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Iran : L’Abbé Pierre et la Résistance iranienne parlaient un langage commun

CNRI – « Pour se consacrer corps et âme aux plus pauvres, il lui fallait leur dédier toute sa vie, sans exception. C’est un choix difficile et courageux, que nous avons fait nous aussi pour notre peuple en Iran », a déclaré Hélène Fathpour, de la Résistance iranienne, lors d’une cérémonie donnée en hommage à l’Abbé Pierre à Auvers-sur-Oise le 27 janvier. Devant plusieurs centaines d’Iraniens, d’Auversois, de Val d’Oisiens et d’amis proches de l’Abbé Pierre, elle a choisi de se pencher sur les valeurs que partageaient ce grand serviteur des humbles et la résistance iranienne au service de son peuple :

Beaucoup a été dit et écrit sur ce grand homme parmi les hommes. Mais il est vrai que lui et nous, femmes et hommes de la résistance iranienne, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparaient, la langue, la diversité des cultures et des religions, lui et nous, parlions un langage commun : celui de l’amour du prochain. Et je comprends pourquoi il partageait une amitié si profonde avec notre présidente Maryam Radjavi et les résistants d’Achraf.

L’Abbé avait fait le choix d’abandonner toutes les richesses de ce monde, pour se consacrer à la richesse véritable du cœur des hommes, à la déblayer des décombres de la vie, à la faire croître et se développer sous le soleil de l’amour et la pluie féconde du respect. Il avait renoncé à n’aimer qu’une personne et à fonder un foyer, pour pouvoir aimer tout le monde et créer l’union d’une multitude, fonder des communautés à travers la France puis à travers le monde. Pour se consacrer corps et âme aux plus pauvres, il lui fallait leur dédier toute sa vie, sans exception. C’est un choix difficile et courageux, que nous avons fait nous aussi pour notre peuple en Iran.

Pourquoi avait-il choisi d’être au service des plus pauvres ? Parce que c’est en eux que vit Dieu et que c’est à travers eux que l’on peut l’atteindre. Il disait avec raison que Dieu n’est pas dans le ciel, « il est dans le pauvre type qui te parle en ce moment. Le Christ est incarné dans ce voyou, ce voleur, ce menteur. La gloire de Dieu est incarnée en toi qui lis, en moi qui parle »,  parce que pour leur offrir une vie meilleure et digne cela exige un engagement, de lourdes responsabilités, beaucoup de sacrifices et que chaque épreuve, dans cette voie fait grandir l’âme et lui permet d’être plus à l’écoute des autres, à l’écoute de Dieu qui vous parle à travers les autres. Et pour entendre Dieu il faut voir dans le plus petit, le joyau qu’Il y a déposé. C’est alors qu’on devient soi-même tout petit, et c’est pour cela que l’Abbé était si humble.

L’Abbé Pierre avait découvert le véritable trésor de l’humanité, qu’il nommait la « communion » avec les autres.  J’admire cette phrase de lui car elle est mienne depuis longtemps, bien avant que je ne la découvre ; Il a écrit : « "L’enfer, c’est les autres", écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire. L’enfer, c’est soi-même coupé des autres. A l’inverse le Paradis, c’est être en communion illimitée. C’est la joie du partage, de l’échange, baignés dans la lumière de Dieu. »

Notre résistance, à l’instar de la vie et de l’oeuvre de l’Abbé, est entièrement bâtie sur ce trésor de la communion des valeurs humaines que Dieu a offert à l’humanité. Loin de sa terre natale, forcée à l’exil, sans armes face à un ennemi cruel, horriblement mutilée et massacrée, dépouillée de tous ses biens dans ce monde de profusion, cible des pires calomnies, cette résistance est vivante parce qu’elle est forte de l’amour du prochain, de la compassion, du pardon, de la tolérance, de la générosité, de la persévérance, de la joie de vivre, et de la beauté de l’union des coeurs.

C’est un coeur battant où chaque personne qui vient à sa rencontre est accueillie et servie chaleureusement, c’est un coeur qui ne bat que dans une direction, la liberté d’un peuple sauvagement opprimé. C’est un coeur où les capacités de chacun croissent et se multiplient, une communion bâtie sur le roc d’un message juste.

Dieu a voulu que ces deux grandes aventures humaines, Emmaüs et la Résistance iranienne, se rencontrent afin de partager ces trésors de l’humanité.

Je remercie le Seigneur de m’avoir donné la chance de choisir cette vie d’une richesse inouïe et d’avoir rencontré un de ses plus humbles et donc un de ses plus grands serviteur, l’Abbé Pierre.