CNRI Ce qui suit est le rapport du bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth de Grande-Bretagne sur la situation catastrophique des droits humains en Iran en date du 13 octobre 2006 :
Contexte iranien
Ces douze derniers mois, la situation des droits humains en Iran sest continuellement détériorée. Des violations répétées de la liberté dexpression et dassociation ont eu lieu.
Les hauts responsables impliqués dans la répression interne qui a eu lieu dans les années 1980 et 1990 ont été nommés à des postes de ministres du gouvernement. Tandis que quelques rares efforts ont été entrepris par les autorités iraniennes pour améliorer ladministration de la justice, nous demeurons inquiets quant à labsence daction effective de réforme de la loi, des institutions et des pratiques officielles.
Lavenir nest pas positif. Il semble quil y ait une réticence de la part du gouvernement iranien à entreprendre les réformes des droits humains nécessaires. Des discussions sur le respect des droits humains doivent être accompagnées dun engagement résolu pour lamélioration de la situation des droits humains.
Evénements récents : Mahmoud Ahmadinejad élu président en juin 2005
Il est difficile de concilier les affirmations selon lesquelles le système électoral iranien est totalement démocratique avec lexclusion de la vaste majorité des candidats aux élections présidentielles. La commission non élue decclésiastiques et de juristes qui constituent le Conseil des Gardiens a empêché toutes les femmes et un grand nombre de réformistes de se porter candidats à la présidence. Les procédures denquête approfondie sur les candidats ont dissuadé beaucoup de donner même leur nom. Nous avons relevé les commentaires de lancien ministre de lIntérieur iranien sur la conduite insatisfaisante des élections. Nous pensons que le peuple iranien doit pouvoir choisir librement lavenir de son pays et voter pour des candidats qui représentent léventail complet des opinions politiques.
Inquiétudes actuelles : la peine de mort
Selon les ONG internationales, lIran est le deuxième pays seulement derrière la Chine en termes de nombre total dexécutions menées en 2005. Amnesty International estime quau moins 94 personnes ont été exécutées. LIran ne publie pas de chiffres officiels et il est difficile de se procurer des données fiables. Cependant, le début de lannée 2006 a vu une augmentation inquiétante du nombre dexécutions connues comparé à la même période en 2005. Nous élevons notamment une objection contre le refus des autorités iraniennes de respecter même les règles minimums les plus fondamentales concernant lapplication de la peine capitale. Un grand nombre de peines de mort sont exécutées en public. Nous avons des doutes sur le fait que toutes ces condamnations à mort ont été prononcées à lissue dun procès équitable et que toutes les personnes condamnées à mort en Iran ont eu la possibilité dépuiser toutes les voies dappel à leur disposition. La pendaison de deux jeunes âgés de 17 et 20 ans à Khorrambad (province du Lorestan) le 13 mai 2006 sest produite à peine un mois après leur crime présumé.
Selon les principales organisations internationales de défense des droits humains, lIran est le seul pays qui continue dexécuter des enfants et des jeunes délinquants en 2005.
Le nombre connu de peines de mort et dexécutions de jeunes délinquants en 2005 semble avoir augmenté depuis ces dernières années. Des informations suggèrent quau moins cinq jeunes ont été exécutés pour des crimes quils ont commis lorsquils avaient moins de 18 ans. Ceci est contraire aux engagements internationaux de lIran en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et au Comité des droits de lenfant. Ces exécutions sont également contraires aux assurances que lIran a données à la communauté internationale sur lapplication dun moratoire sur la peine capitale contre les mineurs, y compris sa déclaration au Comité des droits de lenfant de lONU en janvier 2005.
Nos craintes à propos des condamnations en Iran ne sont pas limitées à la peine de mort. Des châtiments draconiens, tels que le fouet, la lapidation et les amputations subsistent dans le code légal. On ne sait pas exactement à quelle fréquence ces condamnations sont exécutées. Nous avons reçu de nombreuses informations sur des prisonniers soumis à un isolement cellulaire prolongé ou privés de soins médicaux.
