
L’activation du mécanisme de « snapback » de l’ONU par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni a ébranlé les dirigeants iraniens, révélant de profondes inquiétudes quant à un effondrement économique imminent et à de possibles troubles sociaux. Tandis que les responsables maintiennent un ton de défiance en public, à huis clos, le régime clérical s’efforce de contenir la panique, de faire taire les avertissements et de garantir la stabilité.
Le CGRI arrête des responsables de la Chambre de commerce suite à un rapport sur le « snapback »
Dans un des signes les plus évidents de contrôle des dégâts, des agents du renseignement du CGRI ont interrogé de hauts responsables de la Chambre de commerce iranienne après la publication d’un rapport interne mettant en garde contre de graves répercussions économiques des sanctions de type « snapback ». Des sources suggèrent que le CGRI a pénétré au siège de la Chambre le 28 août, interrogeant des membres de son département des affaires internationales et les forçant à revenir sur leurs conclusions.
Selon des sources proches du dossier, les membres du conseil ont également reçu l’ordre de ne pas commenter publiquement les effets du renouvellement des sanctions de l’ONU. Cette décision souligne la sensibilité du régime aux projections économiques susceptibles d’alimenter l’inquiétude de la population et de déclencher des troubles.
Un rapport fuité met en garde contre un effondrement monétaire et une profonde récession
Avant d’être censuré, le rapport de la Chambre de commerce, intitulé « Impacts économiques des sanctions de l’ONU sur l’Iran », prévoyait des conséquences désastreuses en cas de rétablissement complet des mesures de retour à la normale. Dans le pire des cas:
- Le dollar américain pourrait grimper à 165 000 IRR dans les prochains mois.
- L’inflation pourrait atteindre 90 %.
- La croissance économique resterait négative dans tous les scénarios, plongeant l’Iran dans une récession plus profonde.
Le rapport avertit que l’économie iranienne n’a « pas la capacité d’absorber une nouvelle vague de sanctions de l’ONU » après des années de faiblesse structurelle, de restrictions américaines antérieures et de déficits budgétaires croissants. Des économistes proches de la Chambre ont conclu que de nouvelles sanctions pourraient accélérer le chômage, les faillites et les troubles sociaux.
Pourquoi le régime a réagi si violemment ?
Suite à la fuite, les médias affiliés à l’État ont accusé la Chambre de « semer la panique » et d’« alimenter l’instabilité » sur les marchés financiers. Selon les analystes, l’intervention musclée du CGRI met en évidence deux réalités cruciales :
- Le régime craint qu’un débat ouvert sur les risques économiques ne déstabilise davantage les marchés des changes et n’aggrave la méfiance du public.
- Les autorités considèrent que le maintien du moral et le contrôle des discours sont essentiels pour prévenir des manifestations généralisées.
Cette réponse virulente s’inscrit dans un effort plus large visant à supprimer les avertissements économiques. Le ministère de la Culture a publié une directive classifiée à l’intention de tous les médias, leur ordonnant d’éviter les « titres alarmants » ou les « analyses axées sur la crise » et de souligner la « résilience de l’Iran face aux sanctions ». Il a été spécifiquement interdit aux journalistes de publier des projections liant les sanctions de type « snapback » à des hausses de prix ou à l’instabilité des marchés.
Le Parlement prône une réponse conflictuelle
Parallèlement, le Parlement intensifie son discours. Le vice-président Hossein Hajji Deligani a annoncé que les législateurs rédigeaient un « projet de loi triplement urgent » visant à :
- Retirer l’Iran du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) et de son Protocole additionnel ;
- Mettre fin à toute coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ;
- Suspendre tous les pourparlers avec les États-Unis et les puissances européennes.
Deligani a accusé les diplomates iraniens de faiblesse, affirmant que les négociations passées « ont encouragé l’Europe » à déclencher le « snapback ».
Des notes confidentielles révèlent des craintes sécuritaires
Une note distincte du ministère du Renseignement, divulguée, avertissait les agences gouvernementales et les entreprises publiques que le renouvellement des sanctions de l’ONU pourrait :
- Faire s’effondrer les revenus pétroliers
- Provoquer un chômage massif
- Provoquer des faillites généralisées
- Augmenter le risque de manifestations urbaines
Le ministère a exhorté les entreprises à préparer des « plans de résilience » comprenant des renégociations de contrats, des mises à niveau de cybersécurité et des stratégies de couverture des risques – des mesures visant moins la politique étrangère que la limitation des répercussions intérieures.
Si Téhéran affiche sa force à l’étranger, ses actions internes – censure, arrestations et rétractations forcées – reflètent une crise morale croissante. Le retour en force du régime a intensifié les craintes de réactions négatives de l’opinion publique, de chute libre de la monnaie et de nouvelles vagues de troubles. Pour un régime déjà confronté à une légitimité déclinante, le retour des sanctions de l’ONU risque de devenir un point de bascule politique et social.

