CNRI – « J’aimerais partager avec vous quelques vérités sur Achraf et la situation en Irak, et j’aimerais que vous en tiriez vos propres conclusions à partir de ce que vous entendrez », a déclaré Tahar Boumedra le 19 aout dans une conférence au siège de l’ONU à Genève en marge de la session du conseil des droits de l’homme de l’ONU.
L’ancien directeur des droits de l’homme de la MANUI en Irak et conseiller chargé du dossier d’Achraf pour l’ONU a déposé un témoignage choc :
J’étais la principale personne en charge du dossier d’Achraf et j’étais également le conseiller du représentant spécial du Secrétaire général (RSSG) à Bagdad. Je me rendais à Achraf chaque semaine et lorsque j’arrivais à là-bas, avant d’atterrir je demandais toujours au pilote de survoler Achraf pour voir de près où se trouvait tout le monde et qui faisait quoi. Et je pourrais vous dire qu’Achraf est un camp hautement fortifié, où personne ne pourrait pénétrer sans la préparation et le soutien actif de la police et de l’armée irakienne.
Je faisais une plaisanterie avec un des officiers et lui demandais combien de gens avaient réussi traversé le terrain pour entrer à Achraf. Ils connaissent les moindres détails. Il y a des miradors dans chaque coin du camp, au sud, à l’est et également au nord. Après les évènements d’avril 2011, les forces irakiennes ont pris 40% du côté nord d’Achraf et construit ce remblai qui traverse Achraf de l’est à l’ouest de 5 mètres de haut, avec des BMP, ces transports de troupes blindés postés tout en haut. Avec les canons dirigés vers les zones d’habitation, chaque petit détail est observé à toute heure.
Rien ne pouvait entrer à Achraf sans être vu et les officiers de la police militaire ont les pleins pouvoirs. Leurs pouvoirs dépassent ceux de la police. Il y a un bataillon de police à Achraf et un bataillon d’infanterie mécanisée, et le capitaine de la police militaire est celui qui est en charge et il donne des ordres aux colonels qui sont en charge de la police et de l’armée. Par conséquent, c’est la police militaire qui est en réalité en charge du camp d’Achraf depuis 2009.
Maintenant, lorsque j’entends qu’il y a des doutes sur qui a fait cela, cela me choque. Cela me choque parce que je connais exactement le mécanisme avec lequel cela a été fait. Ils l’ont fait en 2011 et c’est moi qui ai mené la mission d’enquête et j’ai parlé directement à ceux qui ont commis le crime d’avril 2011. Ils ont tenté de rejeter la responsabilité sur les Achrafiens mais finalement ils ont reconnu qu’ils c’étaient eux qui l’avaient fait.
Mes homologues à l’ambassade américaine ont également tenté de dissimuler ces réalités mais ils m’ont dit : « Oh vous savez, la situation est devenue incontrôlable et l’armée irakienne ne pouvait pas, plus ou moins, surveiller étroitement la situation.» Ils sont allés à Achraf le 10 avril et ne m’en ont pas informé parce qu’il y a une certaine convention d’organisations de travail qui fait que nous nous informons les uns les autres, et je suis allé à Achraf le 13 avril et j’ai découvert que les Américains étaient passés avant moi et qu’ils n’avaient rien dit et gardé le silence.
Le rapport sur le massacre d’avril 2011 a été envoyé ici à Genève de manière irrégulière parce que je n’étais pas autorisé à envoyer le rapport par les voies normales. Cela signifie que si je ne l’avais pas envoyé hors circuit, nous l’aurions étouffé.
Maintenant, pour en venir au 1er septembre, ce dernier massacre, lors de la cérémonie de l’Iftar (3 aout 2013), j’ai mis en garde et j’ai dit que cela allait se produire, et je n’étais pas en train plus ou moins de supputer, c’était fondé sur les informations que je partageais avec les autorités irakiennes.
Elles ont partagé beaucoup d’informations avec moi, y compris les faits qu’elles allaient mener ce genre d’attaque et finalement de déporter d’un certain nombre d’eux.
Permettez-moi très brièvement de vous briefer sur comment les choses sont faites à la MANUI. Pour que vous saisissiez qu’il n’y a rien qui arrive aux Achrafiens qui soit un secret pour la MANUI. Regardez les institutions de la MANUI dont la section qui s’occupe de la situation de la sécurité. Il y a trois institutions au sein de la MANUI. La première est appelée Polad. Polad est une institution de la police qui conseille la MANUI sur la sécurité. La seconde institution est Milad. Les conseillers militaires au Milad se coordonnent avec l’armée irakienne et partagent également les questions de sécurité.
La troisième institution est le DSS. Le Département de Sûreté et de Sécurité. Le Département de Sûreté et de Sécurité a une vue d’ensemble sur l’ensemble de la situation de sécurité avec le chef d’état-major de l’armée irakienne et la sécurité du premier ministre.
Je suis donc surpris par les déclarations faites qui prétendent qu’il y a un doute sur l’auteur [du massacre]. Il n’y a pas de doute et je pourrais le confirmer dans cette réunion et j’espère que la presse ou le personnel de l’ONU dans cette salle relèvera ce que je dis : cela a été fait par l’armée irakienne en coordination avec le cabinet du premier ministre, sur ordre de Fallah Fayaz, le conseiller à la sécurité nationale.
Maintenant, où sont les sept personnes enlevées ? Là encore, ce n’est pas un secret, il n’y a pas moyen que la MANUI ne sache pas. Il n’y a pas moyen que l’ambassade américaine ne sache pas où elles sont ? Je vous le dis d’après mon expérience, lorsque les 36 ont été emmenés en 2009 de Khalis, ils ont disparu et je les ai suivis où ils étaient. Ils étaient à Bagdad dans la Zone Verte à 50 mètres du quartier général de la MANUI et aussi à 50 mètres de la présidence irakienne dans un bâtiment portant la mention de « Haut Conseil de l’Éducation Nationale », et l’Éducation Nationale était utilisée comme une prison secrète. Ils les ont détenus là. Je suis allé leur rendre visite en présence d’officiers de la sécurité irakienne. Je leur ai dit : « Maintenant vous êtes mes voisins, et je vous rendrai visite tous les jours. » Le lendemain, je suis allé les voir ; ont les avaient transférés. Ils avaient été emmenés à l’aéroport dans une prison appelée Al Mossana.
Il s’agit d’un modèle de comportement qui se répète constamment et je vous déclare que la MANUI connaît très bien ce modèle et connaît également les partages d’informations avec l’appareil de l’armée irakienne et d’autres organisations. Le CICR, le HCR savent ces choses-là également.
Nous avions l’habitude de nous asseoir et de partager ces informations de façon quotidienne entre et avec la communauté diplomatique. Par conséquent, les choses sont claires, les responsabilités sont évidentes, et il est temps, il est réellement temps de tenir l’ONU pour responsable de ce qui se passe parce que je ne pense pas qu’ils ne sachent pas. J’ai dit en août dernier que ceci était prévisible et évitable. Rien n’a été fait, nous avons assisté à un crime contre l’humanité et des explications doivent être données.

