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Le discours provocateur de Khamenei révèle un régime en proie à la peur, au déni et à l’effondrement

Le discours provocateur de Khamenei révèle un régime en proie à la peur, au déni et à l'effondrement
Le 20 octobre 2025, à Téhéran, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, rencontre un groupe trié sur le volet d’athlètes fidèles et d’étudiants proches du régime.

Sous le choc des pertes militaires, de la démoralisation des forces de sécurité, du rétablissement des sanctions de l’ONU et de la multiplication des revers régionaux, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, est monté sur scène le 20 octobre 2025, affichant défi et déni, une tentative de contrôler un régime assiégé de l’intérieur comme de l’extérieur. S’exprimant devant un public trié sur le volet composé d’athlètes et de lauréats scientifiques – un cadre soigneusement choisi pour évoquer la « vigueur nationale » –, le Guide suprême a alterné triomphalisme et griefs, saluant les frappes de missiles iraniennes comme une preuve de force tout en fustigeant les « ennemis » menant une « guerre douce » pour saper le moral de la population. Il a accusé les États-Unis d’« arrogance », de « terrorisme » et d’« ingérence », et jurant que l’Iran « ne céderait jamais à la négociation sous la contrainte ».

Pourtant, derrière cette bravade rhétorique se cache un sous-entendu clair : le régime clérical trébuche. La guerre des Douze Jours lui a coûté des commandants supérieurs, de nombreux atouts stratégiques et son dernier discours de dissuasion crédible. Alors que les renseignements occidentaux et les images satellite confirmaient la destruction de plusieurs installations nucléaires et de missiles par des frappes américaines B-2, Khamenei en est venu à affirmer que les forces iraniennes avaient « réduit en cendres les centres sensibles d’Israël » – une déclaration que peu de médias extérieurs à l’État ont prise au sérieux. Son insistance sur le fait que « ces missiles n’ont été ni achetés ni loués », mais « fabriqués à la main par la jeunesse iranienne » était moins une déclaration de fierté industrielle qu’une tentative désespérée de réaffirmer l’autonomie nationale dans un contexte d’humiliation militaire et de troubles intérieurs croissants.

De la vantardise à la faute
La réaction publique du régime aux déclarations d’après-guerre du président américain Donald Trump a révélé l’ampleur de sa panique intérieure. Trump avait célébré les frappes B-2 comme « l’une des plus belles opérations militaires de l’histoire », affirmant qu’elles avaient « mis fin à l’intimidation iranienne au Moyen-Orient ». Khamenei a réagi en s’en prenant personnellement à lui, qualifiant la victoire revendiquée par Washington de « fantasme ». Mais son ton défensif trahissait la réalité : les pertes de Téhéran étaient à la fois matérielles et psychologiques.

Dans le même temps, Khamenei a déclaré que l’Iran « ne s’assoira à aucune table où l’issue est prédéterminée », rejetant catégoriquement l’offre de dialogue de Trump et qualifiant la diplomatie elle-même de capitulation.

Les références du Guide suprême aux « plus d’un millier d’Iraniens martyrisés pendant la guerre » et aux « soixante-dix mille civils tués à Gaza » visaient à brouiller les distinctions entre sa défaite sur le champ de bataille et le conflit plus large au Moyen-Orient, les fusionnant en un seul récit de résistance et de victimisation. Cette fusion rhétorique est une vieille tactique de survie : chaque fois que le régime est confronté à une vulnérabilité intérieure, il se réfugie dans l’image de la confrontation extérieure.

La défiance comme moyen de défense
L’insistance de Khamenei sur le fait que l’Iran « ne cessera jamais l’enrichissement d’uranium » et « utilisera à nouveau ses missiles si nécessaire » n’est pas un signe de confiance, mais de retenue. Les centres de pouvoir du régime, en particulier les Gardiens de la révolution et leur vaste réseau militaro-industriel, dépendent de la confrontation pour leur survie institutionnelle. Sans la rhétorique de la lutte existentielle, le Guide suprême perdrait le seul principe d’organisation qui unit encore son élite divisée.

Ses propos sur la « guerre douce » et le « désespoir psychologique » révèlent une inquiétude quant au fait que le véritable champ de bataille n’est plus extérieur, mais intérieur : une population épuisée par une inflation supérieure à 40 %, des manifestations récurrentes et des exécutions de masse.

Même son affirmation selon laquelle la jeunesse iranienne est le « symbole d’espoir » et l’« image radieuse de la nation » était une reconnaissance implicite de la profonde crainte du régime, à savoir que la jeune génération se soit retournée contre le régime clérical. En mettant en scène son discours devant des médaillés et des scientifiques, Khamenei a cherché à projeter loyauté et vigueur, mais l’auditoire soigneusement trié n’a fait que souligner l’étroitesse de sa base.

L’isolement derrière la grandiloquence
L’attaque verbale de Khamenei contre « l’ingérence » et « l’arrogance » de Trump, ponctuée par la question « Qui êtes-vous pour décider ce qu’un autre pays peut ou non avoir ? » a été présentée comme une défense de la souveraineté. Pourtant, cette même souveraineté a été minée par des années de dépendance envers la Russie et la Chine.
L’hésitation récente de Moscou à fournir des systèmes de défense aérienne de remplacement après les raids B-2 aurait suscité la colère de certains membres du CGRI, tandis que les envoyés de Khamenei s’efforcent de rassurer Pékin et Moscou sur le fait que Téhéran reste un partenaire utile. Sa référence aux « missiles que nous avons construits nous-mêmes » n’était donc pas une simple posture nationaliste, mais une plainte codée concernant l’isolement stratégique croissant du régime.

Ce que le Guide suprême a présenté comme unité et défiance est, en réalité, le langage d’un État pris entre ruine économique et vulnérabilité militaire. Chaque vantardise concernant les missiles ou le martyre cache une insécurité plus profonde : la crainte que tout véritable compromis – qu’il s’agisse d’enrichissement, de missiles ou d’intervention étrangère – ne démantèle l’ordre clérical lui-même.

Un dirigeant en guerre contre la réalité
La dernière performance de Khamenei reflète un système qui ne croit plus à sa propre propagande, mais ne peut survivre sans elle. La guerre des Douze Jours a brisé la dissuasion du régime iranien ; le rétablissement des sanctions de l’ONU a étranglé ce qui restait de son économie ; et la rue reste instable après des années de manifestations et d’exécutions.

Son rejet de la négociation et ses menaces de nouvelles attaques de missiles peuvent réjouir les loyalistes, mais ils témoignent aussi d’un régime qui considère la guerre et la répression comme ses derniers outils de survie.

Un leadership qui doit célébrer la « réduction des ennemis en cendres » tout en enterrant ses propres morts a perdu à la fois sa cohérence stratégique et son autorité morale. Sa défiance est défensive, ses victoires imaginaires et sa survie se mesure de plus en plus à l’aune de cycles de propagande plutôt qu’à celle du temps politique.