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Iran : Les « super » conservateurs en roue libre

 Par Jean Levert

Afrique Asie, juin 2008 – Encouragé par le Guide suprême Khamenei, le président Ahmadinejad a entamé les purges dans un climat de contestation social exacerbé. La mainmise de la faction ultra des gardiens de la révolution mène le pays – et le monde ? – l'Iran vers la catastrophe.

 

Par Jean Levert

Iran : Encouragé par le Guide suprême Khamenei, le président Ahmadinejad a entamé les purges dans un climat de contestation social exacerbé. La mainmise de la faction ultra des gardiens de la révolution mène le pays – et le monde ? – l'Iran vers la catastrophe.

Afrique Asie, juin 2008 – Téhéran vit à l'heure des purges et des révélations fatales entre ceux qui ont longtemps formé le bloc des partisans du Guide suprême, « les conservateurs ».  La bataille a pris de l'ampleur depuis les législatives de mars dernier qui ont vu s’affronter les deux courants du sérail. D'un côté les pro-Ahmadinejad, les « sans-frein », en référence aux propos du président iranien. Celui-ci n'avait-il pas dit que « le train du programme nucléaire » n'avait « ni frein, ni marche arrière » ? En face, une nébuleuse de personnalités où l’on retrouve Mohsen Rezaï (ex-commandant des Gardiens de la révolution et actuel secrétaire du Conseil de discernement des intérêts de l'Etat), Mohamad-Bagher Ghalibaf, ancien chef de l'aviation des Gardiens de la révolution et ex-commandant des forces de sécurité de Téhéran qui a succédé à Ahmadinejad à la mairie de Téhéran…

Extrémistes sous tension

Les uns comme les autres sont des proches du Guide suprême, Ali Khameneï. La plupart ont été officiers des Gardiens de la révolution (les Pasdaran). Les velléités personnelles, les craintes d'un isolement rapide du régime et non des divergences idéologiques, opposent le clan des « sans-frein » à ceux que l'on appelle les démissionnaires ! La situation a été jugée trop grave par le Guide, qui a décidé d’écarter les plus craintifs. Khamenei a ainsi déclaré, dans son discours du 6 janvier 2008 : « les faibles qui ont tendance à plier sous la domination et le contrôle des puissances mondiales, et ceux qui restent passifs face aux rumeurs colportées dans le monde se verront interdire l’entrée du Majlis [Parlement] ». Il faut donc garder les jusqu'auboutistes pour avoir un Majlis qui accélère le programme nucléaire et l'ingérence en Irak. C'est pourquoi 70% des sièges ont été attribués aux conservateurs. 

Depuis 2003 et leur victoire aux municipales, les pasdarans sont devenus l'appui principal du Guide. Leur ascension a pris de l'ampleur en 2004, avec l'entrée de plus de quatre-vingts d’entre eux au Majlis, et enfin la désignation par le Guide de son favori à la présidentielle de 2005. Fort de son appui, Ahmadinejad lance le mot «purges ». Elles ont commencé depuis peu : le commandant en chef des pasdaran Yahya Rahim Safavi a dû démissionner, le vice-ministre de l'Intérieur, Mohammad Baqer Zolghadr a été limogé, des imams du vendredi des provinces de Kermanchah et Fars, Davoud Danech-Jafari, le ministre de l'Economie et des Finances et le ministre de l'Intérieur, Mostafa Pour-Mohamadi ont été écartés l'un après l'autre.

En même temps on assiste à une escalade des querelles internes sous forme d'accusations mutuelles de corruption – souvent véridiques. Les plus graves sont celles d'Abbas Palizar, un membre de la commission d'enquête du Majlis qui vient d'accuser plusieurs hauts dignitaires. Il accuse même certains d'avoir éliminé physiquement des rivaux. Palizar avance que certains accidents avions ces dernières années, ayant entraîné la mort de ministres et de hauts commandants des pasdarans, n'en étaient pas. Les noms cités dans l'énorme scandale de corruption financière sont: l'ayatollah Kashani Imami, membre du Conseil des Gardiens, et imam du vendredi de  Téhéran; l'ayatollah Mohammad Yazdi, membre du même Conseil et de l'Assemblée des experts, ancien chef de pouvoir judiciaire; l’ayatollah Makarem Chirazi, haut dignitaire religieux et l'ancien président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani.

Ali Khamenei a rapidement saisi la gravité de ce nouveau cycle de luttes internes. Cherchant à ralentir son impact, il a appelé ses troupes à l'unité, en prenant soin d'apporter un soutien implicite à Palizar qui est un proche d’Ahmadinejad. Ces dénonciations pouvant être le prélude à des éliminations physiques, la faction rivale a riposté. Palizar a été arrêté le 11 juin pour apaiser le climat, accusé de « propagation de rumeurs ».

