samedi, décembre 3, 2022

Iran, guerre secrète en Syrie

Par Frédéric Pons

Valeurs Actuelles, 31 octobre – Le vrai enjeu de la crise syrienne est l’avenir de l’Iran. La fin du régime Assad signifierait son affaiblissement stratégique. Des iraniens sont donc directement engagés.

Bachar al-assad peine à reprendre le contrôle total de la situation, face à son opposition armée qui résiste, surtout au nord du pays, dans la région adossée à la Turquie. Pour en finir au plus vite, il a fait appel à ses alliés, le Hezbollah libanais et les gardiens iraniens de la révolution (les pasdarans) qui, eux-mêmes, auraient beaucoup à perdre dans la chute de leur ami Assad et l’installation à Damas d’un pouvoir sunnite soutenu par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Le camp chiite, le Hezbollah libanais et l’Iran, s’est donc soudé derrière Assad. Ils sont directement engagés dans la répression, comme le prouvent la capture d’officiers iraniens par l’opposition, en août, et la mort récente au combat, en Syrie, de miliciens du Hezbollah.

L’implication directe des Iraniens est confirmée par les informations révélées par l’OMPI (Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran), la principale formation de l’opposition iranienne, que les États-Unis viennent d’enlever de leur liste des organisations terroristes. L’OMPI a identifié les unités envoyées par Téhéran et les noms des officiers des pasdarans. Les interrogatoires de ceux qui ont été faits prisonniers par l’Armée syrienne libre (ASL) ont nourri ces données. Valeurs actuelles s’est procuré la synthèse de renseignements faite par l’OMPI. En voici des extraits.

F. P.

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« Selon ces informations qui ont été recoupées par plusieurs dizaines de sources de la Résistance iranienne, des officiers supérieurs et aguerris de ces unités des gardiens de la révolution sont en mission en Syrie : la 48e brigade indépendante de Fath (actuellement 35 officiers supérieurs de cette brigade sont en Syrie) ; la 21e brigade indépendante (basée à Neichabour, dans la province du Khorassan central) ; la 18e brigade indépendante Al-Ghadir (basée à Yazd) ; la 33e brigade indépendante de Djahrom; la 44e brigade indépendante de Ghamar Bani Hachem ; la 57e brigade indépendante de Khorramabad ; le corps des pasdarans de la province d’Azerbaïdjan occidental.

Suite à une directive du haut commandement, l’acheminement des nombreux officiers supérieurs des pasdarans vers la Syrie s’est effectué depuis toutes les provinces vers Téhéran, puis vers la Syrie. Ils sont briefés pour se présenter comme des pèlerins. On leur enseigne même le parcours et le rituel de pèlerinage. Ils sont envoyés sans armes. C’est sur place qu’ils sont armés.

Juillet 2012, déclenchement de l’intervention iranienne

C’est en juillet 2012, après certains succès de l’opposition syrienne et l’échec de la mission de l’Onu, que le régime des mollahs a décidé une intervention militaire d’envergure en Syrie. Le QG de la crise syrienne au sein de la force al-Qods, présidé par le général Ghasem Soleymani (commandant de la force al-Qods des pasdarans), avait décidé, en présence du général de brigade Haj Heydar, de dépêcher davantage de forces vers Damas et de renforcer la présence d’officiers de la force al-Qods sur le terrain.

Le QG de commandement des gardien de la révolution a donné une directive aux 31 corps de ses forces terrestres afin qu’ils dépêchent leurs commandants opérationnels en Syrie. Il était précisé que les officiers seraient très bien payés pour cette mission. La priorité a été donnée aux officiers dignesde confiance qui ont commandé un bataillon ou des opérations pendant la guerre (Iran-Irak), disposant donc d’expériences suffisantes. Après le recrutement, les officiers doivent tenir leurs missions strictement secrètes.

Leur objectif était de reconnaître le terrain et de définir les positions. Ils ont également été briefés sur les ordres de mission des équipes qui allaient débarquer en Syrie. Ces officiers sont ensuite rentrés en Iran pour participer à la planification de l’envoi des équipes d’officiers des pasdarans. Dans cette équipe de reconnaissance se trouvaient notamment cinq officiers de la 48e brigade de Fath, basée à Kohkilouyé, une brigade qui avait mené le plus grand nombre d’opérations pendant la guerre Iran-Irak.

Les vols Téhéran-Damas

C’est ensuite que les équipes d’officiers ont été dépêchées vers la Syrie, dans le courant des mois de juillet et d’août. Les gardiens de la révolution sont arrivés pour la plupart à bord d’avions de la compagnie iranienne Mahan Air (affiliée aux gardiens de la révolution). Chaque mardi, un vol charter faisait la liaison entre Téhéran et Damas. Le numéro de ce vol était 624, de Téhéran à Damas, et 625, au retour vers Téhéran. Depuis les révélations effectuées sur ce vol, il a été reporté au mercredi.

