lundi, décembre 5, 2022
AccueilActualitésActualités: AchrafIran - Achraf un symbole de la Résistance

Iran – Achraf un symbole de la Résistance

 Opposition : Installés dans la ville d’Achraf, en Irak, qu’ils ont fondée en 1986, les Moudjahidine ont su faire prospérer la cité sur des bases démocratiques. Téhéran ne l’a jamais accepté : elle s’acharne contre ses adversaires les plus organisés, qui sont à la fois réfugiés politiques et
personnes protégées par le droit international.

Par Jean Levert

Afrique Asie, décembre 2008 – Située près de la ville de Khalis, à environ 100 km au nord de la capitale irakienne, la cité d’Achraf apparaît comme une oasis au milieu du désert. En venant de Bagdad, la route offre, six ans après la guerre, un paysage de désolation qui affecte n’importe quel observateur. A l’arrivée de la ville, le contraste est frappant avec la propreté et la beauté verdoyante. On est dans la province de Dyala, que l’on appelle « le petit Irak » en raison de la diversité de sa population. Kurdes, Turkmènes, Arabes, chiites, sunnites et chrétiens s’y côtoyaient.

Fraternité arabo-iranienne

Achraf n’est pas une ville comme les autres. A quelques 70 km de l’Iran, sa population est essentiellement iranienne. Cette zone de l’Irak est peuplée par les Moudjahidine du peuple. Ils ont fondé cette cité en 1986. A l’époque, le gouvernement de Jacques Chirac avait passé un accord avec Téhéran sur la libération des otages français au Liban, en échange de pressions sur Massoud Radjavi, le chef historique des Moudjahidine du peuple exilé à Paris. Plutôt que de subir le diktat des autorités françaises, ce dernier a préféré partir et s’installer sur cette terre hostile, près de l’Iran. L’Irak était alors en guerre avec les mollahs. Le gouvernement irakien a accueilli à bras ouverts cet illustre opposant, la realpolitik l’y contraignait.

Conscient du danger d’une récupération, Massoud Radjavi avait pris ses précautions avant de quitter Paris. A son arrivée, une déclaration irakienne a reconnu l’indépendance politique, organisationnelle et idéologique de la Résistance iranienne qui s’installait sur son territoire. Bien qu’ayant participé à la guerre pour défendre la patrie face à l’invasion irakienne, le Conseil national de la Résistance a pris l’initiative de défendre la paix quand l’Irak a retiré ses troupes d’Iran.

Une fois en Irak, les Moudjahidine, pour qui il est hors de question d’intervenir dans les affaires irakiennes, ont été considérés mis comme des réfugiés politiques et leur base inviolable. Les fonctionnaires de l’Onu qui fréquentaient à l’époque les Moudjahidine du peuple ont été frappés par leur indépendance vis-à-vis de Bagdad. Plus d’un millier de membres de la résistance ont alors rejoint Massoud Radjavi et bâti ce qui allait devenir le quartier général de la Résistance iranienne. Aujourd’hui, ils sont plus de 3 500 hommes et femmes de tous âges. On trouve des rescapés du massacre dans les prisons de 1988, des jeunes de diverses régions d’Iran mais aussi venus d’universités européennes et américaines. On y croise également beaucoup d’étudiants ayant activement participé aux mouvements qui animent les universités iraniennes depuis 1999 et qui ont été pourchassés. Le niveau d’instruction de la population d’Achraf est l’une des plus élevées de la diaspora iranienne ; ici le diplômé d’Harvard ou de la Sorbonne côtoie le paysan de Kermanchah ou du Khouzistan, provinces frontalières de l’Irak.

Sur une superficie de 36 km, les Moudjahidine ont édifié, dans un désert aride, parcs et bâtiments, stade et universités. On y enseigne le droit, l’informatique, la médecine, les langues, notamment l’arabe et l’anglais. On y trouve aussi boulangeries et pâtisseries, ateliers d’informatique et une usine d’Achraf cola, la boisson préférée des combattants sous le soleil brûlant d’Irak.

Il ne faut pas oublier qu’Achraf était, à l’origine, un vaste camp militaire, le quartier général de l’Armée de libération nationale iranienne (ALNI). Quelques vestiges des bombardements américains sont encore visibles mais, contrairement au reste de l’Irak, les Moudjahidine ont tout reconstruit. Comme les autres bases de l’ALNI, Achraf a été terriblement pilonné pendant la guerre. Les Moudjahidine du peuple avaient pourtant pris soin d’afficher leur neutralité durant le conflit. Mais les accords secrets passés à Genève entre Washington et Téhéran en ont voulu autrement. En échange de la promesse de ne pas intervenir dans la guerre et d’autres tartufferies, Téhéran a exigé de la coalition anglo-américaine qu’elle bombarde ses opposants. Désir exaucé. Tout a été réduit en amas de ciment et de poussière, des dizaines de Moudjahidine du peuple ont été tués et de nombreux ont été blessés.

