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Alors que l’Iran double le prix du pain, une mise en œuvre fragmentée vise à prévenir une « explosion sociale »

Alors que l’Iran double le prix du pain, une mise en œuvre fragmentée vise à prévenir une « explosion sociale »
Des employés sur une ligne de production de boulangerie en Iran inspectent des pâtisseries circulant sur un convoyeur à l’intérieur d’une usine agroalimentaire.

TÉHÉRAN — Dans un coup discret mais dévastateur porté à des millions d’Iraniens issus de la classe ouvrière, le prix officiel du pain subventionné a fortement augmenté dans la capitale et ses districts environnants. Ces hausses de prix approuvées par l’État ont été appliquées du jour au lendemain directement dans les lecteurs de cartes intelligentes des boulangeries de Téhéran et de Varamin, après des mois de dénégations systématiques de la part des responsables gouvernementaux qui avaient affirmé à plusieurs reprises que les subventions sur le pain resteraient intactes.

Pour la grande majorité de la population iranienne, l’inflation galopante a déjà éliminé la viande, les produits laitiers et les fruits de la table familiale, laissant le pain plat comme dernier rempart contre la malnutrition. Ce filet de sécurité est désormais devenu deux fois plus coûteux.

Selon des responsables de la Chambre des métiers d’Iran, le prix du traditionnel pain Lavash à Téhéran a immédiatement augmenté de 100 %, passant de 1 400 à 2 700 tomans. Le pain Barbari a bondi de près de 90 % pour atteindre 10 000 tomans, tandis que le prix du traditionnel pain Sangak est monté à 15 500 tomans. Dans la ville voisine de Varamin, les syndicats locaux de boulangers ont confirmé une hausse générale de 100 % pour toutes les catégories de pâte.

Une stratégie calculée et fragmentée

La capitale n’est pas la première région à subir cette pression. Au cours des dernières semaines, le régime a discrètement lancé des augmentations de prix dans certaines provinces sélectionnées. Dans le Mazandéran, les prix du pain ont pratiquement doublé ; dans le Khorassan-e Razavi, ils ont augmenté d’environ 49 % ; et à Hamedan, un nouveau barème tarifaire plus élevé a été distribué aux boulangers sans avertissement public.

Cependant, plusieurs grandes provinces ont jusqu’à présent été temporairement épargnées. Les analystes soulignent que cette irrégularité géographique est loin d’être accidentelle. Elle représente plutôt une stratégie très calculée de gestion de crise destinée à protéger l’establishment clérical contre un soulèvement national unifié.

En décentralisant les ajustements de prix au niveau des gouvernorats provinciaux sous prétexte de gérer les « coûts de production locaux », Téhéran évite le type de choc économique uniforme à l’échelle nationale qui avait déclenché les vastes manifestations liées au carburant en 2019. La tactique du régime fonctionne comme une quarantaine géographique. Si les citoyens de Machhad ou de Téhéran descendent dans la rue pour protester contre le prix du pain, la population de Chiraz ou d’Ispahan — qui ne subit pas encore le même choc économique immédiat — sera, selon les calculs du régime, beaucoup moins susceptible de se joindre au mouvement par solidarité. En échelonnant la souffrance financière, les mollahs cherchent à empêcher que des griefs localisés ne fusionnent en une explosion nationale synchronisée.

Le transfert des subventions et la réponse de la Résistance

Cette manipulation soudaine des prix intervient alors que le gouvernement fait face à un déficit budgétaire paralysant. Gholamreza Nouri Ghezeljeh, ministre du Jihad agricole, a récemment indiqué que, bien que le budget de l’État alloue environ 500 000 milliards de tomans aux subventions du pain, le gouvernement examine activement des plans visant à rediriger ces fonds des minoteries et des boulangeries directement vers les ménages par le biais de coupons alimentaires électroniques — une transition qui, selon les critiques, transférera finalement la crise financière de l’État sur les tables des plus pauvres.

Les hausses de prix ont suscité de vives condamnations de la part des groupes de travailleurs indépendants et de la Résistance iranienne. La présidente élue du CNRI, Mme Maryam Radjavi, a souligné que sous l’autocratie religieuse actuelle, le peuple iranien est systématiquement privé de l’accès au pain de base, tandis que les immenses richesses du pays restent immobilisées dans les appareils de répression intérieure et de guerre par procuration extérieure conçus pour garantir la survie du pouvoir clérical.

Alors que le pain plat — le minimum absolu de survie pour des millions de personnes — devient désormais un luxe inaccessible, les Iraniens ordinaires voient s’accumuler les raisons de se soulever. Les observateurs avertissent que ce grief économique explosif pourrait rapidement échapper au contrôle du régime, reproduisant les dynamiques incontrôlables du soulèvement de janvier 2026. Cette rébellion, déclenchée par une hausse catastrophique du prix du dollar, a éclaté dans les rues malgré des mois de gestion intensive de crise par l’État, l’installation soudaine de points de contrôle sécuritaires dans les grandes villes et des exercices urbains agressifs menés par les forces paramilitaires du Bassidj pour intimider la population. En fin de compte, la stratégie du régime consistant à mettre en œuvre les mesures de manière progressive et fragmentée pourrait ne pas suffire à empêcher une confrontation finale avec une population qui estime de plus en plus n’avoir plus rien à perdre.