Avant la révolte en Syrie, il y avait 80 à 90 vols par semaine entre Damas et Téhéran, pour transporter des pèlerins, des hommes d’affaires et des militaires. Il n’existe plus que quatre vols par semaine, dont celui de Mahan Air. Les autres vols sont également utilisés de temps en temps pour convoyer des pasdarans. Le régime iranien tente d’envoyer en plus des éléments depuis la ville de Nadjaf (Irak). Une autre voie pour acheminer les pasdarans est de passer par le Liban.

Le 4 août, 150 officiers des pasdarans étaient envoyés à Damas. Ils ont été acheminés depuis l’aéroport de Damas à bord de trois bus. Les 48 pasdarans faits prisonniers étaient dans le troisième bus. Dix jours plus tard, le commandement des gardiens de la révolution a rappelé les 102 officiers à Téhéran où ils sont restés et n’ont pas réintégré leurs corps. Une semaine plus tard, ils ont été envoyés à nouveau à Damas pour exécuter leurs missions.

Les 48 officiers pasdarans iraniens prisonniers

L’OMPI a annoncé que les 48 Iraniens faits prisonniers par l’Armée syrienne libre, le 4 août, sur la route venant de l’aéroport de Damas, étaient tous des officiers de l’armée de terre du corps des gardiens de la révolution : 14 sont des officiers supérieurs du corps de la province de l’Azerbaïdjan occidental, basé à Oroumieh, dont le général Abedine Khoram, commandant en chef des gardiens de la révolution de cette province, le colonel Youssef Akbari, commandant en chef adjoint chargé du renseignement, le colonel Hossein Nouri, commandant en chef de l’artillerie, le colonel Gholamreza Kabraï, officier supérieur du corps des pasdarans, le mollah Karim Hossein Khani, commandant de la milice du Bassidj, ancien chef du bureau de représentation du Guide suprême auprès du corps des pasdarans de la province… Le commandant des forces, dont 48 officiers ont été arrêtés à Damas, est le général de brigade Haj Heydar. Il se trouve actuellement à Téhéran.

Le rôle du corps 7000 de la force al-Qods

La force al-Qods est la branche de l’action extérieure des pasdarans. Le corps 7000 de la force al-Qods joue un rôle spécifique dans la phase actuelle. Il est connu sous le nom de Corps du Liban, responsable des activités et des opérations en Syrie et au Liban. Avant le conflit en Syrie, son QG était déjà à Damas. Il avait pour fonction d’apporter un soutien au Hezbollah à Beyrouth. Mais, depuis le conflit, son QG est totalement investi dans le soutien à l’ingérence des pasdarans en Syrie. Les officiers iraniens envoyés en Syrie fonc tionnent sous le commandement du Corps du Liban de la force al-Qods. La puissance du corps 7000 de la force al-Qods et l’accent mis par le régime sur son rôle dans les événements en Syrie apparaissent aussi à travers la position et l’importance de son commandant. Le commandant du corps 7 000 est le général de brigade Mohammad Reza Zahedi. Il a dirigé l’armée des pasdarans de 2005 à 2008. Il a été le commandant de la garnison Sarallah chargée de la sécurité de Téhéran contre le soulèvement populaire. Zahedi a de l’expérience dans divers domaines : la guerre frontale, la répression des soulèvements populaires et le commandement d’opérations terroristes. Il est donc l’homme de la situation pour la Syrie. Son nom figure sur la liste de la résolution 1747 des sanctions du Conseil de sécurité de l’Onu.

En plus de Mohammad Reza Zahedi, qui commande le corps 7000 et supervise l’ensemble des activités des pasdarans en Syrie et au Liban, les sources de la Résistance iranienne ont identifié les commandants suivants du corps 7000 à Beyrouth : Ahmad Mahtedi, Mohammad Rashidi (ses déplacements au Liban sont tenus secrets), Sadeq Omidzadeh, le mollah Aref Ali, représentant de Khamenei au Liban.

L’organisation de la force al-Qods en Syrie est basée à l’ambassade d’Iran à Damas. Le commandant de la force al-Qods en Syrie est le général de brigade Seyed Razi Moussavi. Il agit en Syrie sous les noms d’emprunt d’Abou-Javad et de Seyed Ali. Deux autres commandants des pasdarans en poste à l’ambassade à Damas sont Haj Hamid et Jaffar.

Le plan secret pour sauver Bachar

Les officiers iraniens assistent et forment les forces syriennes. Des centaines d’entre eux au moins sont engagés dans ces activités à Damas. Pour mener une répression plus efficace, la force al-Qods et le Hezbollah ont formé une force semblable à la milice iranienne du Bassidj, organisée pour diverses missions, comme la collecte de renseignements et des opérations en formation civile ou militaire. Dans le plan des pasdarans, il est stipulé que les forces militaires doivent être locales.

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