La police irakienne ignore l’ordre définitif de relaxe des opposants iraniens
Par Vincent Braun
La Libre Belgique, 2 octobre -La confusion la plus totale règne toujours quant au sort des trente-six opposants iraniens qui avaient été arrêtés fin juillet dans le camp irakien d’Ashraf (au nord-ouest de Bagdad, non loin de la frontière iranienne), au terme d’une opération musclée de la police locale qui s’était soldée par un bilan de onze morts et de plusieurs centaines de blessés parmi les dissidents iraniens peuplant le camp.
Les trente-six personnes arrêtées, toutes membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), sont maintenues en détention depuis lors dans une prison irakienne, en contravention totale de trois ordres de libération successifs délivrés par une cour irakienne – toute possibilité d’appel ayant maintenant été épuisée – faute de charges retenues à leur égard. Une détention illégale contre laquelle ils protestent depuis le début par le biais d’une grève de la faim.
“Les détenus auraient dû être libérés à l’heure qu’il est… Nous avons donné des ordres à tous les postes de police du pays pour les relâcher où qu’ils se trouvent”, a déclaré mercredi le procureur général d’Irak Ghadanfar Mahmoud. Deux jours plus tôt, le juge qui avait rendu l’arrêt affirmait : “Je les ai libérés. J’ai dit qu’ils devaient rentrer au camp d’Ashraf.”
Mais, selon toute vraisemblance, la police irakienne continue à faire obstruction à cette décision. Le brigadier Ali Hussein al-Shemari, le chef de la police de la province de Dialya (où se trouve Ashraf), déclarait mercredi que “les autorités régulières en charge des trente-six membres des Moudjahidine du peuple d’Iran n’étaient pas satisfaites du verdict de la Cour de Khalis” et que “les détenus ne seront pas libérés tant que la cour d’appel n’aura pas statué à leur sujet”.
Le procureur de la cour de la ville de Khalis, d’où émane le dernier verdict rendu dimanche, a précisé que toutes les possibilités d’appel de cette “décision légale” sont épuisées et que “la poursuite de leur détention n’a rien à voir avec le système judiciaire irakien”. Une déclaration qui est intervenue alors que le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki annonçait jeudi la mise sur pied, dans la perspective des élections législatives du 16 janvier 2010, d’une nouvelle coalition politique, multiconfessionnelle et… “en faveur de l’Etat de droit”.
“Le troisième verdict est définitif, ne pouvant plus faire l’objet d’aucune procédure d’appel conformément à la loi irakienne, en conséquence de quoi les trente-six individus doivent être relâchés”, écrivait jeudi la présidente du Conseil national de la résistance iranienne Maryam Radjavi, dans une lettre envoyée au président américain Barack Obama, où celle-ci demande son intervention urgente pour leur relaxe. Une démarche qui fait écho et suite au nouvel appel à la libération lancé la veille par l’organisation Amnesty International.
Les trente-six dissidents iraniens ont, selon toute vraisemblance, été emmenés tout récemment dans un autre lieu de détention gardé secret. Mais leur état de santé est aujourd’hui d’autant plus préoccupant et précaire que les détenus poursuivent une grève de la faim, dont ils étaient hier au soixante-sixième jour, afin de contester contre leur détention illégale.
Une situation bien moins enviable encore que leur exil à Ashraf, ce camp construit dans les années 80 par Saddam Hussein pour abriter les opposants au régime théocratique de Téhéran, et qui abrite aujourd’hui quelque 3500 membres de l’OMPI.

