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Iran : Procès d’un ancien responsable pénitentiaire en Albanie et témoignages choquants de membres de l’OMPI

Iran : Procès d'un ancien responsable pénitentiaire en Albanie et témoignages choquants de membres de l’OMPI

La 37ème session du procès de l’ancien régisseur de prison iranien Hamid Noury a eu lieu en Albanie vendredi. Il s’agissait de la troisième session tenue dans le pays des Balkans, dans le cadre d’un procès poursuivi par la justice suédoise. Le changement temporaire de lieu a été demandé par les procureurs afin d’entendre le témoignage de sept témoins oculaires qui résident en Albanie dans le quartier d’Achraf 3, établi par des membres en exil de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI). Les débats devraient reprendre à Stockholm après la semaine prochaine, et la conclusion du procès est actuellement prévue pour avril.

Le témoignage des résidents d’Achraf 3 a été jugé important en grande partie parce que l’OMPI était la principale cible du massacre de 30 000 prisonniers politiques auquel Noury a participé en 1988.

Le Conseil national de la Résistance iranienne a organisé plusieurs conférences ces derniers mois pour attirer l’attention sur ce crime et demander que les auteurs connus soient poursuivis au niveau international. À l’heure actuelle, Noury est la seule personne à être poursuivie pour son rôle dans le massacre, et ce rôle aurait été bien moindre que celui joué par des responsables plus connus. Le principal d’entre eux est le président du régime iranien, Ebrahim Raïssi, qui a été investi en août à peu près au moment où le procès de Noury a débuté.

Raïssi aurait été l’un des quatre auroités qui ont siégé à la « commission de la mort » de Téhéran, chargée de mettre en œuvre une fatwa concernant l’OMPI, émise par le fondateur du régime et premier Guide Suprême, Ruhollah Khomeini. Cet édit religieux déclarait que les membres du principal groupe d’opposition du pays étaient intrinsèquement coupables d' »inimitié envers Dieu » et donc passibles de la peine de mort. Les instructions de Khomeini à la commission de la mort étaient « d’anéantir immédiatement les ennemis de l’Islam ».

Ce langage a été cité par des spécialistes des Droits de l’Homme et du droit international lors de récentes conférences du CNRI, afin de soutenir l’idée de tenir Raïssi pour responsable de génocide. L’accusation de génocide a été mentionnée par les membres et les partisans de l’OMPI cette semaine, dans des commentaires aux médias à l’extérieur du tribunal albanais, et lors d’un rassemblement séparé qui s’est tenu à Achraf 3 pour commémorer les victimes du massacre de 1988 et partager les histoires des survivants qui ne participent pas directement au procès Noury. Parallèlement, ceux qui participent ont partagé des comptes-rendus tout aussi variés de leurs expériences, dont certains ont fait état d’interactions personnelles avec Raïssi ainsi qu’avec Noury.

Jeudi, Majid Saheb Jam s’est souvenu avoir vu Noury à la prison de Gohardacht en train d’appeler des prisonniers qui devaient être exécutés en groupe. Vendredi, Asghar Mehdidzadeh a livré un témoignage similaire, indiquant qu’il avait passé cinq jours consécutifs dans le « couloir de la mort » et qu’il avait vu des prisonniers sortir par groupes de 10 à 15, environ 15 fois par jour. Les deux hommes ont rappelé que de nombreux détenus étaient forcés d’assister à la pendaison de leurs compagnons, et Saheb Jam a même raconté avoir été soumis à un simulacre d’exécution après avoir été l’un des rares prisonniers politiques à ne pas avoir été condamné à la peine capitale par la commission de la mort.

Selon ce témoignage, Noury était directement impliqué dans ce simulacre d’exécution, ayant ordonné à plusieurs prisonniers de s’aligner face à la potence avant de les renvoyer brusquement dans leurs cellules. Des histoires comme celle-ci soulignent le fait que Noury a été accusé non seulement d’avoir facilité des exécutions de masse, mais aussi d’avoir torturé des détenus politiques lors du massacre de 1988 et tout au long de sa carrière d’agent pénitentiaire. De nombreux témoins de son procès ont souligné que les mauvais traitements qu’ils subissaient s’étaient accélérés pendant des mois avant que le massacre ne commence pour de bon.

Asghar Mehdidzadeh a déclaré avoir été témoin de la participation de Noury à la torture d’autres prisonniers et avoir été personnellement victime de lui. Quelques mois avant le massacre, il a dit avoir vu Noury « emmener plusieurs jeunes détenus dans la cour » en hiver et « les forcer à ramper sur le sol dans ce froid ». Puis, au plus fort du massacre, au début du mois d’août, Mehdidzadeh a reconnu Noury parmi plusieurs responsables qui ont pris d’assaut la cellule où il était maintenu en isolement et l’ont fait sortir, les yeux bandés, pour le torturer après l’avoir accusé d’être « toujours ferme dans son soutien » à l’OMPI.

The 1988 Massacre of Political Prisoners in Iran: Eyewitness Accounts, Asghar Mehdizadeh

Tout au long du procès Noury et dans les différentes conférences, il a été dit à plusieurs reprises qu’un tel « soutien ferme » était à lui seul suffisant pour obtenir une condamnation à mort pour tout prisonnier politique. En conséquence, des quartiers politiques entiers auraient été vidés par des commissions de la mort dans diverses prisons. Mercredi, Mohammad Zand a témoigné qu’il avait été envoyé à l’isolement pendant trois mois au milieu du massacre et qu’à sa sortie, il avait demandé à un détenu d’un autre quartier combien il restait de ses compagnons de détention.

« Pour autant que je sache, vous êtes le dernier », lui a-t-on dit. Zand a indiqué qu’avant son placement à l’isolement, il y avait entre 160 et 170 prisonniers dans son quartier.

Dans des commentaires distincts publiés sur le site Internet du CNRI, un autre survivant du massacre, Mahmoud Royaei, qui a depuis publié cinq livres sur le sujet, a souligné que le nettoyage de certains quartiers signifiait qu’il n’y avait pas de survivants pour faire le récit du massacre dans certaines régions. Ceci, a-t-il dit, laisse ouverte la possibilité que l’estimation actuelle de 30 000 victimes puisse être une sous-estimation.

L’OMPI, le CNRI et d’autres parties concernées plaident depuis longtemps en faveur d’une enquête internationale officielle sur le massacre de 1988, afin d’établir sa véritable ampleur, les détails des abus qui l’ont accompagné et l’emplacement des corps des victimes. Bon nombre de ces victimes ont été rapidement enterrées dans des fosses communes secrètes et, ces dernières années, le régime des mollahs a déployé des efforts considérables pour détruire et construire sur ces sites, dans le cadre d’un effort visant à minimiser le massacre et à entraver toute enquête future.

Alors que ces efforts ont été une source de désespoir pour de nombreux défenseurs des victimes, le procès Noury a été accueilli comme un signe possible d’une nouvelle volonté politique de la part de certaines puissances occidentales qui sont en mesure de mener une enquête. Les circonstances particulières du procès suggèrent que la « compétence universelle », principe qui sous-tend les poursuites contre Noury, devrait également être utilisée pour arrêter le président du régime, Ebrahim Raïssi, s’il se rend dans certains pays étrangers.