Les hauts responsables du système judiciaire en Iran reconnaissent que certains éléments du système juridique ont besoin dêtre réformés urgemment et admettent que la torture est toujours dusage pendant les enquêtes criminelles.
La période sur laquelle porte ce rapport a été marquée par le refus perpétuel de mener certaines audiences de la cour en public ou de respecter le principe dapplication de la loi selon les procédure prévues. Le cas dAbdolfattah Soltani, avocat représentant un éminent journaliste lors dune cérémonie à Qara Kelisa à Chaldran, à 800 kilomètres au nord-ouest de Téhéran le 29 juillet 2006. La situation des minorités religieuses en Iran na cessé de se détériorer.
Akbar Ganji suggère que les autorités iraniennes cherchent à intimider les avocats qui représentent des activistes politiques ou des défenseurs des droits humains en jetant en prison les avocats eux-mêmes.
M. Soltani a été arrêté en juillet 2005 ; il était détenu en isolement cellulaire et navait pas le droit de contacter son avocat. Après avoir été libéré sur caution dun montant de 1000 millions de rials (60 000 £), il a été condamné à quatre ans demprisonnement en juillet 2006 pour avoir divulgué des documents secrets, à une année supplémentaire pour avoir mené campagne contre le régime et sest vu privé de tous ses droits sociaux pendant cinq ans. Il a fait appel de cette décision.
Dautres avocats ont été menacés de se faire retirer de lordre des avocats sils acceptaient de se charger daffaires portant sur les droits humains. Akbar Ganji lui-même a été libéré en mars 2006 après plus de cinq ans de détention pour avoir mis en lumière le rôle de membres du gouvernement dans les meurtres en série des années 1990.
La liberté dexpression
La liberté dexpression en Iran sest détériorée de manière significative ces 12 derniers mois. Le gouvernement a ciblé un large éventail dacteurs des médias gouvernementaux et des ONG en passant par des étudiants, des internautes et des syndicalistes. LIran est un des rares pays au monde à maintenir encore un monopole dEtat sur la télévision et la radio en vertu de lArticle 44 de la constitution.
Celui-ci permet de censurer les informations et prises de position auxquelles les Iraniens sont exposés. Le personnel de BBC Persian Service nest pas autorisé à travailler en Iran. En décembre 2005, le lancement de la première chaîne télévisée privée iranienne, Saba, a été bloqué. Il est illégal de posséder des paraboles satellites. La police a le droit de pénétrer dans les propriétés privées (et le fait effectivement) pour confisquer les antennes paraboliques et donner des contraventions. Un grand nombre dinformations indiquent également que le gouvernement a ordonné aux agences de presse iraniennes déviter dévoquer les histoires sensibles dun point de vue politique, telles que la détention de prisonniers politiques.
LInternet néchappe pas à la censure du gouvernement.
Le ministère de lInformation et des Technologies de communication a annoncé le lancement dun projet visant à créer un « Internet national », qui limiterait encore la communication entre lIran et le monde extérieur et qui faciliterait le contrôle du gouvernement. Le régime iranien continue de barrer laccès à un certain nombre de sites. En janvier 2006, les autorités iraniennes ont bloqué le site BBC Persian.com sans aucune explication officielle.
Les autorités cherchent à contrôler le contenu dInternet en farsi en faisant de certains individus des exemples. Les propriétaires de blogs Arash Sigarchi et Mojtaba Saminejad, tous deux accusés davoir agir contre lEtat, ont été condamnés à 18 mois de prison pour avoir exprimé leurs opinions dans le calme.