La corruption en effet gangrène le pouvoir. La rente pétrolière a dépassé les 80 milliards de dollars en 2007. Cela ne profite qu'aux dirigeants. Les entreprises affiliées aux pasdaran contrôlent plus de 57% des importations et 30% des exportations non pétrolières. Le reste est aux mains de fondations religieuses du clergé. Pendant ce temps la population s'appauvrit. Le ministre des Affaires sociales a annoncé 9,2 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, et plus de 2 millions sous le seuil de pauvreté absolue (1). Le prix de l’essence a augmenté dix fois, et dans certains quartiers de la capitale le prix des logements a été multiplié par sept.

Sur fond de luttes intestines, le mécontentement populaire prend de l'ampleur. Il y a d'ailleurs un signe qui ne trompe pas : l'abstention massive aux législatives. Le ministère de l'Intérieur a publié des chiffres très révélateurs : au deuxième tour, il annonçait environ 700.000 participants à Téhéran, à peine 10% des électeurs.
 
Les protestations estudiantines se multiplient et se radicalisent. A la fin du mois d'avril, à leur septième jour de protestation sur le campus de l'université Sahand de Tabriz, les étudiants scandaient : « nous sommes des hommes et des femmes de combat, venez vous battre, et nous vous combattrons ». Une bannière accrochée à l'entrée principale disait : « bienvenue à l'abattoir des étudiants ». Selon l'opposition, en 2007 on dénombre quelques 5000 manifestations et mouvements de grève. Face à cette contestation, le régime a accru la répression. Et l'augmentation des exécutions : plus de 400 en 2007.

Ces protestations se sont accompagnées d'une recrudescence des activités des réseaux de la résistance liés aux Moudjahidines du peuple dans tout le pays et qui inquiètent sérieusement le pouvoir. Réagissant à cette résistance de l'intérieur, le 29 septembre 2007, le commandant des Pasdaran annonçait : « La stratégie actuelle des Pasdaran est différente du passé, dans ce sens que leur première mission est de faire face aux menaces intérieures, et ensuite, en cas de menace militaire étrangère, d’apporter leur soutien à l’armée. » Il a précisé le 7 novembre : « les menaces intérieures sont plus dangereuses que toutes les autres menaces. ».

En réponse à ce désastre économique et social, les autorités ne se contentent pas de réprimer. Elles exportent aussi le terrorisme au Moyen-Orient et veulent se doter au plus vite de la bombe atomique.

Hossein Abedini, de la commission des Affaires étrangères du conseil national de la Résistance iranienne à Londres, vient de révéler que la Force Qods des pasdaran continue d’entraîner et d’étendre des réseaux terroristes et de transférer des armes en Irak. « Je peux confirmer aujourd'hui que le régime iranien est à l'origine de plus de 80 % de toutes les attaques meurtrières à travers l'Irak. »

Face à cette situation, la communauté internationale est dans une impasse. On brandit parfois la menace d’une guerre qui semble impossible, mais on continue de poursuive une politique complaisante avec les mollahs. Dernière tentative en date, le voyage à Téhéran à la mi-juin dernier de Javier Solana, le diplomate en chef de l’Union européenne et son paquet de propositions présenté aux autorités. Mais les négociations ont juste permis à l'aile la plus extrémiste du régime iranien de gagner du temps. En attendant les compagnies occidentales continuent de faire des affaires avec les mollahs. 

Le rêve démocratique

Le plus scandaleux de tout cela, c'est que ce sont les opposants, particulièrement les Moudjahidine du peuple, qui font les frais de ces contrats avec des firmes occidentales, comme Total (2). Les Américains et les Européens ont placé l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI) sur leurs listes du terrorisme à la demande directe des mollahs. Cela a eu pour effet de barrer la voie à une solution efficace qui sortirait le peuple iranien et le monde de l'impasse : un changement de régime.  Mais la récente décision de la justice britannique sur l’OMPI est une victoire du bon sens. La Cour d'appel a exigé la radiation de l’OMPI de la liste des organisations terroristes anglaises. L'Angleterre étant l'autorité nationale à la base de l'inscription de l'OMPI sur la liste européenne, cette inscription devient donc caduque.
 
Cette décision pourrait ouvrir la voie à un changement démocratique en Iran par les Iraniens et leur résistance. Le monde sortirait de l'impasse à l’égard de l’Iran et on éviterait la guerre. Plus de 50 000 Iraniens se sont donné rendez-vous à Villepinte, en banlieue parisienne, en France à la fin du mois de juin, pour écouter la présidente élue de la Résistance Maryam Radjavi appeler la France devenue présidente de l'UE à adopter une politique ferme à l'égard des mollahs et à reconnaître la légitimité de la Résistance iranienne. 

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1-  Le 13 août 2007

2- Voir le livre d'Yves Bonnet ancien directeur de la DST : Liban les otages du mensonges, édition Michel Lafon

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