mercredi, décembre 7, 2022
AccueilActualitésActualités: Iran RésistanceIl est temps de «ré-initialiser» l’Iran

Il est temps de «ré-initialiser» l’Iran

Par Robert Joseph, secrétaire d’Etat américain pour le contrôle des armements et la sécurité internationale 2005-2007.

National Review, 10 juin – Nous devrions cesser de perdre du temps avec une élection qui ne peut apporter de réforme, et nous engager dans un changement de régime.

Juin pourrait se révéler un mois crucial pour déterminer le résultat du programme nucléaire de l’Iran et l’avenir du régime théocratique lui-même. Cette semaine, le Conseil des gouverneurs de l’AIEA se réunira, et le 14 juin, l’Iran tiendra son élection présidentielle (avec un deuxième tour possible une semaine plus tard).

Le prélude à ces deux événements rend clair que les politiques menées à ce jour par la communauté internationale, et les Etats-Unis en particulier, n’ont pas réussi à atteindre l’objectif d’un Iran non nucléaire et démocratique. Le temps est maintenant venu pour un changement fondamental de politique.

Les conclusions du dernier rapport de l’AIEA, publié plus tôt en mai, définissent la situation de la réunion du conseil d’administration. Peut-être que le calme relatif qui a accompagné la publication du rapport est plus révélateur. En grande partie, cela donne une mesure de la manière dont l’Iran a réussi à faire obstruction aux inspecteurs de l’agence. Après tout, c’est le 41e rapport de ce genre, et beaucoup des conclusions les plus troublantes sont devenues des caractéristiques standards. Par exemple, les rapports précédents, comme l’actuel, exprimaient leur préoccupation sur les possibles «activités liées au développement d’une charge nucléaire pour un missile » et évaluaient comme crédibles « les informations disponibles à l’Agence » en ce qui concerne les activités «pertinentes pour le développement d’un dispositif explosif nucléaire ». Ces résultats et d’autres ont fait les gros titres la première fois qu’ils ont été rapportés, mais maintenant, le choc a disparu.

Pourtant, les documents du rapport de l’AIEA montrent une augmentation substantielle de production de l’uranium enrichi à 5 pour cent et à 20 pour cent, ainsi que l’augmentation du nombre de cascades d’exploitation et d’installation de centrifugeuses avancées qui vont produire davantage de matière fissile à un rythme beaucoup plus rapide. À ce jour, l’Iran a produit dans ses installations déclarées près de 9.000 kilogrammes d’UF-6 (hexafluorure d’uranium) enrichi jusqu’à 5 pour cent et plus de 300 kilogrammes d’UF-6 enrichi jusqu’à 20 pour cent. Selon diverses estimations, avec un traitement militaire, les stocks de 5 pour cent pourraient fournir assez de matière pour six ou sept bombes, la matière pour la première bombe pouvant prendre aussi peu de temps que trois à quatre mois à l’aide des centrifugeuses existantes. La menace la plus urgente est de l’UF-6 enrichi jusqu’à 20 pour cent, dont plus de 180 kg restent actuellement disponibles pour un enrichissement supplémentaire. Avec seulement 70 kg de plus de matière enrichie à 20 pour cent, l’Iran pourrait posséder suffisamment d’uranium pour une arme en quelques semaines. Au rythme de production actuel, l’Iran pourrait rapidement franchir la ligne rouge fixée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en septembre.

Malgré la poursuite de l’avance du programme nucléaire de l’Iran, la réunion en juin du conseil des gouverneurs est susceptible de ressembler aux précédentes – il est peu probable qu’il y ait des résultats concrets. Mais avec le temps qui passe rapidement, avant que l’Iran n’ait les moyens de fabriquer sa première bombe nucléaire, l’incapacité persistante de l’AIEA à agir efficacement enverra un signal puissant. Téhéran va probablement conclure que son intransigeance avec l’AIEA a peu d’inconvénients et que sa stratégie de retard dans les négociations avec les grandes puissances continue de marcher. Jérusalem, si elle ne l’a pas déjà fait, va probablement conclure que les dix années de politiques de rapprochement et les sanctions n’ont pas stoppé l’Iran dans sa quête aux armes nucléaires et que l’usage de la force – même avec tous ses inconvénients – offre la dernière chance pour empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire avant que la «fenêtre d’action » se referme.