En 2005, Reporters sans Frontières a qualifié lIran de « plus grande prison pour journalistes au Moyen-Orient ». Les autorités continuent dintimider et de faire pression sur les journalistes. En août 2006, le Conseil de contrôle de la presse a donné au journal réformiste Shargh un mois pour remplacer son directeur actuel, Mehdi Rahmanian. Le journal gouvernemental officiel Iran a été fermé en mai 2006. En janvier 2006, Elham Afroutan, 19 ans, a été arrêtée pour des accusations dinsultes contre des hauts responsables à la suite de la publication dun article dans lhebdomadaire Tamadon Hormozgan. Elle a été libérée sur caution mais fait toujours face aux accusations dune cour révolutionnaire pour avoir insulté le guide suprême, les dirigeants et les institutions de la République islamique dIran et pour avoir diffusé « une propagande contre le système ».
Ejlal Qavami, journaliste du journal hebdomadaire prohibé Payam-e Mardom-e Kurdistan a été arrêté pour la seconde fois en août 2005 et accusé davoir agi contre la sécurité nationale après des manifestations dans la province du Kurdistan.
Akbar Mohammadi, qui a participé aux manifestations détudiants de 1999, est décédé en prison en juillet 2006. Il aurait été privé de contact avec son avocat et avait entamé une grève de la faim après quon lui ait refusé un traitement médical approprié. Des informations indiquent que le corps de M. Mohammadi était couvert de blessures dues à des tortures.
Les autorités ont également intensifié leur campagne pour limiter la liberté de lenseignement. En mars, le ministère de lEducation a publié une circulaire interdisant les universitaires davoir des contacts avec les ambassades étrangères. En avril, les autorités ont arrêté un éminent érudit iranien canadien, Ramin Jahanbeglou. Nous craignons que M. Jahanbeglou soit pénalisé pour ses contacts avec des ambassades, universités et instituts culturels étrangers. Il na toujours pas été condamné.
Syndicats
Le mouvement syndicaliste continue de souffrir entre les mains des autorités, en dépit de lengagement de lIran auprès de lICESCR, qui sauvegarde les droits des syndicats.
Des centaines de chauffeurs de bus de Téhéran ont été arrêtés pour avoir pris part à une série de grèves en janvier 2006. Les femmes des manifestants ont également été arrêtées et plusieurs domiciles ont été perquisitionnés.
Mansour Ossanlu, directeur du syndicat des travailleurs de la Tehran and Suburbs Bus Company, a été détenu pendant plus de sept mois sans jugement. Il a été libéré sous caution dun montant de 1500 millions de rials (85 000 £) en août 2006. Les grèves sont interdites en Iran et les petites sociétés employant moins de 10 personnes ne sont pas obligées de respecter la législation du travail. Ceci concerne environ 3 millions de travailleurs.
Minorités
Ces 12 derniers mois ont également été marqués par la détérioration de la situation des minorités religieuses et ethniques, qui continuent dêtre victimes de discrimination. Selon lArticle 13 de la constitution, les Zoroastriens, les Juifs et les Chrétiens sont les seules minorités religieuses reconnues.
Lannée dernière, nous avions évoqué le cas de du pasteur chrétien Hamid Pourmand. M. Pourmand, ancien colonel de larmée, était accusé davoir trahi les forces armées iraniennes par sa religion et son apostasie, ce qui est passible de mort. Il a été acquitté pour les accusations dapostasie en mai 2005 mais est retourné en prison pour purger une peine de trois ans pour lautre chef daccusation.
Les conditions de la population bahaï iranienne se sont aggravées lannée passée. La minorité bahaï nest pas reconnue par la constitution. En mars 2006, le Rapporteur spécial de lONU sur la liberté de religion et de conviction a fait part de son inquiétude quant aux informations suggérant que le guide suprême de lIran avait demandé aux autorités iraniennes et aux forces armées didentifier les Bahaïs et de surveiller leurs activités. De telles informations sont extrêmement alarmantes. Les Bahaïs se sont vu confisquer ou détruire leurs biens par les autorités. De plus, lobligation pour les Iraniens de préciser leur religion sur les documents officiels empêche un grand nombre de Bahaïs daccéder à lenseignement supérieur, à lemploi ou à un logement décent.
