendue, à quoi servent ces réunions ? Elles ne servent qu’à faire des comptes rendus, pour pouvoir dire qu’on a tenu une réunion.»
Que révèlent ces événements ?
Prises dans leur ensemble, les récentes manifestations à travers l’Iran témoignent d’une tension sociale croissante : ouvriers, infirmières, petits industriels et ménages en attente de logements sociaux expriment tous, sous différentes formes, le même message : la vie quotidienne est devenue financièrement et administrativement insupportable, et les promesses officielles n’inspirent plus confiance.
December 12—Zahedan, southeast Iran
PMOI Resistance Units resumed anti-regime activities with messages and slogans emphasizing the people’s determination to overthrow the ruling dictatorship and establish a free and democratic Iran. pic.twitter.com/G0F7N7t3Cu— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 13 décembre 2025
Ce qui unit ces conflits, ce n’est pas un grief politique unique, mais un sentiment d’épuisement partagé par différents segments de la société : baisse du pouvoir d’achat, retards ou absence de paiement, favoritisme et discrimination perçus, et un appareil d’État considéré comme inerte tant qu’il n’est pas mis sous pression dans la rue. Il en résulte un flux constant de protestations locales qui, prises dans leur ensemble, révèlent un risque politique plus profond pour le clergé. Les crises se chevauchent et obligent sans cesse les populations à se mobiliser simplement pour défendre leurs moyens de subsistance de base.

