samedi, février 4, 2023
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Iran : Le dossier nucléaire renvoyé à l’ONU

Iran : Le dossier nucléaire renvoyé à l'ONU Le Figaro – Téhéran mise sur le nouveau casse-tête nord-coréen pour mettre à mal l’unité et la détermination des Occidentaux

Les représentants de six grandes puissances réunis hier à Paris ont haussé le ton face à l’Iran en renvoyant le dossier du nucléaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU et en brandissant la menace de sanctions, face au refus de Téhéran de suspendre l’enrichissement d’uranium. Les Six devraient présenter dès lundi ou mardi une résolution. Mardi, Téhéran avait demandé un délai supplémentaire pour considérer l’offre de coopération faite, le 6 juin, par les grandes puissances en échange de la suspension de l’enrichissement nucléaire. Berlin n’a pas exclu hier de nouvelles négociations.

Déjà fort préoccupés par le défi nucléaire iranien, les Occidentaux voient leur tâche singulièrement compliquée par le retour au premier plan du casse-tête nord-coréen. La simultanéité de ces deux crises majeures embarrasse au plus haut point les diplomates dans la mesure où, comme le souligne l’un d’eux, «un dossier ne manquera pas de rejaillir sur l’autre».
 
La coïncidence n’a sans doute rien de fortuit. Si, en Corée du Nord, les considérations d’ordre intérieur sont toujours difficiles à cerner, il n’est pas douteux que le maître de Pyongyang a pris soin d’effectuer ses tirs de missiles, dont un Taepo-dong II de portée intercontinentale, au moment où l’affaire iranienne entrait à nouveau dans une phase névralgique. Avec la perspective d’un retour du dossier iranien devant le Conseil de sécurité, l’onde de choc des missiles «politiques» de Kim Jong-il était garantie. Leur déflagration est également appelée à se faire entendre dans l’enceinte du sommet du G 8 à Saint-Pétersbourg, en fin de semaine. Certes, entre l’Iran et la Corée du Nord, le contexte apparaît à tous égards différent. Le premier cas concerne le nucléaire, le second, à ce stade, le domaine balistique. Paris estime d’ailleurs utile de préciser que les deux dossiers continueront d’être traités séparément.
 
Mais le lien s’impose de lui-même. Le premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, l’a d’ailleurs établi hier en qualifiant d’un même élan de «menaces pour le monde entier» les programmes nucléaires de Téhéran et de Pyongyang. «Le moindre signe de fermeté ou, à l’inverse, de faiblesse d’un côté se répercutera de l’autre», commente-t-on à Paris. «Si on tolérait quelque chose de Téhéran, Pyongyang s’en prévaudrait, et vice versa», ajoute-t-on.
 
Diversion
 
«Tout cela nous oblige à nous battre sur deux fronts», déplore un diplomate. En brouillant les cartes, la concomitance des deux affaires risque de mettre une nouvelle fois à l’épreuve la laborieuse «unité» de la communauté internationale face aux principaux foyers de prolifération. La position de la Chine, notamment, constitue un souci pour les Occidentaux. En retrait, derrière la Russie, sur l’affaire iranienne, Pékin apparaît, en revanche, en première ligne dans le dossier nord-coréen. Ces derniers jours, la diplomatie chinoise s’est démenée pour faire pièce à une résolution nippo-américaine mettant la pression sur la Corée du Nord. Hostiles à ce texte placé sous le chapitre VII de la charte de l’ONU, et ouvrant donc la voie à des sanctions contre Pyongyang, les Chinois ont milité pour une déclaration présidentielle, moins contraignante, avant de proposer, hier, en accord avec les Russes, un projet de résolution concurrent, évidemment moins contraignant.
 
Dans ces conditions pourrait-on attendre du Conseil de sécurité une attitude plus ferme sur le volet iranien ? C’est précisément ce dont doutent les diplomates qui s’inquiètent des conséquences de la «diversion» nord-coréenne sur l’unité et la détermination des grandes puissances face à Téhéran. Une interaction jugée contre-productive dans la phase actuelle. «Nous ne voulons pas d’un système d’ultimatum, explique un haut diplomate français. Mais, en même temps, nous savons qu’il ne faut pas traîner, car il est sûr que les Iraniens, eux, cherchent à gagner du temps.»