Les femmes en Iran souffrent de graves discriminations même si elles ont des droits et des libertés dont certaines femmes sont privées ailleurs dans la région. Le Rapporteur spécial de lONU sur la violence contre les femmes sest rendu en Iran début 2005. Elle a rapporté que, tandis que des étapes positives avaient été franchies pour élever le statut des femmes ces dernières années, il existe toujours « de grosses lacunes dans lapplication de légalité des sexes ». Le témoignage dune femme dans un tribunal iranien vaut la moitié de celui dun homme, ce qui rend difficile les condamnations pour violence domestique ou pour viol. Les arrestations arbitraires et les violences des forces de sécurité ont marqué la Journée internationale de la Femme à Téhéran en mars 2006 ainsi quune manifestation de femmes iraniennes à Téhéran en juin de la même année. Les relations homosexuelles sont illégales en Iran et sont passibles de la peine de mort. Depuis notre dernier rapport, les ONG ont exprimé leurs craintes pour les personnes qui ont des relations homosexuelles consentantes et qui sont accusées de crimes, tels que viols et enlèvements, puis qui sont finalement exécutées. Nous continuons de surveiller la situation de manière très attentive. Cependant, nous navons été informés daucun cas en Iran de personne ayant été exécutée uniquement pour avoir eu des relations homosexuelles consentantes ces dernières années.
Engagement auprès des organismes de lONU
Malgré son invitation ouverte à tous les organes de contrôle des droits humains en 2002, lIran a déclaré depuis quil inviterait les Rapporteurs spéciaux à venir « selon les priorités et les possibilités de lIran ». Lannée dernière, nous avions rapporté que le gouvernement iranien avait annulé la visite du Groupe de travail sur les disparitions forcées et que le Rapporteur spécial de lONU sur la liberté de religion et de conviction attendait une réponse à sa demande de visite. Aucune visite na eu lieu cette année. Le Rapporteur spécial de lONU sur le logement convenable sest rendu en Iran en juillet 2005. Nous nous réjouissons de lengagement du gouvernement iranien en faveur de sa candidature à lUNHCR afin de réexaminer sa réservation sur le CRC. A présent, lIran a le droit réservé de ne pas appliquer certaines parties de la convention quil considère incompatibles avec la loi islamique. Nous ne reconnaissons pas cette réservation car elle est au contraire à lesprit de la convention. Nous espérons que lIran va renouveler son engagement et attendons avec impatience les résultats de cet examen.
Action du Royaume-Uni
La situation des droits humains en Iran est extrêmement inquiétante. La communauté internationale a absolument le devoir de réagir ; les droits humains demeurent une partie centrale de notre politique vis-à-vis de lIran. Aux côtés de lUE, nous avons déclaré très clairement que nos relations avec lIran dépendaient des actions quil allait entreprendre pour lutter contre la détérioration des droits humains.
Nous sommes déçus que lIran refuse de participer au Dialogue sur les droits humains UE-Iran depuis juin 2004, en dépit des tentatives répétées de trouver un accord sur des règles de procédure révisées visant à rendre le dialogue plus efficace. Face à la dégradation de la situation, nous avons accéléré nos activités dans dautres domaines. Nous avons profité de notre présidence pour inciter lUE à trouver dautres moyens dexprimer ses inquiétudes quant aux droits humains, par exemple en augmentant le nombre de représentations privées au gouvernement iranien sur les violations des droits humains et en attirant lattention du public sur les cas en question. Nous avons également été en faveur de débats au sein de lONU et avons soutenu les travaux des organes de lONU. Pendant le dernier semestre 2005, nous avions fait part de nos craintes auprès du gouvernement iranien à 16 occasions. Nous avons poussé lUE à délivrer cinq communiqués concernant diverses violations.
En décembre 2005, sous la présidence du Royaume-Uni, lUE a co-sponsorisé une résolution à lAssemblée générale de lONU sur la situation des droits humains en Iran. Cette résolution a mis en lumière les inquiétudes internationales concernant un grand nombre de questions qui ont déjà été mentionnées. Nous continuons depuis de faire des propositions et de soutenir les actions de lUE.