Pendant et après la réunion, Washington va probablement répéter ses points de discussion bien connus mais fera peu pour changer les calculs de l’Iran ou d’Israël. Si les modèles passés tiennent bon, les décideurs américains, tout en exprimant leur préoccupation, se prendront à espérer que les élections présidentielles peuvent fournir une nouvelle voie pour la diplomatie. L’hypothèse, comme toujours, sera qu’il reste suffisamment de temps pour les négociations.

L’élection présidentielle iranienne suivra la réunion de l’AIEA d’une semaine. Alors que le vote n’a pas encore eu lieu, le résultat est joué d’avance. Grâce à ce que le régime lui-même appelle «le mécano électoral », le Conseil des gardiens a éliminé tous les candidats qui ne suivent pas strictement les préceptes du guide suprême Khamenei et des mollahs. Cette fois, pour éviter une répétition du soulèvement populaire qui a suivi l’élection de 2009, le Conseil a disqualifié la candidature de toute personne qui pourrait soutenir même le programme de réforme le plus modeste. Cela comprend les anciens piliers du régime, comme Hachemi Rafsandjani, et même le soi-disant «modérés» et favori du président sortant Mahmoud Ahmadinejad, Esfandiar Masha’i.

Ces actions trahissent les profondes divisions qui sont apparues au sein de la classe dirigeante au cours de la dernière décennie et en particulier dans les quatre dernières années du second mandat d’Ahmadinejad.

Plus important encore, ces actions révèlent la vulnérabilité croissante et le désespoir d’un régime sous pression pour sa corruption, la répression politique, et les troubles économiques causés par les sanctions. Comme toutes les dictatures, la plus grande menace pour le régime iranien vient de son propre peuple. Les dirigeants sont de plus en plus isolés et éloignés de leurs citoyens. La manipulation officielle de l’élection de juin ne fera qu’aliéner davantage le peuple iranien et les fractures au sein du régime.

Fonder la politique américaine sur l’espoir que quelque chose de positif viendra d’un nouveau président iranien – qu’il sera «quelqu’un avec qui nous pourrons faire des affaires » – permettra seulement d’assurer la poursuite de nos échecs en série. (Le favori électoral émergent est Saïd Jalili, l’ancien négociateur nucléaire extrémiste dont le slogan électoral est «Pas de compromis. Aucune soumission. »)

Les faits ne nous donnent aucune raison d’espérer que le régime dirigé par Khamenei devienne plus modéré ou modifie ses ambitions nucléaires à cause des sanctions ou d’une dynamique interne.

Bricoler avec la politique actuelle ne fera pas parvenir à un Iran non nucléaire et démocratique. Au lieu de cela, il est temps de «réinitialiser» la politique américaine et de reconnaître la nécessité d’un changement de régime. Ce changement doit venir de l’intérieur de l’Iran et être dirigé par les Iraniens, mais les Etats-Unis et la communauté internationale peuvent fournir un soutien essentiel pour encourager et renforcer l’opposition à l’intérieur et à l’extérieur de l’Iran.

Le 22 juin, des dizaines de milliers d’exilés iraniens venus du monde entier se réuniront près de Paris pour manifester leur soutien à la mise en place d’un Iran laïque, non-nucléaire et démocratique. Dirigé par le Conseil national de la Résistance iranienne, ce sera l’un des plus grands rassemblements de l’opposition iranienne à ce jour. Il s’agit d’un groupe situé tout en haut de la liste des ennemis des mollahs, persécuté sans relâche dans son pays et à l’étranger en raison de sa menace permanente pour le régime. Honorer les engagements des États-Unis pour protéger ses membres résidant encore en exil en Irak est un impératif moral. Soutenir les efforts de l’opposition iranienne est une politique saine. C’est un bon endroit pour commencer.

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe