
Des rapports publiés par les médias du régime ont souligné la gravité de la crise du logement et du délabrement urbain en Iran. Derrière les slogans officiels tels que « régénération urbaine » et « revitalisation », la réalité est celle de la négligence, des déplacements et d’un risque croissant pour des millions d’Iraniens contraints de vivre dans des quartiers dangereux et en déclin.
Selon le centre de recherche parlementaire du régime, 19 millions de personnes vivent dans des zones urbaines que les autorités qualifient d’« inopérantes » ou « délabrées », et au moins 10 millions d’entre elles vivent dans des logements structurellement précaires. Ces chiffres représentent près d’un quart de la population et révèlent l’aggravation de la crise engendrée par des décennies de corruption, une planification défaillante et l’incapacité du régime à répondre en priorité aux besoins les plus élémentaires de la population.
La gentrification déguisée en renouveau
Même les urbanistes proches du régime reconnaissent désormais que les projets dits de « rénovation » aboutissent souvent à une gentrification plutôt qu’à une véritable régénération. Présentés comme des efforts visant à améliorer la sécurité et la qualité de vie, ces projets augmentent la valeur des propriétés, encouragent le développement spéculatif et déplacent les résidents à faibles revenus.
Ce cycle – désinvestissement, rénovation superficielle et relogement forcé – est évident depuis les années 1980 et s’est accéléré dans les années 2000. Malgré les promesses officielles de « politique équilibrée » et de « soutien aux locataires », dans la pratique, les familles sont chassées des quartiers centraux et refoulées vers les périphéries de la ville, où les infrastructures et les services sont encore plus insuffisants.
Délabrement croissant, solutions en déclin
Loin de résoudre le problème, le déclin urbain s’est considérablement aggravé. Au cours de la dernière décennie, le volume du tissu urbain dégradé a augmenté de 15 %, passant de 140 000 hectares en 2013 à 170 000 à 200 000 hectares aujourd’hui, selon les propres calculs du régime.
La capitale est au cœur de la crise. Téhéran compte 13 600 hectares de zones urbaines dites « inefficaces », représentant près de 10 % de l’emprise de la ville. Trente-deux des 47 villes de la province abritent de tels quartiers.
La situation n’est guère plus reluisante à Ispahan, qui compte 11 000 hectares de quartiers délabrés où se concentre près d’un cinquième des habitants de la province. Les autorités reconnaissent que 18 % de la population d’Ispahan, soit quelque 900 000 personnes, est prisonnière de logements insalubres. La province à elle seule représente environ 7 % du tissu urbain délabré du pays.
Affaiblissement de terrain : une catastrophe imminente
Au-delà de l’effondrement des logements, de nombreuses villes iraniennes sont désormais confrontées à un effondrement environnemental. À Ispahan, les experts mettent en garde contre un affaissement de terrain catastrophique, provoqué par la surexploitation des eaux souterraines et l’assèchement de la rivière Zayandeh Rud. Le chef du département de sismologie et des risques du ministère des Routes et du Développement urbain a averti que, sans intervention, entre 2,5 et 3 millions de personnes pourraient un jour devoir être évacuées de la région. Il a qualifié un tel scénario de « crise nationale ».
Les mêmes conditions – constructions incontrôlées, épuisement des nappes phréatiques et infrastructures construites sur des terrains instables – existent dans d’autres provinces, amplifiant le risque de catastrophe généralisée.
Habitations dangereuses dans la capitale
À Téhéran, la situation est déjà critique. Une étude conjointe des agences de gestion de crise du régime a révélé que 60 % des bâtiments de la ville sont dangereux. Sur les 4 960 structures examinées – dont des hôpitaux, des écoles, des universités, des installations militaires et policières, d’importants centres commerciaux et des bâtiments publics – 3 000 ont été classées comme hautement dangereuses. Dans une ville construite sur des failles sismiques actives, les conséquences sont catastrophiques.
Promesses non tenues et plans creux
Malgré les annonces répétées de programmes ambitieux, le régime a constamment failli à ses engagements. Le quatrième plan de développement, présenté il y a plus de 15 ans, promettait une rénovation systématique des zones urbaines dégradées. Pourtant, les responsables du régime reconnaissent aujourd’hui que sa mise en œuvre accuse un retard important, que les cadres juridiques sont inefficaces et que les fonds promis ne se sont pas matérialisés.
Alors même que les experts du logement réclament des logements abordables, la protection des locataires et des solutions communautaires, les autorités privilégient le profit à court terme pour les promoteurs et les élites politiquement connectées. La Société de Régénération Urbaine, organisme public chargé de superviser le processus, admet ouvertement ne pouvoir agir sans une « mobilisation massive » de la société, tandis que le régime lui-même détourne la richesse nationale vers des guerres étrangères et la répression intérieure.
Une crise humanitaire fabriquée
La réalité, même selon les statistiques du régime, est frappante : un Iranien sur quatre vit dans zones urbaines dangereuses ou délabrées. Ce que les autorités qualifient de quartiers « inopérants » ne sont pas des anomalies isolées, mais la réalité quotidienne de millions de familles. Au lieu d’être résolu, le problème s’aggrave chaque année, alimenté par un système au pouvoir qui place sa survie et ses réseaux de profit au-dessus du bien-être de ses citoyens.
La catastrophe immobilière iranienne n’est pas simplement un échec de l’urbanisme ; elle est le résultat direct de la corruption, de la mauvaise gestion et du mépris systémique des droits humains du régime clérical. Téhéran, Ispahan et d’autres grandes villes témoignent de l’effondrement généralisé des infrastructures et de la gouvernance à travers le pays.
Tant que le régime ne sera pas remplacé par un gouvernement qui donne la priorité aux besoins de la population, les promesses de « régénération urbaine » resteront des slogans creux. Les millions d’Iraniens aujourd’hui coincés dans des logements précaires sont confrontés non seulement à la menace d’être déplacés, mais aussi à la probabilité croissante de catastrophes naturelles ou d’origine humaine.