Immédiatement après la guerre, ils se sont mis à reconstruire leur base. Est ensuite venue une période extrêmement difficile, où ils ont été regroupés à Achraf. ہ la suite de pourparlers compliqués avec la force occupante, ils ont accepté un désarmement volontaire. Pendant seize mois, plus de sept organes de renseignement américain les ont interrogés un par un, à la recherche d’une trace justifiant leur maintien sur la liste terroriste américaine, en vain. Concluant cette enquête, une haute autorité américaine a reconnu, dans le New York Times du 27 juillet 2004, qu’aucun lien avec le terrorisme n’avait été découvert. Au prix d’une longue bataille juridique, cette victoire a valu aux Moudjahidine la reconnaissance du statut prévu par la IVe Convention de Genève, soit leur protection par la force occupante qui les avait désarmés. Réfugiés politiques et désormais personnes protégées, le droit humanitaire international et le droit international interdisent leur expulsion forcée ou leur extradition et garantissent leur sécurité judiciaire.

Un barrage contre l’intégrisme

Pendant ce temps, les services de renseignement iraniens ont fait circuler les pires rumeurs sur Achraf. Voilà six ans que la ville est sous les projecteurs internationaux. En fait, les multiples visites de missions parlementaires européennes aident de plus en plus à faire connaître sa nature démocratique. Les relations internes permettent aux habitants de préserver leur unité malgré des conditions ardues et ont surtout permis d’instaurer des liens profonds avec la société civile, les tribus et les partis politiques irakiens.

En juin 2006, 5,2 millions d’Irakiens de toutes les religions, kurdes comme arabes, signaient une pétition mettant en garde contre les dangers du régime iranien en Irak et soutenant les Moudjahidine du peuple d’Iran (Ompi). Le 15 juin 2008, des délégations des provinces du sud du pays remettaient à Sedigheh Hosseini, la secrétaire-générale de l’Ompi, une déclaration, signée par 3 millions de chiites irakiens, affirmant : « Croyant dans l’islam authentique, l’Ompi, qui est opposé à l’intégrisme et à l’extrémisme et qui est l’alternative de ce régime et son contrepoids, est une barrière et un obstacle puissant à l’ingérence du régime et se tient aux côtés du peuple irakien. »

L’ingérence de Téhéran, considérée par la population irakienne comme une deuxième occupation, est aujourd’hui un phénomène dévastateur. L’Irak a toujours été le candidat de choix pour l’exportation de la révolution des mollahs, la porte ouverte sur le monde arabe. Profitant de la nonchalance des Américains à la fin de la guerre, l’Iran a infiltré en Irak 32 000 de ses agents, dont la fameuse division Badr de la force de Hakim, incorporée dans la force spéciale des Pasdaran (Gardiens de la révolution). Cette armée entraînée a servi à mettre en place de multiples escadrons de la mort ayant surtout pris pour cible la population civile irakienne, mais aussi à pénétrer les différentes sphères du pouvoir. L’un des objectifs de l’Iran reste l’anéantissement d’Achraf, qui reflète aujourd’hui un bastion de la résistance aux ayatollahs. Achraf a donc subi directement les pressions de Téhéran et de ses agents irakiens : enlèvements, sabotage de son approvisionnement en eau, attaques aux missiles Grad fabriqués en Iran, attentats contre les ouvriers irakiens et assassinat de centaines de personnalités irakiennes ayant pris sa défense.

Eviter un nouveau Sabra et Chatila

Téhéran complote aujourd’hui pour faire transférer la protection d’Achraf vers les forces de sécurité irakiennes. Amnesty international, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et l’ensemble des organisations internationales mettent en garde contre une terrible tragédie qui se prépare, voire un scénario bis de Sabra et Chatila. Vu l’étendue de l’infiltration en Irak des Gardiens de la révolution, le transfert de la protection placerait la cité à leur merci. La déclaration du conseil des ministres irakiens en juin, interdisant tout contact avec les habitants d’Achraf et exigeant le « contrôle entier » de l’Ompi « jusqu’à son expulsion d’Irak », renforce l’inquiétude. Le ministre irakien de la Justice va même jusqu’à menacer Achraf de « destruction ».

Une forte mobilisation est nécessaire pour empêcher les Américains, qui sont à l’origine du bombardement et du désarmement des Moudjahidine d’Achraf, de se désister. Mais tout observateur est touché par le calme et la discipline qui règnent dans cette oasis de paix, pourtant dans l’oeil du cyclone. Achraf peut être la clé et la solution de questions cruciales dans cette région du monde. ■

 

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe